Chapitre 9 Maman marquise et tonton marquis.
J’avais pris cette grande détermination de me séparer de Gustave, sans réfléchir. J’ai pu remarquer que les principaux actes de ma vie avaient été accomplis ainsi.
Mon cœur se serra bien douloureusement quand mon parrain vint me prendre les deux mains et me dit, les larmes aux yeux :
– Suzanne… c’est toi qui veux me quitter !
– Oui, répondis-je en assurant ma voix de mon mieux ; nous ne faisons ensemble que des sottises… Je t’empêche de retourner à Saint-Lud… et d’ailleurs…
– Et d’ailleurs ?… répéta Gustave.
Je ne voulais pas dire ma véritable raison qui était un dépit beaucoup plus vif que ne le comportait mon âge.
Ma véritable raison était là avec sa coiffe d’indienne collante, ses cheveux ébouriffés et tirant sur le roux, ses joues tombantes et ses extravagants appas : ma véritable raison avait nom Fanchette. Je dégageai mes mains de celles de Gustave et je dis comme les enfants dans leurs querelles :
– Ce n’est pas moi qui ai commencé, mon parrain.
– Mais que t’ai-je fait, Suzanne, ma petite Suzanne ! s’écria Gustave, tu ne veux donc pas te marier avec moi ?
J’hésitai pour le coup. C’était là le rêve le plus doux de ma vie.
– Eh bien ! si, répondis-je ; je serai ta femme… Je vais aller gagner ma dot là-bas et je t’attendrai… Si tu m’aimes encore à mes quinze ans, viens… Si tu ne m’aimes plus, ne te gêne pas, il en viendra d’autres.
Nous étions seuls en ce moment dans la salle à manger. La famille du Meilhan venait de descendre dans la cour et entourait les voitures. M. Musnier était sur son perron, saluant quatre fois par minute et faisant voyager sa serviette. Tonton marquis lui avait mis une pièce de vingt francs dans la main en lui recommandant que Gustave ne manquât de rien. Tonton marquis aurait mieux fait de donner son louis à Gustave. Celui-ci, en m’écoutant parler, essuya ses yeux du revers de sa main. Il me regarda d’un air indigné.
– Je suis plus vieux que toi, Suzanne, me dit-il, mais tu es déjà plus avisée que moi, je sais cela… J’ai fait pour toi de mon mieux et c’est bien peu de chose… Si j’avais été ton mari, j’aurais tâché de te rendre heureuse… Mais puisque tu ne veux plus, tout est dit : Bonsoir, Suzanne, je te souhaite bien du bonheur !
Je ne m’attendais pas à cela.
– Vous avez de quoi vous consoler ici, mon parrain ! m’écriai-je en pleurant à mon tour ; – moi aussi je vous souhaite bien du bonheur !
Je m’élançai hors de la salle à manger. On m’appelait déjà dans la cour.
Le marquis, la marquise, Zoé, Lily, l’institutrice et Gaston avaient pris place dans la vaste caisse du briska. L’autre voiture était pour Justine, Besançon, madame Honoré et une manière de paysanne qui servait de bonne aux deux enfants.
Le siège du briska étant à trois, on aurait pu donner une place à mon pauvre Gustave ; je le croyais du moins ; mais Besançon apporta une énorme cage toute pleine de serins, qui fut placée dans le compartiment antérieur dont elle tenait juste la moitié.
– Petite, me dit tonton marquis en riant, tu vas faive en sovte de ne pas gêner mes canavis.
On procédait au chargement de Dorothée, œuvre pénible et qui demandait du temps.
Besançon était entré dans la caisse, Antoine poussait la marquise par derrière. A l’aide de leurs efforts réunis, on vit enfin disparaître la robe rose et la sortie de bal tourterelle. Isidore, qui avait été un remarquable danseur autrefois, s’avança sur la pointe des pieds et s’élança sur le marchepied avec grâce. Il y demeura un instant suspendu en équilibre, puis il plongea à son tour dans la caisse. J’entendis Dorothée qui lui disait :
– Vous ne vous corrigerez donc jamais ?
A bien considérer l’âge du coupable, il y avait en effet à parier pour l’impénitence finale.
– Ma petite brebis, me dit Musnier quand je passai près de lui, tu peux te vanter d’être née coiffée.
– Vous, on ne vous parle pas, l’homme ! répondis-je avec fierté.
Et j’ajoutai en jetant un regard haineux vers Fanchette :
– Surveillez seulement vos domestiques.
Je m’étais mise à la tête des chevaux.
Je vis Gustave qui s’avançait vers moi lentement. Ses yeux paraissaient plus rouges parmi la pâleur de son visage. Les deux jeunes filles et la demoiselle de compagnie entrèrent dans le briska.
– Allons, viens, Gaston, mon amour ! cria la vieille dame complètement installée !
– Viens donc, Bibi ! ajouta Lily qui mit sa jolie tête inquiète à la portière.
Le chérubin ne bougea pas. Besançon, député vers lui en parlementaire, reçut un maître coup de pied dans le devant des jambes.
– Est-ce que tu veux rester ici, mon chéri ? demanda la marquise.
– Non, répondit Gaston.
– Eh bien ! monte, mon trésor.
– Non, répondit encore Gaston.
Puis il ajouta en riant sournoisement :
– Je veux qu’on mette les serins à ma place !
– Et qu’on te mette à la place des canavis, n’est-ce pas, amouv ? dit tonton marquis.
– Oui, répliqua Gaston.
– C’est pour aller avec celle-là ! dit Lily qui me montra au doigt.
– Non, Gaston, non, mon chéri ! faisait la vieille dame ; il y a des courants d’air sur le siège, tu t’enrhumerais…
– Je veux bien m’enrhumer, moi ! interrompit le chérubin.
– Et d’ailleurs, les oiseaux ont de l’odeur… ils tiennent bien plus de place que toi…
Sans faire semblant de rien, Isidore le visait avec la canne contenant le propre fluide du docteur Pidoux. Mais le fluide de cet enchanteur était ici sans pouvoir. Gaston se mit à crier comme un aigle en agitant ses bras d’une façon désordonnée.
– La crise ! la crise ! gémit Dorothée.
Aux cris de Gaston, ceux de Lily répondirent aussitôt.
– Autve cvise ! fit tonton marquis en prenant l’enfant dans ses bras.
– Isidore ! soupira la marquise en se renversant dans l’intérieur, voici la mienne qui vient.
– Tvois cvises !… madame Honové ! le vinaigre anti-spasmodique ! Justine ! des compvesses d’eau à quatve degvé centigvades !… Besançon ! les pilules de movphine !…
Ce fut, durant un instant, une confusion inexprimable. On ne savait auquel entendre. La marquise sifflait comme un serpent, Lily poussait des cris aigus ; Gaston, furieux, les yeux changés, la bouche crispée, se débattait entre les bras d’Antoine et tâchait de le mordre. J’allai droit à Gaston. Je ne saurais dire d’où me vint le courage que j’eus.
– Si vous ne vous tenez pas en repos, l’enfant, lui dis-je durement, je ne m’en irai pas avec vous.
Instantanément il se tint immobile et tout frémissant entre les bras d’Antoine étonné.
– Allez avec votre maman, ajoutai-je, et tout de suite !
– Et tu vas venir au Meilhan ? dit-il.
– Oui… si vous êtes sage.
Il alla de lui-même vers la voiture et monta près de sa grand’mère.
– Pvodigieux ! murmura tonton marquis, pavole !
En voyant son petit cousin, Lily sourit à travers ses larmes. La marquise le dévorait déjà de baisers.
– Voici le Neptune qui a calmé l’ovage ! dit Isidore en me désignant ; – son fluide me pavait valoiv mieux encove que celui du docteuv Pidoux.
Et la marquise ajouta d’un ton d’émotion vraie et profonde :
– Ah ! Isidore, c’est un miracle !… Le bon Dieu a envoyé cette enfant sur notre chemin !
Pour la première fois, mademoiselle Zoé et son institutrice me considérèrent avec attention.
– Elle a l’air remarquablement intelligent, fit l’institutrice.
– Elle sera très-belle ! ajouta Zoé.
– Une bvune ! ajouta tonton marquis d’un ton de connaisseur ; – piquante ; tvès-piquante !
Antoine me donna un petit coup sur l’épaule. La rêverie m’avait prise. Je vis que tout le monde avait les yeux fixés sur moi ; je rougis.
Il y avait déjà de la jalousie dans les regards de Justine et de madame Honoré. Besançon avait toujours son sourire insolent et narquois. C’était un beau domestique. Je crus qu’Antoine allait me parler bas, tant ses yeux me semblaient expressifs en ce moment, mais il se borna à me dire :
– Montons, bichette !
– En voute ! en voute ! commandait tonton marquis ; nous avvivevons au milieu de la nuit… Embvasse ton pavvain, petite, et en voute !
Gustave était là tout près de moi.
– Non ! non ! cria en ce moment le chérubin qui recommençait à s’agiter : – renvoyez celui-là !… Je ne veux pas qu’elle l’embrasse !
Isidore et Dorothée échangèrent un regard. Zoé sourit. L’institutrice pinça les lèvres. Comme on avait l’habitude d’obéir religieusement aux ordres du chérubin, Besançon s’avança pour me séparer de Gustave. Mais avant qu’il ne fût arrivé, j’étais déjà pendue à son cou.
– Mon parrain ! mon parrain ! m’écriai-je, car tout mon cœur était en lui.
– Adieu, Suzanne ! murmura-t-il en sanglotant ; tu ne m’aimais pas ! – Il y a une destinée. Mon âme se brisait ; rien ne me forçait à le quitter, car les vagues pensées d’ambition qui pouvaient être en moi depuis une heure ne comptaient point auprès de ce sentiment profond qui m’attachait à Gustave. Quant à la jalousie, je ne songeais même plus à cette Fanchette. S’il m’avait dit : Reste ! sais-je ce que j’eusse fait ? Il ne prononça pas ce mot. Pourquoi ? peut-être parce qu’il n’avait point espoir. Il m’aimait bien pourtant, et je n’ai jamais bien aimé que lui. Nous étions fous. Ce fut un instant de providentiel aveuglement. Nous nous laissâmes séparer sans résistance, et tous deux pleurant, tous deux accablés de douleur, nous nous quittâmes. Je ne saurais, du reste, dire au juste comment je le vis retourner vers la maison ; j’étais assise sur le siège à côté d’Antoine qui fouettait déjà ses chevaux.
– Jeune homme, cria celui-ci au moment où le briska s’ébranlait, si vous voulez écrire à la petite, adressez au château de Meilhan, commune de Saint-Philibert-en-Mauges, par Beaupréau (Maine-et-Loire).
Nous n’avions même pas songé à cela. Gustave se retourna et fit un signe de tête qui pouvait s’interpréter négativement. Je me serrai contre Antoine, et je lui dis merci tout bas.
L’entrée de la cour était mauvaise, le briska, bien qu’il fût attelé de quatre forts chevaux, eut de la peine à la franchir.
Au-devant de l’hôtel du Pélican, on préparait la lace ; nous fûmes obligés de faire un long circuit pour gagner la roulé de Domfront qui s’ouvrait à l’autre bout. Quand le briska, qui avait d’abord tourné le dos à la façade de l’hôtel, revint sur ses pas, j’aperçus Gustave à une fenêtre de la salle basse où nous avions déjeuné. Je me levai, les bras tendus, d’un mouvement si soudain que, sans Antoine, je serais tombée sous la roue.
– Ecris-moi, dis-je, écris-moi, mon parrain… Je vais apprendre à écrire pour te répondre…
Je ne sais s’il m’entendit, car la voix me manquait. Il agita la main lentement. Il y avait sur son visage une tristesse navrée…
– Descendez-moi ! ordonnai-je à Antoine.
Antoine regarda, lui aussi, du côté de l’auberge.
– Ils sont deux, murmura-t-il.
Je prie le lecteur de me pardonner la vulgarité de ce détail. Je dis tout. A une autre fenêtre, la grosse Fanchette s’accoudait. Elle me fit ce qu’on appelle un pied de nez.
Je retombai sur le siège comme si j’eusse reçu un coup de massue. Je couvris ma figure de mes mains et pleurai toutes les larmes de mon corps. Je ne saurais dire combien de temps je fus ainsi.
Quand je m’éveillai, nous étions en pleine campagne, et le soleil de midi éclairait un riant horizon.
– Quand vous aurez fini de pleurer, mignonne, me dit Antoine qui souriait bonnement, nous causerons tous deux ! – J’étais comme ivre. Le soleil m’éblouissait. Le pas des deux chevaux me répondait dans la tête. La campagne me semblait un immense entassement d’objets confus où je ne distinguais rien.
– Vous l’aimez donc bien, votre parrain ? me dit Antoine qui voyait ma détresse.
– Je n’ai que lui à aimer sur la terre, répondis-je en pleurant de nouveau.
– Alors, pourquoi l’avez-vous quitté ?
– Je ne sais pas… murmurai-je, tandis que les sanglots soulevaient ma poitrine ; mon Dieu ! je ne sais pas !
– C’est encore possible, grommela Antoine ; j’ai déjà vu des choses comme ça… toutes les fillettes sont un tantinet folles.
Non, je ne savais pas, je le répète ici du fond du cœur. Quelque chose de supérieur à moi-même m’avait entraînée.
– D’ailleurs ce n’est pas la mer à boire, ajouta le bon Antoine, que d’aller de Condé à Beaupréau. Si votre parrain a envie de vous voir, il prendra ses cliques et ses claques : en trois jours de temps, ça sera fait.
– Mon parrain est fâché contre moi ! m’écriai-je ; je ne le reverrai jamais !
Antoine allongea un coup de fouet à son limonier de gauche, qui faisait le paresseux.
– Ta ta ta ta ! répliqua-t-il, ça passera… tout passe… Vous avez aux environs de douze ans, pas vrai, mignonne ?
– Douze ans, douze ans et demi.
Il tourna la tête, mais je vis bien qu’une idée triste passa au travers de sa gaîté.
– Pourquoi ne vous dirais-je pas ça ? fit-il brusquement, ça vous donnera confiance… Si Dieu avait voulu me laisser ma pauvre petite Catherine, elle aurait tout juste votre âge… quoi ! voilà le fin mot ! je ferais quelque chose pour vous si je pouvais.
– Vous avez perdu un enfant ! m’écriai-je.
– Oui, oui… et une jolie créature… personne ne peut dire le contraire…
– Mais, s’interrompit-il d’un accent bourru, il ne faut pas parler de ça trop longtemps… je me mettrais à pleurer… et voici la côte Saint-Julien où j’aurai besoin de mes deux yeux… Contez-moi voir votre petite histoire, ma bichette ; ça va vous épancher, comme on dit, et peut-être qu’après vous serez soulagée.
Je n’avais aucune répugnance à le satisfaire. C’était une honnête figure de vieux serviteur. Tout en lui respirait la franchise et la probité, non sans un grain de finesse.
Je lui racontai tout.
Quand j’en fus au récit de ma dernière soirée à la loge, suivie de ma fuite et de notre départ à Gustave et à moi :
– Votre parrain est un honnête garçon, me dit-il ; si j’avais su tout cela…
Il s’arrêta, et moi je dis :
– Qu’auriez-vous fait, monsieur Antoine ?
– On ne sait pas, ma poule… Les choses arrivent comme ça, des fois, par la volonté de Dieu… Ce n’est pas la mer à boire que d’aller de Condé à Beaupréau !
Je crus comprendre qu’il désapprouvait ma séparation d’avec Gustave.
– Ca se peut que oui… ça se peut que non, répondit-il à une question que je lui fis à cet égard ; il y a des moments où tout le monde est forcé de parler normand. Tout ne sera pas couleur de rose pour vous… Mais où est le paradis terrestre ?… L’enfant a bon cœur, et si on l’élevait pour en faire un homme… Mais nous reparlerons de ça… Dormez un petit somme, ma bichettte ; pleurer, ça donne envie de dormir, c’est drôle, mais c’est vrai.
Mes yeux battaient, en effet et se fermaient malgré moi. J’appuyai ma tête contre la cage. Aussitôt nous entendîmes qu’on frappait aux carreaux de l’intérieur.
– Pvenez gavde à mes canavis ! cria la voix flûtée de tonton marquis.
Antoine se mit à rire dans sa barbe.
– Pauvre bonhomme ! murmura-t-il ; c’est innocent des goûts pareils, au moins !… ça ne fait de mal à personne !
Deux minutes après, j’étais endormie. Je rêvai de Gustave.
Il fallut pour m’éveiller le pavé de Domfront. Dès que la voiture le toucha, elle se mit à danser de telle sorte que j’ouvris les yeux en sursaut. Domfront, vieille et respectable ville bas-normande des pieds à la tête, ne me frappa pas à beaucoup près autant que Condé. J’étais déjà un peu habituée aux merveilles. Nous nous arrêtâmes à la meilleure auberge du lieu. Avant de descendre, Antoine me dit à l’oreille :
– Faites pour aujourd’hui tout ce que le petit voudra… Demain, nous causerons à notre aise.
On eut recours aux cérémonies déjà décrites pour retirer Dorothée de la voiture. Isidore lui offrit son bras, et tous deux montèrent le perron de l’auberge. En rentrant, Isidore dit à l’aubergiste :
– Mon bvave, on va vous appovter mes canavis… si vous avez des chiens ou des chats, enfevmez-les… D’apvès la pvésente déclavation, je vous regavde comme vesponsable de tout ce qui leuv avvivevait de mal !
Tonton marquis prononça ce discours sans rire.
La vie de voyage était ainsi réglée : les maîtres mangeaient ensemble, dans la chambre de la marquise ; mademoiselle Irène, l’institutrice, prenait ses repas dans son appartement, bien qu’elle eût place à table au château ; enfin, les domestiques se restauraient à table d’hôte. Il y eut conseil sur la question de savoir dans laquelle de ces trois catégories je serais rangée. On parla d’abord de la table d’hôte, – puis de la chambre de mademoiselle Irène. – Gaston trancha la difficulté en déclarant que, si je n’étais pas auprès de lui, non-seulement il ne souperait point, mais encore qu’il aurait une crise.
– Tu l’auras auprès de toi, mon amour, lui dit la vieille dame ; – tu l’auras !
– Dovothée ! fit le marquis solennellement, – voilà une aventuve qui pouvva avoiv des suites dangeveuses… tvès dangereuses !
– Bah ! Isidore !… ils n’ont que douze ans !
– Petit poisson deviendra grand !… murmura tonton marquis.
Il eut un coup de binocle, et l’on se contenta de cela.
Je ne fis pas beaucoup d’honneur au souper, qui, du reste, fut triste. On était venu annoncer à Isidore qu’un de ses serins était indisposé. Il s’écria :
– Et nous n’avons pas le docteuv Pidoux !… voilà en quoi ces voyages sont intolérables !
Depuis ce moment, il broya du noir.
Mademoiselle Zoé avait demandé la permission de souper avec Irène, son institutrice ; Lily boudait ; Gaston avait sommeil. Seule, madame la marquise du Meilhan-Grabot jouissait en son entier du valeureux appétit que la nature lui avait prodigué. Elle commanda son souper avec une grande liberté d’esprit, ôta sa sortie de bal, fit lâcher sa robe rose d’avancé et se mit à table jusqu’au menton, de l’air que doit avoir un vrai soldat en marchant à l’assaut. Elle mangea pour toute sa famille, et n’eut qu’une légère indigestion. Plût au ciel que le serin du marquis n’eût pas été plus malade ! Mais, vers la fin du souper, Besançon, la figure longue d’une aune, vint annoncer que le malheureux animal semblait approcher de sa dernière heure.
– Lequel est-ce ? demanda la marquise entre deux bouchées.
– C’est Fvédévic, répondit Isidore avec des larmes dans la voix ; le fils de Célestine… Le docteuv Pidoux l’avait déjà sauvé d’une fièvve cévébvale…
– Puisqu’il était d’une mauvaise santé… commença la marquise.
Isidore leva les yeux au ciel.
– On s’attache à ces petits êtves-là, dit-il, pav les soins même qu’on leuv pvodigue… Fvédévic était mon favovi !
– A-t-il des frères et sœurs ? interrogea encore la marquise.
– Fils unique ! prononça tristement tonton marquis.
La bonne Dorothée jeta un regard mélancolique sur Gaston et laissa un petit reste dans son assiette.
– Enfin, Isidore… voulut-elle dire.
– Tenez, Dovothée, interrompit le brave homme, épavgnez-moi ces consolations banales… Pavlons d’autves choses.
La marquise commença par se servir une aile de volaille avec un beau morceau de barde.
– Le voilà encore ! s’écria Lily ; maman marquise, Gaston ne veut pas mettre sa tête sur mon épaule !
Le blond chérubin était assis entre Lily et moi. Il avait fait choix de mon épaule pour y reposer sa tête bouclée. A vrai dire, je n’étais pas extrêmement sensible à cet honneur. Je n’avais pu toucher à aucun des mets qui couvraient la table. Mon cœur était gros et mes yeux brûlaient.
– Laisse, Lily, ma chérie, dit la marquise ; tu commences à être trop grande pour que Gaston te traite comme un enfant.
– Mais celle-là est plus grande que moi ! objecta Lily en me montrant au doigt, suivant son habitude.
– Ce n’est pas la même chose, répliqua Dorothée ; je t’expliquerai cela.
– Explique tout de suite !…
– La paix ! interrompit le marquis d’un ton presque viril.
Tout le monde le regarda ; la marquise ouvrait de grands yeux ; Gaston lui-même s’éveilla à demi.
Le marquis laissa tomber sa tête poudrée dans sa main.
– Pavdon, Dovothée ! fit-il d’un accent plaintif ; je me suis empovté malgvé moi… Je ne cvois pas manquer de patience… Mais entendve pavler d’enfantillages dans un paveil moment !…
Quand un serin est à l’agonie ! Et quel serin ! Frédéric, seul fils de Célestine ! La marquise comprit cela. Elle imposa silence à Lily, et cessa un moment de manger pour prendre les mains de son vieux sigisbé.
– Si vous alliez le voir un peu, risqua-t-elle.
– Je ne pouvvais pas suppovter l’aspect de ses souffrances ! répondit Isidore.
La marquise prit un grand parti. Je crois même qu’elle repoussa son assiette.
– Laissons donc cela, dit-elle, j’ai à vous parler d’une chose bien importante.
Elle se rapprocha et ajouta d’un ton confidentiel :
– Je ne suis pas fâchée que mademoiselle Irène prenne l’habitude de manger seule.
– Pouvquoi cela ? demanda Isidore avec distraction.
– Parce que, vous sentez bien, repartit la marquise, nous ne savons pas quelles sont, au fond, les opinions politiques de cette jeune personne… Dans les circonstances où nous allons nous trouver en arrivant à Meilhan… Quand il s’agit d’une conspiration…
– Chut !… fit le marquis en regardant tout autour de lui avec terreur.
Ce fut sans doute ce grand air de mystère qui éveilla ma curiosité, car ces mots : opinions politiques, conspiration, n’avaient pour moi aucune espèce de sens. Je compris seulement qu’on voulait éloigner un témoin indiscret. Je devins tout oreilles.
La curiosité tint toujours le premier rang parmi mes péchés mignons.
– Je ne conçois pas, Dovothée, reprit le marquis tremblant, comment vous commettez de semblables impvudences !
– Mais il n’y a personne ici !
– Les muvs ont des oveilles ! prononça solennellement Isidore. Puis il ajouta entre haut et bas :
– On a bien tovt de confier de cevtains secvets aux femmes !
– Allons ! fit la marquise, je confesse ma faute ; Isidore, soyez généreux !
– S’il ne s’agissait que de povter ma tête suv l’échafaud… commença celui-ci.
– Je sais que nous avons entre nos mains les destinées de la France, interrompit Dorothée ; mais, soyez tranquille, mon ami, je me montrerai digne de la responsabilité qui pèse sur moi… Je disais donc que cette jeune fille, ayant pris pendant le voyage l’habitude de manger dans sa chambre, ne pourra entendre nos délibérations… Vous jugez que si l’on savait qu’il y a au château un dépôt de poudre…
Tonton marquis sauta sur son siège comme si toutes les poudres déposées au château eussent fait explosion.
– Au nom de Dieu ! Dovothée ! s’écria-t-il, vous voulez donc nous faive massacver !… Songez que nous sommes ici dans un pays de bleus… et qu’il y avait, quand nous sommes entvés, tvois gvands coquins de gendavmes à la povte !
Comme il n’est pas nécessaire que le lecteur partage mon ignorance, je rappellerai que nous étions en 1832. Certaines choses mortes essayaient alors de renaître. En politique, toutes les résurrections sont possibles.
Je faisais semblant de dormir et je me demandais : Qu’est-ce que les bleus ? Pourquoi ces gens qui voyagent en voiture ont-ils peur des gendarmes ? Ma curiosité ne devait point être satisfaite ce soir-là. La porte s’ouvrit tout à coup. Je crus que tonton marquis allait sauter par la fenêtre, tant son visage exprima de terreur. Mais ce ne furent point les bleus qui entrèrent. Besançon, le premier, puis Justine, puis madame Honoré, puis Toinon, la bonne, montrèrent successivement leurs figures en grand deuil.
– Est-ce que nous sommes cevnés ? demanda Isidore, qui ne pensait plus à Frédéric.
Ses dents claquaient. J’ai bien vu des conspirateurs, mais jamais un plus drôle. La voix lugubre de Besançon répondit :
– Il est mort !
Et les trois femmes répétèrent en chœur :
– Il est mort !
Cette peste de Justine avait toutes les peines du monde à s’empêcher de rire. Isidore comprit enfin. Il s’essuya d’abord le front, et son mouchoir dut être plein de sueur froide. Puis il poussa un long soupir de soulagement.
– Nous pouvons dive, Dovothée, murmura-t-il à l’oreille de la vieille dame, que nous l’avons échappé belle !
– Taisez-vous, répondit-elle, j’en ai froid dans le dos !
– Que faut-il faire du corps ? demanda Besançon.
Tonton marquis, à ces mots, se replongea de bonne grâce tout au fond de sa désolation. Il cacha son visage entre ses mains.
– Soyez homme ! lui dit la marquise.
– C’est l’affaive du pvemier moment, repartit Isidore d’une voix étouffée ; – il n’y a que le temps pouv ces choses-là, vous compvenez bien.
– Si vous désirez qu’il soit empaillé ?… reprit la bonne Dorothée.
– Non ! s’écria tonton marquis avec un geste d’horreur ; vous me connaissez… ce sevait étevniser ma douleuv !… Enveloppez-le dans un mouchoiv… cveusez-lui une petite tombe… et bvûlez du sucve dans la cage pouv puvifîer l’aiv… Je suis sûv que Célestine ne s’en consoleva jamais !… pavole !
Cette soirée de deuil se termina dans une morne tristesse. La marquise se leva de table tout de suite après le dessert, et ordonna qu’on fît sa couverture. On emporta Lily et Gaston endormis dans leurs lits respectifs. Le désolé marquis gagna le sien en s’appuyant mélancoliquement sur sa canne à pomme d’or. Je l’entendis qui disait à Besançon dans le corridor :
– Célestine n’en éléveva jamais, j’en ai la cevtitude. C’est le tvoisième qui meuvt avant l’âge de pubevté.
On me mit à coucher dans la chambre de madame Honoré. C’était une douce et discrète personne qui en prenait bien à son aise pour tout ce qui regardait son service. Elle n’était point méchante. On ne peut dire qu’elle fût plus bavarde que le commun des chambrières de son âge. Elle me fit quelques questions auxquelles je répondis à ma guise. Antoine m’avait recommandé la prudence. Je pense qu’elle avait bien quelques petits secrets de toilette, car elle éteignit la lumière longtemps avant de se mettre au lit. Il est vrai que c’était, suivant elle, pour dire son oraison du soir. Mais j’entendis des bruits qui n’annonçaient point l’immobilité de la prière.
Toute cette nuit, je fus fort agitée. C’est à peine si je pus fermer l’œil. Chaque, fois que j’allais m’endormir, j’étais prise de cette pensée que je faisais un mauvais rêve. J’avais la fièvre, une fièvre ardente.
Je me levai pour boire un peu d’eau. La commode sur laquelle était la carafe se trouvait à un angle de la chambre, près d’une porte qui donnait dans l’appartement de l’institutrice. Je fus bien étonnée de voir encore de la lumière par le trou de la serrure. Je m’approchai. Il pouvait être à peu près deux heures du matin. Irène et Zoé n’étaient point encore couchées. J’ai fait d’avance ma confession ; j’étais curieuse de coller mon oreille à la serrure.
– Souvenez-vous d’une chose, Zoé, chère enfant, disait mademoiselle Irène, tout ce qu’on veut fortement arrive.
– Sais-je ce que je veux ? soupira Zoé.
Je mis mon œil à la place de mon oreille. Zoé était assise sur le pied de son lit ; mademoiselle Irène, demi-couchée dans une bergère, tenait une des mains de Zoé entre les siennes.
Mademoiselle Irène était beaucoup plus belle que Zoé ; mais celle-ci, avec sa figure douce et ses traits un peu effacés, m’inspirait une sorte de sympathie. Je la plaignais sans trop savoir pourquoi. Mademoiselle Irène avait dû souffrir beaucoup en sa vie. C’était une nature résistante et forte, malgré sa frêle enveloppe. Sous ses longs cils noirs il y avait du feu.
– De quoi vous plaignez-vous ? reprit-elle ; vous n’aimez plus le prince ?… Tant mieux, puisqu’il ne vous aime pas !
– Sais-je si je ne l’aime plus ! murmura encore Zoé.
– Puisque vous aimez Léon…
Zoé secoua la tête lentement et dit :
– Je suis bien découragée !
– Il ne faut jamais être découragée, repartit Irène.
Puis, relevant tout à coup son beau front plein de fierté :
– Que serait-ce donc, s’écria-t-elle, si vous étiez à ma place !… Que serait-ce donc si le sort injuste vous eût fait naître dans cette classe où tout est obstacle, où tout est misère ?… Vous avez des parents peu éclairés, mais bons… vous êtes mademoiselle du Meilhan… vous avez vingt mille livres de rente en vous mariant… sans compter de magnifiques espérances…
– Qu’importe tout cela ?… fit Zoé.
Irène quitta la bergère où elle était assise. Il y avait un éclair de dédain dans ses beaux yeux.
– Avec la moitié de cela, dit-elle, avec le nom de Meilhan tout seul, il y aurait longtemps que je serais princesse !
Zoé lui tendit la main en silence et se fourra entre ses draps.
Certes, je n’avais aucune idée des connaissances qu’une institutrice peut inculquer à son élève. Mais il y a l’instinct. Je devinai que mademoiselle Irène n’aurait point dû parler ainsi à Zoé. Je devinai davantage. Une intrigue m’apparut vaguement.
Je me recouchai toute pensive et sans même avoir bu cette goutte d’eau qui me faisait si grand besoin tout à l’heure. Mon esprit travaillait et nageait dans une mer de pensées confuses : ce château où l’on cachait de la poudre, ces gens qui appelaient les gendarmes des coquins, – les bleus, – ce prince dont on n’avait point dit le nom, et ce Léon que Zoé aimait, au dire de mademoiselle Irène…
Je m’endormis enfin. Au point du jour, madame Honoré, qui avait déjà son corset et sa jupe, m’éveilla. Nous devions faire ce jour-là une grande traite et ne nous arrêter qu’à Laval. Madame Honoré frappa à la porte de l’institutrice.
– Comment mademoiselle Zoé a-t-elle passé la nuit ? demanda-t-elle.
– Merci, ma bonne, répondit la jeune fille elle-même ; je n’ai fait qu’un somme depuis hier soir.
– J’avais cru entendre causer… grommela madame Honoré ; cette demoiselle Irène peut en savoir bien long… Dieu veuille qu’elle n’en sache pas trop long ! Je trouve Zoé triste depuis quelque temps ; elle a les yeux battus… à dix-sept ans !… Si quelqu’un lui mettait amourette en tête…
J’étais en train de nouer les cordons de ma jupe. Ma bouche s’ouvrit pour apprendre à madame Honoré ce que j’avais entendu. Mais Antoine m’avait dit d’être prudente. Plût à Dieu que j’eusse toujours gardé la même réserve ! Madame Honoré tourna par hasard les yeux vers moi.
– Est-ce que vous m’écoutiez, vous ? dit-elle ; qu’ai-je dit ?
– Je n’en sais rien, ma bonne dame, répliquai-je sans hésiter.
– Tant mieux pour vous, fillette… Moins on en sait, chez nous, mieux ça vaut !
Puis elle ajouta, en me regardant pour la première fois de la tête aux pieds :
– Vous avez trouvé la pie au nid, l’enfant !… Si vous tenez bien vos cartes, vous aurez un gentil magot à vos seize ans… La fantaisie du petit comte durera tant qu’elle pourra ; mais, chez nous, on ne renvoie jamais personne.
Il y avait là-dedans des métaphores au-dessus de ma portée ; néanmoins, je compris et je répondis :
– Je ferai de mon mieux, ma bonne dame, et j’écouterai les conseils de ceux qui sont au-dessus de moi.
Madame Honoré prit cela pour elle et me donna une tape sur la joue.
– Une fois décrassée, dit-elle, ça fera une jolie fille… Descendons, maintenant.
La famille était déjà réunie dans la chambre de la marquise. Dès que Gaston me vit, il quitta Lily pour courir à moi.
– Est-ce que tu me trouves joli ? me demanda-t-il.
– Certes, monsieur le comte, répliquai-je.
Il éclata de rire.
– Lily me disait que tu me trouvais laid ! s’écria-t-il.
– Maman marquise, tu vois bien, Lily est une menteuse !
Lily me jetait des regards étincelants.
– Luttons, me dit le chérubin.
En même temps, il me prit à bras-le-corps ; je me laissai mettre par terre.
– Elle est trois fois plus forte que lui, murmura tonton marquis ; – est-ce que la gaillarde aurait de l’esprit par-dessus le marché ?
Dorothée disait à Lily, qui s’était réfugiée dans ses bras et sans doute pour répondre à quelque plainte de la jalouse enfant :
– Ce n’est pas la même chose, mignonne, ce n’est pas la même chose !
– Mais vous m’avez déjà dit cela hier soir, maman marquise !… Quelle différence y a-t-il donc ?
Toutes les femmes savent payer de finesse à l’occasion. La marquise regarda Isidore et repartit en haussant les épaules :
– Est-elle simple, cette pauvre Lily !
– Pourquoi suis-je simple, maman marquise ?
Maman marquise baissa le ton ; mais j’avais l’oreille subtile au dernier point. J’entendis très-bien qu’elle disait :
– Il aime celle-là pour s’amuser… il t’aimera pour t’épouser !
Sait-on quelles réflexions profondes peut faire un enfant ? Gaston, qui avait voulu recommencer la lutte, me sentit faiblir entre ses bras :
– Es-tu malade ? me demanda-t-il.
Puis, m’embrassant :
– Est-ce que tu as aussi des crises ?
– Non, répondis-je avec amertume, je suis trop pauvre pour cela.
La marquise ne prenait point garde. Elle continuait d’endoctriner Lily et de lui parler bas à l’oreille. J’étais humiliée jusqu’au fond de l’âme, mais j’étais aussi bien heureuse. J’étais un jouet pour ces gens-là ; mais c’était Fanchette qui était un jouet pour Gustave ! La lumière se faisait en moi, éclairant vivement ces deux faces de ma situation. Gustave m’aimait pour m’épouser ; il aimait Fanchette de l’autre manière ! J’étais sûre de cela ! Je m’étonnais de ne l’avoir point deviné plus tôt. Mais qu’elle était l’autre manière ?
Tonton marquis était un peu défait. Il avait eu sa crise. La douleur que lui faisait éprouver la mort prématurée de Frédéric, fils cadet de Célestine, tournait déjà à la mélancolie. Il parlait ce matin avec complaisance des dispositions qu’avait ce jeune animal et de son brillant avenir. La conclusion était :
– Si nous avions eu ici le docteuv Pidoux, Fvédévic sevait encov en vie !
Je commençais à avoir une certaine envie de voir le docteur Pidoux.
Quand la marquise eut fini de prêcher Lily, celle-ci vint à moi les yeux humides :
– Ah ! pauvre petite Suzanne, me dit-elle en m’embrassant ; je ne savais pas, je ne savais pas !
Elle avait un cœur d’ange, cette Lily. C’était une de ces âmes qui aiment trop pour être heureuses. J’essayai de lui sourire. Je l’aimais déjà. Seulement, une idée me préoccupait. Que lui avait donc dit encore maman marquise ? La pitié me blesse mille fois plus cruellement que le mépris.
A dater de ce moment, Lily ne fut plus jalouse. Quand Gaston me faisait des caresses, je lisais souvent sur le minois expressif de la petite fille cette pensée :
– Ah ! que je ne voudrais pas qu’il m’embrassât ainsi !
Et je souffrais à mon tour, non point dans ma tendresse, mais dans mon orgueil. Gaston qui, malgré le pronostic de la marquise, devait m’adorer jusqu’à la folie ; Gaston, mon esclave né, mon fanatique, était pour moi un de ces êtres qu’il est impossible d’aimer d’amour. J’avais dans le cœur, après des années, un préservatif infaillible : le mot de la marquise. Cela ne devait pas empêcher Lily de souffrir, cela devait empêcher Gaston d’être heureux.
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