‹ Mon noviciat, ou les joies de LolotteChapitre 23 sur 26 · Tome 1 · 22

Tome 1 · 22

Quoique le Rapporteur eût dans les mains de la piquante Laurette ſon vieil outil, qu’elle y roulait vivement comme le mouſſoir d’une chocolatière, il ne donnait encore aucun ſigne de vie. Zerbine était un peu plus chanceuſe avec ſon Préſident, qui l’avait appellée à ſon aide, & à laquelle il laiſſait à gouverner ſon très peu remarquable engin, tout en cajolant Silvio, dont il maniait curieuſement les feſſes & le reſte. Malgré ce partage d’attention, Zerbine ſe prêtait à tout ce qu’on voulait de la meilleure grace du monde.

Elle avait enjambé ſon homme, & dans cette poſture elle frottait, comme pour l’aimanter, le bout bleuâtre de cette pine encore mollette, contre les lèvres de ſon con vermeil. Elle daignait même baiſer, avec l’apparence du plaiſir, ce qui ſe montrait de la trogne enluminée du vieux paillard, enchanté de ſa bonne fortune, & qui ſe flattait preſque d’avoir plû…

L’envieux Rapporteur, ne voyait pas ſans quelque humeur ſon confrère ſi bien traité : Laurette était moins empreſſée : nul ſuccès d’ailleurs ne réſultant de ſon badinage manuel, elle était fort excuſable de ne ſe point monter l’imagination. Sur ce pied, notre oncle ſentit fort bien que la partie devenait inégale. Il imagina donc de dire à ſa Laurette quelque choſe de fort myſtérieux, que d’abord elle ne comprit point, ou feignit de ne point comprendre. Cependant, après une ſeconde phraſe, elle ſe leva, vint, à part, avec Pottamico, & tout contre notre loge, lui fit à ſon tour dans le tuyau de l’oreille quelque propoſition. « Perche nò, répondit diſtinctement le Bouffon. » A la ſeconde ouverture, (car il s’agiſſait, comme on verra, de quelque choſe d’aſſez compliqué) Potamico répondant ſicurò, guida la main de Laurette ſur ſon terrible vit, que je vis la friponne lui preſſer avec l’expreſſion du ſentiment le plus flatteur. Baſta, pagara, fut enfin la clôture de cet entretien ſaugrenu. Laurette alors planta gaîment ſur la bouche de l’heureux Bouffon en chaud baiſer dont nous ſeuls pouvions avoir connaiſſance, & tous deux, ſe donnant la main, ſe rapprochèrent du Rapporteur.

Voici, cher Lecteur, ce qui ne pourra manquer de te cauſer quelque dégoût : je t’avoue que, lors de l’événement, la galerie, quoique compoſée de gens peut-être plus aguerris que toi, ne fut du tout plaiſamment affectée de ce que je vais te raconter.

Laurette, en un moment nue, ſe jette à la renverſe ſur la banquette, la tête & les reins ſoutenus par un double rang de couſſins : elle élève alors les jambes, écarte les cuiſſes, & montre en plein un con de proportion aſſez mignone, que le capricieux Rapporteur, auſſitôt proſterné, ſe met en devoir de gamahucher. Rien de plus naturel : mais, ce qui nous pénétra de ſurpriſe & d’indignation, ce fut de voir, au même inſtant, l’intrépide Pottamico pointer ſon vit ſi beau, ſi fier, ſi frais, contre &… (c’était à fendre le cœur) dans le plus maigre, le plus ſec, le plus olivâtre, le plus horrible de tous les cus ! Oui, ce n’eſt point une feinte, M. le Rapporteur eſt réellement & profondément enculé !

On frémit au théatre de voir le charmant Robert ſur le point de ſe jetter dans les bras de la vieille Urgèle ! & c’était un vieux coquin de Conſeiller qui, tout de bon, était ſervi par un beau garçon de vingt ans ! Quoique ce pauvre Pottamico n’eût point l’honneur d’être Chevalier, ne méritait-il pas tout l’intérêt que l’aimable Robert inſpire ?

Apeine ce groupe était-il en action que, d’après la fantaiſie du Préſident, Silvio courut ſe poſter à la fuite, à genoux, le cu en l’air, le viſage penché ſur celui de Laurette, de telle façon qu’ils ſe croiſaient & ſe baiſaient à l’envers. Alors le gros Préſident, en bel état, (graces au talent de Zerbine) vint & le mit au pauvre Silvio, comme il pût, car la bedaine était ſi groſſe, l’engin ſi court & ſi menu, que, d’où j’étais, il me ſemblait que cette conjonction ne pouvait guère être complette. Mais la propice Zerbine aidait merveilleuſement à l’introduction, branlait, & donnait le poſtillon. Bref, tout allait : Laurette gamahuchée du moins, & s’enflammant aux baiſers d’un joli garçon, qui lui faiſait oublier la diſgrace de l’autre viſage, paraiſſait prendre du plaiſir. Le vilain gamahucheur en avait aſſurément beaucoup, ſuçant un con des plus frais, tandis qu’un vit d’élite l’honorait d’une vigoureuſe enculade. Nous voyions pourtant encore pendiller, ſans conſiſtance, ſa ſauciſſe noire & refrognée en apeau-de-caille. Mais c’était ce pauvre Bouffon que nous plaignions de toute notre ame ! Quel ſervice ! Qu’il fallait de reſſources dans l’imagination & les organes pour pouvoir ſe tirer avec honneur d’un pas auſſi difficile ! Quant au Rondon, naturellement plus ſuſceptible que ſon confrère de jouir des délices du libertinage, il était au troiſième ciel. Enculant Silvio, & merveilleuſement électriſé par Zerbine, dont il occupait les deux mains & la bouche, il faiſait retentir le ſouterrain de ſes accens lubrico-bacchiques.

J’avoue, Lecteur, que tout cela perd beaucoup au récit, & que la moindre eſquiſſe faite par le crayon de quelque autre Caravage, te ferait beaucoup mieux ſentir les beautés de ce tableau d’une ordonnance peu commune.

Cette première combinaiſon dura près d’un quart-d’heure ; car pour obtenir des criſes heureuſes, nos parlementaires n’étaient plus des francs moineaux. Quand on ſe fut décompoſé, le fortuné Préſident revint aux bouteilles, & verſa raſade à la ronde. Mais l’autre, que tout ce qui venait de ſe paſſer n’avait abouti qu’à faire enfin bander, ne voulait pas en être pour ſes frais & ſe preſſa d’interrompre l’entr’acte.

Voilà donc le petit volage qui, négligeant avec ingratitude ſa propice Laurette, ſurprend cavalièrement la pauvre Zerbine, colle au plus attrayant embonpoint ſon vilain ſquelette, & va tomber avec elle ſur l’arène des voluptés. La courageuſe fille (non ſans rire beaucoup d’un tranſport du ſuccès duquel elle ſe défie déjà) ne laiſſe pas de s’exécuter ; elle ſe poſte, s’écarte & laiſſe faire tout ce qu’on veut. Elle eſt… elle eſt… ratée. Diſons pourtant, pour n’être point injuſtes, qu’en délogeant faute de roideur, le vieil engin paye quelque tribut à la porte. C’eſt ce que nous fait comprendre le ſoin que prenait l’offenſée de s’eſſuyer, en riant comme de raiſon, au nez du débandant offenſeur.

Comme le Préſident triomphait ! que M. le Rapporteur devenait ridicule ! lui dont on a lu les mauvaiſes plaiſanteries adreſſées pour le même cas à ſon ami ! Celui-ci, vengé, ſe tenait les flancs, & mêlant la raillerie à la groſſe gaîté : « Comment, diſait-il, peut-on rater une auſſi charmante créature ? — Je voudrais vous y voir. — Moi ! je gage dix louis que ſur le champ je lui donne revanche pour toi, & que, malgré ce que je viens de faire, je mets cette aventure à bonne fin, — Va ; non pas dix louis, (réplique aigrement le Rapporteur) mais cinq, au profit de Mademoiſelle, que tu ne deviens pas plus heureux que moi. Je ne ſais ſi c’eſt ſa faute ou la mienne, mais il me ſemble bien difficile de la ſervir : du moins faut-il d’autres outils que les nôtres pour ſe maintenir là. — Mort de ma vie ! (repart plein de courage le Rondon, ſe verſant le vin de l’étrier) voilà qui eſt fait : cinq louis ; j’en gagerais cent, s’il n’était pas malhonnête de parier à jeu sûr. A nous deux, belle Zerbine ? »

Il la culbute auſſitôt en véritable jeune homme, bandant moins bien à la vérité, & trop peu sûr de ſon fait pour qu’on pût s’attendre à le voir juſtifier ſa fière gaſconade. En effet, l’énorme ventre eſt un premier obſtacle, le court & mince engin aborde à peine & le début eſt des moins heureux. Cependant Zerbine eſt ſi ſouple, ſait ſi bien ſe replier, & ſes doigts ont tant d’adreſſe qu’elle vient enfin à bout de s’incruſter le médiocre outil, malgré ſa conſiſtance fort équivoque, « M’y voilà… j’y ſuis… (ne manque pas de s’écrier l’arrogant parieur) l’argent eſt plus qu’à moitié gagné. » Il lime… il s’agite & ſue comme une rivière, « Allegro Signor… ſu, ſu… più preſto, (lui dit gaiement & le menant toujours plus grand train l’eſpiègle Zerbine) — Su, ſu, vous-même, (lui ripoſte notre homme, qui ſe croyant perſifflé commence à prendre de l’humeur) remuez-moi le cu & cauſez moins. — Per ſervir lò. » Et la voilà qui, gardant le ſilence, vous travaille ſi bien le pauvre fouteur, qu’au quatrième bond il eſt dehors. Il veut rengaîner, nulle poſſibilité : le charme a ceſſé. Soit avarice, ſoit crainte du ridicule, le pauvre Préſident a debandé net ! ſes cinq louis ſont perdus ſans reſſource.

« A la bonne heure (dit ſur le champ en français à peine intelligible, Laurette qui, n’ayant pas joué juſqu’alors un bien grand rôle dans cette orgie, voulait être auſſi de quelque gageure utile pour elle-même.) Il faut que je me mêle de cette affaire, & que Monſieur regagne ſon argent. Je me ſens un caprice pour ce gros ſerviteur de Bacchus, & lui demande la permiſſion de le mettre à l’épreuve. — Va, tope, la belle enfant, (repart le luxurieux Rondon, tout ravivé par ce cartel qui flatte ſon incorrigible amour-propre) mais écoute. »

Les voilà qui cauſent enſemble bien bas. « Si Signor (répond tout haut l’aimable Laurette.) Coſi faremo. Pottamico ? — Che coſa ? » Et voilà le Bouffon auſſi du petit conſeil.

Il s’agiſſait, comme l’événement le prouva l’inſtant d’après, d’engager le docile Pottamico à répéter en faveur du Préſident, ce dont il avait bien voulu gratifier ſi galamment le hideux Rapporteur. « Diavolo : (dit d’abord ce pauvre garçon, ſe grattant l’oreille.) » Mais, par une mine charmante de Laurette, & par quelque choſe qui tomba des mains du parieur dans la ſienne, il ſe ſentit à l’inſtant diſpoſé ; tout ſcrupule, toute difficulté ceſſèrent. Alors, nouveau défi de gageure, nouvel argent ſur jeu.

Et Laurette, à l’inſtant, de mettre en uſage toutes les reſſources de la manipulation pour reſſuſciter l’objet de ſon prétendu caprice, & commencer avec plus de ſûreté que n’avait fait la trop négligente Zerbine. Laurette, au moyen de ſes charmantes mains, de ſes yeux phoſphoriques, de ſon ſourire laſcif & de ſes baiſers aurait fait bander un vit de coton. Dès qu’elle eſt à peu-près sûre de ſon fait, profitant de l’expérience qui lui a appris que, poſtée ſur le dos, on réuſſiſſait mal avec ſon panſard, &, ſe doutant d’ailleurs qu’il faut à ce fieffé bougre du cu partout pour fixer ſes deſirs & ſa vigueur, elle ſe préſente en jument du compère Pierre, & met le parieur à même de choiſir la lice. Il enfile, il eſt vrai, la plus naturelle ; mais comme il s’y comporte aſſez mal, vu la diſproportion notable du contenant au contenu, Laurette, qui a fortement à cœur le gain du pari, dérobe leſtement la boutonnière, & d’un tems fait trouver à l’engin dans l’œillet, ſon véritable calibre. En même tems, Pottamico s’acquittait de ſa pénible corvée avec autant de zèle que s’il l’eût mis au plus joli Page.

Qu’il était heureux ce damné de Rondon, jouiſſant ainſi de ſes deux joies favorites ! Il ne pouvait plus perdre ſa gageure. L’enchantement eſt complet ; il roule les yeux… il va pâmer… il décharge ? Oui ; la preuve en eſt au bout de ſon petit vit, qui ne veut pas, au ſurplus, abuſer de tant de gloire, & ſe retire à l’inſtant, avec toute la modeſtie poſſible, ſous le vaſte abri de la bedaine, & tout eſt dit.

Laurette s’empare de l’or, & veut donner trois louis à l’auxiliaire Pottamico. « Non, Mademoiſelle, (dit en l’empêchant, le Rapporteur qui, pour le coup, allait ſe conduire à merveilles) vous avez bien gagné cette bagatelle, gardez tout. Mais, ſais-tu, mon cher Préſident, ce qu’il convient que nous faſſions ? Offrons cinq louis chacun à ces jeunes drôles, & que, pour la clôture de cette charmante partie, ils nous donnent le plaiſir de leur voir exploiter leurs Luronnes. Ils s’en acquitteront mieux que nous. » Une chaude embraſſade fut, de la part du luxurieux Préſident, le prix de cette heureuſe idée. Au premier mot de l’ouverture, le vigoureux Pottamico, en dépit de ſa double enculade, s’était jetté ſur la ſéduiſante Laurette, & Zerbine était tombée ſous l’intéreſſant Silvio.

Quelle fouterie, grands Dieux ! que ce feu, d’adreſſe & de grace ! On ſait que pour les Italiens, foutre eſt la plus ſainte opération de la Nature. » Les Français, diſent-ils, n’y trouvent que le plaiſir de la terre, nous y trouvons les raviſſemens du ciel. »

Pendant que ces deux couples, charmans à voir, ſe vengeaient ſi bien de leurs diſgraces précédentes, il était plaiſant d’obſerver nos Barbons, tournant tout autour, braquant leurs lunettes tout près des bons endroits, ſecouant leurs flaſques pines & les frottant aux cuiſſes des Fouteuſes, aux cus des Fouteurs, comme ſi le contact de ces reliques eût été capable d’opérer encore chez eux quelque réſurrection…

Tout prend fin à la longue. Les Italiens, après avoir même troqué d’actrice, (ce que tous quatre avaient fait de ſurérogation, & ſeulement pour leur plaiſir) ſe reſtaurèrent complettement à table. L’or fut compté ; la bande rajuſtée & riche d’une ſomme qu’elle n’aurait pas gagnée en ſix mois avec ſa diable de muſique, combla de bénédictions ſes luxurieux bienfaiteurs.

Au bruit d’une ſonnette, la Matrone reparut ; banda de nouveau les yeux à la troupe, & l’éconduiſit. Les vieux paillards quittèrent leurs maſques, ſe revêtirent, &, redevenus de graves Magiſtrats, ſe retirèrent à leur tour, ſe félicitant d’avoir joui dans cette conjoncture de l’une des plus belles époques de leur vie.

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