Scène XIV
MORICET, LÉONTINE
Léontine, se débarrassant vivement de la couverture et retombant sur le canapé
Parti ! Ah ! que j’ai eu peur ! je sens mes jambes qui se dérobent.
Moricet, descendant en scène
Ah ! quelle situation ! mon Dieu ! quelle situation !
Léontine, tout en roulant machinalement et d’un air accablé sa couverture dont elle arrive à faire une sorte de boule
Qu’est-ce que nous allons faire à présent ? je suppose que nous allons partir, hein ?
Moricet
Partir ! Ah ! jamais de la vie ! moins que jamais.
Léontine
Comment ? vous voulez que je reste ici quand mon mari…
Moricet
Mais justement !… Si nous partons, il peut nous rencontrer, nous voir… tandis qu’ici, au moins, nous sommes à l’abri, (Allant à la porte d’entrée) la porte est fermée à double tour, je mets la clé sur la table de nuit et personne ne peut plus entrer.
Léontine, se levant à bout de forces et se traînant à gauche avec sa couverture en boule dans ses bras
Ah ! non, non, j’aime mieux tout que ces émotions-là.
Moricet
Allons, voyons… du courage ! Tout danger est à présent écarté ! Eh bien ! ce que nous avons de mieux à faire, c’est de tâcher de dormir jusqu’à demain matin… alors vous pourrez sans risque réintégrer votre domicile comme une personne qui revient bien tranquillement du château de sa marraine, mais jusque-là dormons.
Léontine, anéantie
Si vous croyez que je vais pouvoir dormir…
Moricet
Eh bien ! tâchez ! moi je vais essayer d’en faire autant ! Bonsoir !
Léontine, sèchement
Bonsoir ! (Au moment de sortir, avec rage.) Ah ! je ne vous la pardonnerai jamais celle-là.
Moricet, après qu’elle est partie haussant les épaules comme un homme qui s’en moque
Ah ! pfutt !
Léontine, reparaissant
Vous dites ?
Moricet, prenant un air navré
Hein ?… Je dis : Ah ! la la la la !
Léontine
Ah ? bon.