‹ Mon noviciat, ou les joies de LolotteChapitre 4 sur 26 · Tome 1 · 03

Tome 1 · 03

Un enfant d’Iſrael qui trouve ſous ſes pieds un diamant de prix ; un pauvre Lieutenant que ſurprend la nouvelle d’un immenſe héritage auquel il ne pouvait s’attendre, n’ont pas le quart de la ſatisfaction que me cauſa le ſuccès de ma joyeuſe expérience.

Je ne pus que bien rarement la réitérer pendant quelques ſemaines ; mais au bout de ce terme un événement comique, & ſurtout heureux pour moi, m’ouvrit enfin la plus facile carriere : Voici le fait.

Cette fille avec laquelle je couchais était une groſſe & grande Dondon, de vingt ans, brune-blanche, haute en couleur, propre & auſſi élégante que pouvait le comporter ſon état ; vive juſqu’à la pétulance, & qui ne ſe gênait guere de témoigner que la vie du couvent l’ennuyait à l’excès.

Quoique Felicité (c’eſt ſon nom) fût une bonne-enfant, & parût m’aimer beaucoup, je la craignais, à cauſe de ſes fréquentes bruſqueries, moins naturelles pourtant, (comme depuis j’eus lieu de m’en appercevoir) que cauſées par l’humeur que lui donnait un ſéjour auquel elle ne pouvait s’accoutumer.

Une nuit cette ardente créature eut un ſonge tellement agité que j’en fus éveillée.

Elle était ſur le dos, les cuiſſes écartées & reſpirant avec oppreſſion ; ſes reins s’élevaient & s’abaiſſaient périodiquement, toujours de plus en plus vîte ; ce fut enfin avec un trémouſſement convulſif, à travers lequel elle ſe mit à prononcer, avec les accens de la plus extrême paſſion : « Pouſſe, pouſſe, mon cher Fanfare, (Fanfare était le nom d’un Domeſtique chaſſeur de mon pere) mets tout… tout… avec moi… par…tons enſemble… Fou…ou…ou…outre !… tiens… tiens donc… ha !…ha !… »

Ces derniers accens, d’une expreſſion déclinante, furent ſuivis d’une parfaite immobilité. Un moment après elle ajouta d’un ton preſque triſte « Qu’avons nous fait ! Ah, mon ami ! je ſuis priſe… du coup tu m’auras fait un enfant, j’ai ſenti ton foutre à la pointe de mon cœur ».

Un monologue de cette énergie me donnait trop de priſe ſur Mlle Félicité pour que je ne fuſſe pas enchantée de l’avoir recueilli.

L’heureuſe créature s’était à tel point ſecouée qu’elle ſuait à groſſes gouttes : les mouvemens avaient déplacé les couvertures ; elle ſe trouvait à nud. je lui rendais de mon mieux le bon office de la recouvrir quand elle s’éveilla.

« Félicité, lui dis-je, êtes-vous ſujette à parler ainſi tout haut en dormant ? — Que voulez-vous dire, Mademoiſelle ? — Que vous parlez en rêvant, pas autre choſe, & que vous vous êtes ſecouée comme une poſſédée. Voilà notre lit en bel état, vraiment ! — Mademoiſelle s’amuſe ; dormons plutôt. — Un moment, Félicité : parlons un peu de Fanfare & de l’enfant qu’il vient de vous faire. — Comment ! petite morveuſe ! vous oſez dire de ces choſes-là ? — Ah ! vous le prenez ſur ce ton !… Eh bien, Mademoiſelle, écoutez-moi. »

Puis, auſſitôt ſur le dos, les cuiſſes de même écartées, du même ton, avec les mêmes ſoubre-ſauts je répète d’un bout à l’autre… « Pouſſe, pouſſe, mon cher Fanfare… mets tout… tout… avec moi… par…tons enſemble…fou…ou…ou…outre. »

Ici elle voulut me fermer la bouche, mais ſous ſa main, & en donnant des coups de cu terribles, j’ajoutai : « Tiens… tiens donc… ha !… ha !… Je ne fus même pas aſſez généreuſe pour lui faire grace du reſte de la tirade ; car, lorſqu’elle croyait que j’avais fini, je lui fis encore endurer, toujours en l’imitant : « Qu’avons-nous fait ? Ah, mon ami ! je ſuis priſe : du coup tu m’auras fait un enfant, j’ai ſenti ton… »

Il fallait bien qu’elle ſe rappellât toutes ces circonſtances, & reconnût dans mon récit l’exacte vérité, car elle me ferma pour le coup ſi bien la bouche que je ne pus achever.

Cependant un coup de tonnerre n’aurait pas été plus atterrant pour la pauvre Somniloque.

« Malheureuſe ! s’écria-t-elle, enfonçant ſa tête dans l’oreiller, quoi ! j’ai dit toutes ces horreurs-là ? ― Mot à mot. — Et tout haut ? ― Aſſez haut pour que ma mere eût pu vous entendre. (Elle couchait dans la pièce à côté.) — C’en eſt fait, je ſuis une fille perdue. — Non, non, Félicité, lui dis-je alors d’un ton moins cruel. Écoute, ma bonne amie. »

En même tems, je paſſe mes bras autour d’elle, & je crois ſaiſir une ſtatue, tant ſon corps a de fermeté. Elle attendait en ſilence.

« Je t’aſſure, pourſuivis-je, que je ne te veux aucun mal, & que je ſuis incapable de penſer… Que n’arrive-t-il pas aux gens qui rêvent ! »

Mais une envie de rire que je ne pus réprimer, me coupa la parole, & replongea l’indiſcrete rêveuſe dans l’embarras de ſe voir convaincue que je n’étais nullement la dupe de ſon ſonge impur.

« Hélas, dit-elle, il n’y a donc plus d’enfans. » Et auſſi-tôt ſe tournant vers moi. : « Si vous avez un bon cœur vous garderez le ſilence, — Je te le jure, Félicité. — Vous me le devez bien, car je n’ai pas dit non plus à Mad. votre Mere que, dans un de vos tiroirs, j’ai trouvé deux de ces ouvrages qui font dreſſer les cheveux à la tête. » Je ricanai ; ſa pudique réflexion n’était elle pas fort de ſaiſon après ce qui venait de ſe paſſer ? « Comme je vous aurais grondée, continua-t-elle, ſi je n’avais, ſur ma conſcience, ſuppoſé que vous ne ſaviez pas vous-même ces vilenies-là parmi vos livres ; ou penſé, du moins, que vous ne pouviez y comprendre un ſeul mot. — Quelque ſotte, répliquai-je, fière de pouvoir me faire paſſer pour inſtruite : ſachez, Mademoiſelle, que je fais tout ce qu’on peut ſavoir, & qu’il n’eſt pas même beſoin du dégré de ſcience que j’ai pour être certaine que vous n’auriez pas fait un rêve auſſi ſignificatif, ſi la choſe ne vous fût tout de bon & ſouvent arrivée : convenez du fait ? »

L’Angelus du couvent ſonnait : « Allons, prions Dieu, me dit-elle. — Va-t’en au Diable avec ton Angelus. Ne dirait-on pas que Mademoiſelle eſt une ſainte ! Parlons, parlons de Fanfare, dont le foutre va juſqu’au cœur ! — Bon Dieu ! qu’eſt-ce que cela ! Comment, à ſeize ans, être auſſi dépravée ! En vérité, c’eſt maintenant que je crois encore rêver ! »

Pendant notre colloque, je m’étais continuellement amuſée à parcourir le dur embonpoint de la ſoubrette. Elle ſe laiſſait faire tant que je ne touchais que des flancs dodus, des bras, des cuiſſes, & même une paire de volumineux tetons qui ſe boudaient d’une fiere maniere. Mais ma main curieuſe étant enfin arrivée à la motte brulante, élevée & tapiſſée largement d’une toiſon ourſine friſée comme de l’agneau d’Aſtracan, ce bruſque attouchement nous fit faire à toutes deux une reculade : à Felicité, de feinte pudeur ſans doute ; à moi, d’étonnement, mon inexpérience ne me permettant pas de ſuppoſer une conformation ſi peu ſemblable à la mienne, ni cette épaiſſe proviſion d’un ornement à peine encore indiqué chez moi.

Ainſi dépayſée, mais pour un ſeul moment, je revins ſoudain à la charge. Félicité comprit bien qu’il étoit inutile de faire la bégueule. Elle ſe laiſſa donc tâtonner complettement & je le fis avec une ſorte de galanterie de pur inſtinct qui lui plut ſans doute ; car, ſe replaçant ſur le dos elle fit le plus beau jeu du monde à mon doigt qui ſe gliſſa dans ſon con lubréfié par un effet du ſonge heureux. Elle l’y retint même, ce doigt, avec complaiſance, comme je penſais à l’en retirer. Dès-lors il ne quitta plus la place, juſqu’à ce que Félicité, qui le guidait elle-même, ne ſe contraignant plus, rallumée, palpitante, bondiſſante, mais ſans mot dire cette fois, & avec un peu moins d’abandon que la premiere, eût enfin exhalé ſon ame lubrique dans l’extaſe de la ſuprême volupté.

Page 1