‹ Mon noviciat, ou les joies de LolotteChapitre 5 sur 26 · Tome 1 · 04

Tome 1 · 04

La reconnaiſſance eſt une ſi belle vertu ! Félicité voulut me prouver qu’elle ne lui était point étrangere.

Apeine revenue à elle-même, elle m’enjamba comme une folle, me couvrit de baiſers, me nomma ſon Ange, ſon Dieu ; fouragea mes jeunes appas avec toute la fougue que pourrait ſe permettre un amant éperdu ; & frotta, preſque au point de me faire un petit mal, la noire aumuſſe de ſa motte ſur l’édredon de la mienne. Le tout aboutit enfin à me ſurprendre par la bruſque action d’écarter mes cuiſſes pour venir établir entr’elles une bouche brulante, qui croiſe auſſitôt l’orifice de mon vierge conin.

J’avais bien lu, par-ci, par-là, certains paſſages qui pouvaient m’avoir miſe confuſément au fait de quelque choſe de ſemblable, mais j’avoue que le tableau de cette biſarrerie avait gliſſé ſur mon imagination, parce que je n’y avais rien trouvé d’attrayant, au contraire ; la ſottiſe qu’on a d’attacher aux inſtrumens du plaiſir le nom de parties honteuſes, & d’accoutumer d’abord l’eſprit des enfans à ne ſe repréſenter que de ſales fonctions, retarde beaucoup l’époque où l’on conçoit enfin les attributs eſſentiels de ces mêmes parties, les plus nobles & les plus intéreſſantes du corps humain.

Dieux ! que je fus bien vîte convertie quand la ſavante langue de la ſoubrette eut agacé deux ou trois fois l’angle ſupérieur de ma fentine ! Cette manœuvre (où je trouvais du miracle) me cauſait trop de plaiſir pour que je m’amuſaſſe à calculer celui que l’agente pouvait y trouver en même tems ; mais je ne pouvais manquer d’être frappée de ſes aſpirations paſſionnées, & de cette haleine embraſée que par fois elle ſe plaiſait à ſouffler dans mes entrailles pour me faire éprouver des ſenſations inexprimables.

Sublime Tribaderie ! trop profanée par la ſatire des ſots ! comment, au contraire, ſe peut-il que la terre ne ſoit pas couverte de tes autels !

Félicité continua ce jeu tant que je pus le ſoutenir ; mais enfin l’exceſſive irritation de mes fibres, l’électricité de mon ſang devinrent ſi vives, ſi extrêmes que, ſous peine de mourir, il fallut la prier de ceſſer…

Nuit fortunée ! nuit à jamais mémorable ! un ſeul de tes inſtans valait dix années de ce bonheur philoſophique, ſi vanté des moraliſtes, & qui n’exiſta peut-être jamais. Sublime magnétiſme des attributs ſexuels ! miracle conſtant ! toujours égal, univerſel & nouveau ! miracle que d’ingrats raiſonneurs aviliſſent en t’aſſimilant aux nombreuſes turpitudes que la nature attacha ſi méchamment à l’humaine condition !… Je differe étrangement d’opinion avec ceux qui te dédaignent & t’outragent.

Mais que ma profeſſion de foi ſe prouve plutôt par l’hiſtoire de mes plaiſirs que par d’oiſeuſes déclamations. Lecteur ; en te forçant à dire de moi l’heureuſe créature ! Je crois te donner la meilleure & la plus ſûre leçon de l’art d’être toi-même heureux.

Nos ébats finirent par le ferment d’un ſecret impénétrable & d’une amitié à l’épreuve de toute révolution. Dès-lors Félicité ne fut plus à mes yeux une fille à gages, une vile chambriere : elle devint, en attendant mieux, ce qu’il y avait pour moi de plus précieux au monde ; une autre moitié de moi-même, en un mot.

Le ſommeil nous ſurprit nos cuiſſes & nos bras mutuellement enchevêtrés. Il était neuf heures quand ma mere nous réveilla, trop peu curieuſe, par bonheur, pour qu’elle vînt tirer nos rideaux ; autrement elle n’aurait pas manqué de deviner à peu-près le vrai des choſes, au grouppe peu décent qu’une petite fille & ſa gouvernante formaient encore quand elle parut dans notre appartement.

Bon Dieu ! qu’après des ſenſations d’une certaine vivacité les petits détails de la vie conventuelle deviennent faſtidieux, inſoutenables ! Les pieux exercices, la meſſe tous les jours, la confeſſion tous les ſamedis ; la communion deux fois par mois ; les lectures édifiantes chez ma Mere, que tout cela me devint odieux !

Je ſéchais ſur pied quand je n’étais pas tête à tête avec mon adorable Félicité,… mais, que dis-je ? avec elle encore je n’étais point aſſez heureuſe, car elle me contrariait, le plus ſouvent, dans mes déraiſonnables deſirs, « Elle ne voulait pas, diſait-elle : que répétant tous les jours & à tous momens d’épuiſantes tribaderies, j’émouſſaſſe l’aiguillon de la volupté, & tariſſe ce précieux humide radical, ſi néceſſaire à ma croiſſance qui ſe faiſoit à vue d’œil. Elle m’affamait donc par raiſon, par amitié.

Deux mois ſe paſſerent ainſi pour moi, réduite la plupart du tems au rôle d’agente, car Félicité, mûre & d’une organiſation peu commune pour la vigueur, prétendait n’avoir rien à redouter des plus fréquentes répétitions de la ſublime criſe. La lutiner, lui faire tout ce que je pouvais, c’était toujours quelque choſe. Dieux ! quand elle daignait me traiter de même, quel raviſſement ! Elle était donc ſans relâche, ou mon Génie bienfaiſant, la diſpenſatrice du ſeul bonheur que je vouluſſe connaître ; ou mon Démon perſécuteur, l’ennemie de ma joie, l’obſtacle fatal à tout ce que je pouvais deſirer. Adorée tour-à-tour, ou boudée ; plus ſouvent encore injuriée, elle m’écoutait en riant, quand je lui reprochais de ne point m’aimer, de me réduire à mourir enragée ; car ſa funeſte vigilance s’étendait juſqu’à m’ôter toute occaſion de me venger en particulier de l’abſtinence à laquelle ſon eſpionnage me forçait.

« J’avais bien beſoin de vous (lui diſais-je) pour me donner du plaiſir ! J’ai gagné beaucoup, vraiment, à vous faire confidence de mes lumieres & à me mettre de ſociété pour les jouiſſances ! Oui, Mademoiſelle, vous croyez me rendre un important ſervice ? eh bien, ſachez au contraire, que vous me tuez ; que par votre ſaute je ferai au premier jour quelque coup de tête dont vous aurez lieu de vous déſoler toute votre vie… »

Le moment d’après je pleurais ; je demandais pardon, je cherchais à réparer mes dures injuſtices & ſuppliait, pour qu’elle me permît les plus humbles complaiſances : ſur ce pied, dix fois contre une, c’était mon tour de donner du plaiſir.

Un jour que nous étions parfaitement bien enſemble, je la preſſai avec importunité ſur l’article de ſes aventures, qu’en gros elle m’avait dit être aſſez ſingulieres ; elle eut, après s’être beaucoup défendue, la complaiſance de me raconter ce qu’on verra dans les chapitres ſuivans.

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