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Chapitre 83

Tous les matins, pendant qu’Honorine était occupée à l’habiller, à la coiffer, Mme Gervaisais ne lui parlait que de religion, tâchait de l’entraîner à l’église, insistait pour qu’elle allât à confesse. Mais là-dessus elle ne pouvait rien obtenir de cette fille si obéissante, si soumise d’ordinaire à tout ce qu’elle voulait d’elle.

Au fond de l’entier dévouement d’Honorine à Mme Gervaisais il couvait une haine plus ardente, chaque jour, contre cette religion et ces prêtres qui semblaient lui changer sa maîtresse et ôter d’elle tous les jours un peu plus de son bonheur et de sa bonté. Ainsi attaquée, Honorine ne répondait rien, mais sa résistance muette laissait percer un peu de l’horreur que lui inspiraient les persécuteurs de Madame. Alors venaient des scènes de sa maîtresse, des violences presque, des rages saintes de conversion, où elle voulait l’arracher de force aux idées qu’elle devinait en elle, à son impiété. Une fois même, dans son exaspération, les mains de Mme Gervaisais, ces mains de femme du monde, s’oublièrent jusqu’à s’approcher, colères et prêtes à griffer, du visage patient et résigné de la domestique, qui baissa la tête en semblant dire à sa maîtresse :

« Faites, madame ! De Madame, je souffrirais tout… »

À ces éclats succédaient des froideurs glaciales, de durs : « Laissez-moi… je n’ai pas besoin de vous… » ; des paroles plus blessantes que des coups, des regards de personne empoisonnée à une servante empoisonneuse qui lui verserait à boire. Elle la tenait à distance, l’éloignait d’elle, refusait ses attentions ; et volontairement, pour l’humilier et la faire souffrir, elle demandait à son fils, quand Honorine était là, les petits soins de son service, d’aller lui chercher un livre, de lui relever son oreiller. Un jour, comme elle tourmentait Honorine plus vivement encore qu’à l’ordinaire, Honorine laissant échapper ce jour-là ses répugnances, Mme Gervaisais tout à coup lui lança d’une voix mauvaise :

« Eh bien, écoutez que je vous dise, Honorine ! Vous me faites croire à ce qu’on a cru de vous… Oui… Car si vous n’aviez rien sur la conscience, si vous n’aviez pas… cela qui vous pèse… à dire en confession… quand je vous prie… quand je vous le demande pour moi !… Oh ! c’est bien clair : c’était vous !…

— Madame… dit Honorine ; et ses yeux devinrent soudain grands. Elle ne comprenait pas, il lui paraissait impossible que ces paroles fussent sorties de cette bouche ouverte là, devant elle.

— Allons ! c’est vous qui avez volé Mme Wynant !… »

Honorine jeta à Mme Gervaisais un regard de pitié épouvanté, comme à une folle.

« Oh ! madame… Vous !… à moi ! Est-il, mon Dieu, possible que leur bon Dieu rende si méchant ! »

Et la voix lui mourant aux lèvres, elle tomba roide dans une attaque de nerfs.

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