‹ Mon noviciat, ou les joies de LolotteChapitre 18 sur 26 · Tome 1 · 17

Tome 1 · 17

« Quand Je vous diſais qu’elle peut le diſputer à ſa céleſte fille (dit du ton le plus fou mon petit dépuceleur, en s’avançant le premier pour offrir la main à ma mere.) » Il eſt vrai qu’elle était piquante à étonner. « A la bonne heure, (repliqua le Chevalier, me recevant dans ſes bras où je m’élançais.) Je vois que c’eſt un coup de ſympathie : je cède, & conviens qu’en effet Vénus eut de tout tems l’avantage ſur Hébé même. »

Atravers ces propos mêlés des civilités d’uſage, ma mère ſur le poing du bel adoleſcent, Félicité conduite par le Comte, & moi par le Chevalier, nous arrivâmes dans un ſallon ſimple mais agréable, frais, embaumé de fleurs. L’instant d’après nous appella dans la pièce voiſine que parfumait, d’une autre manière, le plus excellent dîner. Nous y fîmes à l’envi tout l’honneur poſſible. Le Bordeaux, le Bourgogne, le Champagne y paſsèrent en revue, & même le Tokai, galanterie de nos aimables étrangers, qui portaient en voyage proviſion de ce nectar. On fut tout le tems du repas d’une gaité ! d’une folie ! Nos Allemands ne ſe piquaient pas tout à fait d’imiter le Chevalier, Français à outrance, homme de plaiſir de profeſſion, & qui était viſiblement dans cette conjoncture le boute-en-train affiché : mais les deux amis étaient bien franchement en joie. La plaiſanterie d’un caprice du plus jeune des trois pour notre Doyenne, ſe ſoutenait avec beaucoup de ſel & de légéreté. Nous sûmes, chemin faiſant, que mon premier acteur de la veille, celui que, par diſtraction, le Chevalier avait qualifié de Monſeigneur, était le fils d’un Prince ſouverain en Empire ; ma mère était toute fière, & même un peu ridiculement, de cette illuſtre conquête. L’idée d’être ainſi préférée par un être extrêmement joli ; la ſenſualité du banquet, la variété des vins, la piquante gaité, tout cela l’enamourait ſi fort pour le petit Prince, qu’elle était déjà très-impatiente de le tenir tête-à-tête quelque part, quand nous nous trouvions tous encore fort bien à table.

Cependant, après une ſéance de deux heures, ayant délicieuſement ſavouré le Moka & la plus vieille eau de la fameuſe Anfoux, nous allâmes errer deux à deux ſous l’impénétrable ombrage d’un vaſte quinconce de marroniers que décoraient de petits cabinets deſtinés aux plus doux épanchemens de l’amour heureux. On ſe promena tout le tems de l’entracte dont chacun crut convenable de ſéparer le culte de Bacchus de celui de Priape.

Ce fut maman qui ſe caſa la première, & qui (bien entendu nantie de la jeune Alteſſe) prit ſes précautions pour n’être point troublée. Ils ſe flattaient que leur éclipſe s’était faite ſans témoins, mais préciſément nous avions eu, le Chevalier & moi, le projet d’entrer dans cette cabane. Quand l’autre couple s’y jetta nous étions déja fort près, mais dérobés peut être par l’interpoſition de quelques arbres. Bref : ce fut nous qu’on ne vit point.

« Oh parbleu ! (me dit tout bas le Chevalier) il ſerait piquant de voir d’ici par quelque trou, notre blanc bec forniquer votre reſpectable mère ! — Je vous croyais (ripoſtai-je avec un peu d’aigreur) plus preſſé de m’offrir ma revanche. — Quoi ! tout de bon. Tu le ſouffrirais, petite héroïne (& ſes deux mains ſur mes hanches, pénétré d’étonnement, il tenait des regards de feu fixés ſur moi.) L’eſſai de l’autre jour ne t’a donc pas convaincue de l’impoſſibilité. — L’autre jour, à la bonne heure, mais aujourd’hui, que ſait-on ? » Pour toute réponſe je ſuis ſoulevée & portée, toujours courant, vers un autre cabinet, peu diſtant, dont la porte était entrouverte. Pouvions-nous y ſoupçonner quelqu’un ! nous y trouvons pourtant Félicité batifolant à cheval ſur le Comte aſſis, dûment enfilée. (On ne le voyait pas, l’arrondiſſement des jupons cachant l’enclouure, mais ils foutaient en poliſſonnant ; cela était clair.) Nous demandâmes pardon, & courûmes chercher quelqu’autre aſile : une loge enfin nous reçut ; plus prudens, nous nous y enfermâmes.

Un canapé de jonc nous offrait ſon ſiège élaſtique, mais le Chevalier prétendit que couchés là-deſſus on foutait aſſez mal ; l’attitude où nous venions de ſurprendre le Comte avec Félicité lui parut de beaucoup préférable, « De cette façon, dit-il, tu ſeras, chère petite, parfaitement maîtreſſe de me gouverner. Je te laiſſerai faire, & ſi, pour mon malheur, tu ne réuſſis pas à te le mettre, je me ſerai du moins épargné le chagrin de t’avoir une ſeconde fois martyriſée.

Il ſe poſte donc & s’étale. Je ne revois pas ſans un peu de poltronerie ce terrible vit, qui n’a du tout l’air d’être auſſi traitable que la veille lorſqu’il amuſait maman, mais qui bien plutôt montre toute l’impatience & l’ardeur que je loi avais vu avec moi la première nuit.

Cependant je me ſouvins tout de ſuite de la précaution qu’avait eue Félicité lorſque le petit Prince s’était mis en devoir de dénicher mon pucelage. Comme elle donc, j’abaiſſe ma bouche ſur la fière couronne de ce Roi des boute joies. J’éprouve à l’inſtant je ne ſais quel charme qui me colle ſur cet objet & me dicte de le recevoir le plus à fond que je pourrai dans la cavité de mon palais, de le ſucer, de le mignarder avec ma langue… Il eſt ſi vermeil ſi ſain !… ſi net !… ſi doux au tact perfectionné de ma bouche ! je l’humecte, je le pompe, je m’y délecte, je m’y oublie tout-à-fait. « Finis ! ah, finis donc ! (a beau me dire le prévoyant Chevalier) laiſſe, laiſſe moi donc, petit Ange… tu ne ſais pas de quelle conſéquence il eſt pour toi-même que tu ne pouſſes pas à bout cette ſublime irritation… Finis, de grace, ou… » Mais ma tête eſt ſi montée ; j’imagine ſi peu la ſuite que peut avoir mon opiniâtre badinage, que, loin de le ceſſer, je m’y livre de plus en plus vivement. « Quelle extravagance ! (dit alors l’ému Chevalier, ſe réſignant, s’allongeant en avant ſur ſon ſiège, & s’agitant tant ſoit peu) tu l’auras voulu… Eh bien… tiens… tiens, donc petite folle : » en même tems un déluge de foutre eſt dardé ; j’en ſuis preſque ſuffoquée ; n’importe : à peine ai-je reſpiré que, ſans rien rejetter de ce que j’ai reçu, je me précipite de nouveau ſur le robinet qui diſtile encore le précieux baume de vie, & j’en ſavoure avec fureur juſqu’à la dernière goutte.

Explique moi, ſi tu peux, cher Lecteur, la biſarrerie de cette jouiſſance ? Cependant j’éprouvais à-peu près la même ſenſation de plaiſir que ſi cette effuſion ſe fût faite au lieu convenable ! je cours me jetter ſur le canapé, j’y demeure une minute égarée, à demi-pâmée, ſuſpendue entre la vie & la mort. Le Chevalier accourt, m’enlève adroitement, me rapporte, s’aſſied, me plaçant à califourchon ſur la pointe de ſon vit brûlant, qu’il dirige, en maître, contre l’étroite brêche de mon avide conin. Un reſte de l’humidité qu’avait laiſſée ma bouche, l’arrière-larme encore de ce qui venait de couler ; l’avantage de l’attitude, mon intelligence à ſeconder ; tout concourt à favoriſer notre égal deſir… O bonheur ! je ſuis enfin entr’ouverte, pénétrée, mais avec bien de la difficulté, mais en ſouffrant un déchirement cruel… Ah ! qu’importe, pourvu que j’envagine enfin le giganteſque cylindre ! J’en contenais à peine les trois quarts, que déjà les atteintes du plaiſir ſuprême ſurmontaient les cuiſans élancemens de la douleur. De ma part, un ſurcroît d’onction ſans doute vient à l’aide de la première ; de ce moment l’inition devient beaucoup plus praticable ; bientôt enfin j’ai la douceur de ſentir mon duvet naiſſant ſe mêler aux boucles friſées de la baſe qui me ſupporte.

Nous demeurons quelques minutes ainſi joints, & reprenant haleine, nos bouches ſe ſucent, nos langues ſe careſſent, nos yeux ſe lancent de mutuels éclairs… Après cette délicieuſe ſuſpenſion, eſpèce d’aurore de la jouiſſance, nous paſſons enfin au grand jour. Le Chevalier me ſoulevant par les feſſes, me donne la première impulſion du mouvement réglé qu’exige notre objet ; je ſaiſis cette cadence à merveille… Je ſais la garder, la preſſer… peu à peu s’annonce l’infaillible & magique effet de notre vigoureux déduit, « Ha ! ha, petit Ange ! — Ah ! céleſte ami ! — je vais, je vais… — Et moi auſſi, mon tout… — Je crois, mon cœur, qu’il ſerait prudent de… (il cherchait à ſe dégager.) Eh non, non, Dieu de mon ame (en l’en empêchant.) C’eſt la ſeconde fois. Il n’y a rien à craindre. Tout, tout, Chevalier ? — Tout, donc… Ah petite Reine ! — Ah ! bel Amour ! Ha ! » foudroyés, nous perdons la vue, la parole & le mouvement.

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