Chapitre 27
Dix jours plus tard, M. Ripois avait un premier élève. C’était un jeune Allemand qui se préparait à la diplomatie et voyageait pour se perfectionner dans les langues. Il savait le russe, ce dont il était si candidement fier qu’il força M. Ripois à avouer cinq ou six fois, au cours de leur première entrevue, qu’il n’avait, – lui, M. Ripois – pas la moindre notion de cette langue. Il croyait avoir également une certaine connaissance du français pour l’avoir étudié au gymnase, et ensuite dans nombre de romans paillards, qu’il énuméra.
Sur l’origine aristocratique de M. René de Champreuse, et ses titres à l’enseignement du langage de la diplomatie, avec ses finesses, il ne conçut aucun doute, et paya une guinée d’avance sans sourciller.
C’était un vendredi après-midi. M. Ripois quitta son bureau avec l’intention de n’y revenir que le lendemain matin, pour prendre son courrier. Toute cette semaine avait été une semaine d’oisiveté forcée ; mais les journées s’étaient trouvées remplies par la hantise de l’attente – l’attente des élèves qui ne vinrent pas, – de sorte qu’elles avaient paru plus longues que des journées de travail et plus dures. La visite du jeune Allemand semblait, avant tout, un heureux présage, un tournant du sort. M. Ripois recommença à croire en son étoile et se dit qu’une fois de plus tout allait s’arranger et marcher selon ses désirs.
Mais il était temps ! Il palpa le souverain qu’il avait mis dans une poche à part, le shilling qui se frottait dans son gousset aux deux ou trois shillings qui lui restaient auparavant pour tout potage, et se dit avec un sourire de franchise brutale qu’il était vraiment temps. L’aubaine arrivait si juste à point qu’on ne pouvait qu’y voir l’indice d’une protection miraculeuse. Foulant le trottoir d’un pas élastique, M. Ripois retrouva un instant sa belle confiance d’autrefois et sa conviction intime qu’il était foncièrement différent des autres gens et que les règles ordinaires ne s’appliquaient pas à lui.
La nuit tombait déjà, car l’hiver était proche ; mais il était encore de bonne heure, trop tôt, en tout cas, pour dîner sérieusement. Un thé, peut-être… Il entra dans un Lyonset commanda ce qu’il lui fallait.
Pas laide, la petite bonne qui le servait ! Quand elle apporta le thé, il la regarda dans les yeux avec un sourire ; elle lui rendit regard et sourire sans aucune gêne, habituée qu’elle était aux galanteries facétieuses de nombre de jeunes gens qui venaient là tous les jours. Mais, pour M. Ripois, ces signes prenaient un sens plus clair et l’encourageaient à des hardiesses. Il la suivit des yeux quand elle retourna vers le long comptoir du fond : gentille, décidément, pas mal faite, l’air simple ! Lui parlerait-il quand elle reviendrait pour lui donner sa note ? Le restaurant allait fermer dans une heure ou deux ; il pourrait lui demander un rendez-vous, la retrouver quelque part…
L’heure ordinaire du thé était passée et la salle presque vide. Les lumières de la rue clignotaient à travers la large vitre de la devanture. Quelques-unes des bonnes dont c’était le tour de partir de bonne heure remontaient du sous-sol habillées, et sortaient vite, alertes et joyeuses, en jetant un bonsoir aux autres. Pourquoi cet air de contentement, et où allaient-elles en se dépêchant, si fort ? M. Ripois s’imagina l’employé de magasin ou l’artisan aux ongles noirs qui les attendait, au coin de la rue, ou peut-être dans le parc, où ils s’assiéraient dans l’obscurité, serrés l’un contre l’autre, pour échanger des caresses vulgaires et des platitudes murmurées. Petites sottes ! L’animation de leurs figures fraîches et de leurs yeux brillants le choquèrent comme un outrage et l’attristèrent soudain.
Celle qui l’avait servi revenait vers lui :
— Vous ne voulez rien d’autre ?
— Non.
Il ne releva même pas la tête pendant qu’elle lui parlait, debout à côté de lui, et, quand elle se fut éloignée, il resta quelque temps immobile, regardant sa tasse vide d’un air découragé.
En quittant le Lyons,il poussa jusqu’à Marble Arch, entra dans le parc et suivit lentement l’allée qui longe Park Lane. La soirée était froide ; la pluie menaçait, et pourtant chacun des arbres semés sur les pelouses abritait au moins un couple assis d’amoureux. Certains se parlaient avec des rires bas ou joyeux qui sonnaient dans le silence ; d’autres restaient immobiles et muets, si étroitement liés l’un à l’autre que leurs visages demeuraient confondus dans l’ombre, même lorsqu’ils interrompaient leurs baisers. Parfois un des couples se levait et revenait vers la lumière de l’allée ; la femme s’appuyait lourdement sur le bras de son compagnon, les yeux noyés, et ramenait sur ses tempes ses cheveux en désordre avec des gestes alanguis. Le vent froid d’automne, la dureté de leurs vies captives, les obstacles et les laideurs sans nombre – leur invincible illusion d’amour surmontait tout cela.
Le long des pelouses d’autres femmes erraient, seules, cherchant les regards des hommes au passage ; et, lorsqu’elles étaient jeunes, et point répugnantes d’aspect, leur quête vénale et leur offre de caresses grossières semblaient presque touchantes aussi, comme si c’eût été quelque chose de précieux et de désirable que la brève illusion de la tendresse simulée d’une femme et son contact émouvant.
M. Ripois suivit l’allée en flâneur, regardant autour de lui. Il était content d’imaginer qu’il retrouvait peu à peu son insouciance d’autrefois, avec ses plaisirs sans mélange. « Encore quelques élèves, se dit-il, un peu d’argent devant moi, plus d’ennuis, et le bon temps va revenir. » Il regardait les femmes au passage, sans désir urgent d’amour, mais par habitude et parce qu’il avait encore l’instinct de ne laisser échapper aucune occasion d’aventure.
Une forme indistincte sur un banc attira son attention. Celle-là ne paraissait pas chercher les hommes : elle demeurait presque immobile, tournant seulement la tête de temps en temps quand quelqu’un passait près d’elle. Tout de suite, il commença à se demander ce que cette femme pouvait être et ce qu’elle faisait là. Une demoiselle de magasin ou une ouvrière sans emploi, peut-être, qui hésitait encore entre le trottoir et la faim. Il en avait tant rencontré comme cela dans les parcs ou dans les rues, de ces femmes que quelques mots suffiraient à entraîner et qui ne restent si longtemps indécises que parce que la plupart des hommes ne savent pas trouver ces mots ou n’osent pas les dire.
S’arrêtant à quelque distance, il la guetta. Elle était trop loin pour qu’il pût voir sa figure ou même deviner son âge. Comme il hésitait, elle se tourna vers lui et, bien que la lumière fût faible à cet endroit, il eut l’impression qu’elle était jeune et presque jolie. Elle parut le regarder aussi quelques instants et ne se détourna que lentement.
« Qu’est-ce que je vais faire ? se demanda-t-il. M’asseoir à côté d’elle et lui parler ? Je ne risque rien. »
Deux ou trois fois il se posa ces questions, se répétant chaque fois qu’il ne risquait rien et que cela ferait toujours passer le temps ; puis, comme elle ne se retournait plus, voici qu’une sorte d’indifférence envahit M. Ripois : l’« à quoi bon ? » de ceux qui ont le cœur fatigué. Il fit une moue découragée et continua son chemin.
Tout le long de l’allée et jusqu’à Hyde Park Corner le spectacle était le même. Partout des formes enlacées qui bravaient le froid et les regards moqueurs des passants, sûres qu’elles étaient du prix de ce qui leur était échu ; partout des formes solitaires qui rôdaient, mélancoliques. Arrivé au pied de la statue d’Achille, M. Ripois s’arrêta de nouveau, désœuvré, se souvenant qu’il était encore de bonne heure, et tout à coup une révolte le secoua.
« Est-ce que ça ne va pas bientôt finir ? » se dit-il, fouettant le sol de sa canne, comme s’il avait affaire à un ennemi tangible. Il eut envie de revenir vers cette femme assise sur le banc, de s’asseoir à côté d’elle, de lui parler hardiment, pour se prouver à lui-même qu’il était toujours son propre maître et libre de s’amuser comme autrefois. Que diable ! Un garçon de son âge ne pouvait pas larmoyer pendant des années.
Mais, en même temps qu’il se disait cela, la conscience irrépressible d’un changement l’obsédait, du changement qui s’était fait en lui, des sentiments nouveaux qui s’étaient glissés dans son cœur et le tyrannisaient. Alors il s’assit sur une chaise au bord de l’allée et chercha à comprendre.
« Voyons ! Où est-ce que j’en suis ? »
Il se répéta cela plusieurs fois, penché en avant, grattant le sol du bout de sa canne. Non seulement il ne trouvait pas de réponse, mais il n’arrivait même pas à penser clairement.
« Où est-ce que j’en suis ? »
Devant lui s’étalait le carrefour intérieur du parc : l’entrée de Rotten Row, le commencement de la route qui s’en va vers le kiosque de la musique et la Serpentine, les autres allées qui s’enfoncent à travers les pelouses. Les voitures étaient rares et passaient lentement, ce qui accentuait le contraste entre ce coin recueilli et le carrefour extérieur, de l’autre côté de la grille, qui était inondé de lumière crue et sillonné de véhicules bruyants.
« Où est-ce que j’en suis ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »
M. Ripois sentit ses idées si confuses qu’il voulut reprendre les choses au commencement, comme s’il se racontait une histoire.
« Voyons ! Ça a commencé un peu après que je l’ai quittée… Celle de Cricklewood…»
Il évite de prononcer son nom, parce qu’il lui semble qu’il ne s’est que trop attendri déjà et qu’il est maintenant temps d’en finir avec tout ce sentiment. Et pourtant le nom vient de lui-même, un peu plus tard, quand il continue à se raconter sa propre histoire à phrases inachevées, avec de longues pauses.
« Elle est morte, n’est-ce pas ? Ce n’est pas toute la bile que je pourrais me faire qui va la ressusciter. »
Paroles de sagesse ! Mais il en a déjà formulé de semblables vingt fois sans rien changer au poids qui l’oppresse.
« Évidemment, c’est triste… Pauvre Ella ! »
Ce n’est pas elle qui est à plaindre ; c’est lui ! C’est lui ! Il aimait Ella ; il l’a perdue et maintenant qu’elle est morte et qu’il ne peut plus l’aimer, son souvenir vient entre les autres femmes et lui. Cela lui paraît être quelque chose de stupide et d’incompréhensible, sinon une injustice. Voyons ! une femme qui est morte, qui ne compte plus ! Il songe obscurément que, lorsqu’une créature humaine est sortie du monde, elle devrait s’effacer tout entière, et ne rien laisser derrière elle qui puisse faire mal aux autres. Au lieu qu’Ella…
Un sortilège ! Il y a là un sortilège ! Voici que, par cela seul qu’il prononce son nom, elle se dresse debout dans son cœur, vivante, n’ayant rien perdu de ce qu’il aimait en elle, ni sa beauté, ni son cœur riche et rare, ni son amour. Vivante. Il la sent vivre, il voit sa figure et son corps, il devine les gestes qu’elle va faire, ses gestes familiers d’autrefois quand ils étaient ensemble, la nuit, dans la maison silencieuse. Et il l’aime comme autrefois, avec la même flamme de désir ; plus qu’autrefois, avec une tendresse désespérée. Bien plus qu’autrefois !
Les mains de M. Ripois se crispent sur ses genoux et il a envie de crier, comme un homme qu’on menace de la torture. Dieux éternels ! Comment ces choses-là sont-elles possibles ? Il lui semble qu’il sort du monde qu’il connaît pour entrer parmi les fantômes, et qu’il tend les bras vers la pourriture du tombeau.
Machinalement, il s’est levé ; il a traversé le carrefour, franchi la grille, et il remonte Piccadilly en suivant le bord du trottoir. Tous ces gens qu’il croise ou qu’il dépasse, des hommes s’en allant à leur club, des femmes affairées ou nonchalantes ne sont pas dans le même monde que lui ; il les voit comme à travers une muraille de verre. Car l’effarement du maléfice pèse sur lui, et il s’étonne presque qu’aucun des passants ne se détourne pour l’éviter. Ils sont sains et normaux, eux ! Il peut lire sur leurs figures la trame de leurs vies et leurs désirs simples : désirs de considération et de confort, de volupté, d’argent. Lui s’en va à côté d’eux dans les rues, avec l’amour d’une femme morte au cœur, et il lui semble qu’ils peuvent tous la voir marcher à côté de lui.
Elle marche à côté de lui, dans les rues, en le tenant par la main, et toutes les fois qu’une femme vivante passe, elle lui dit :
— Celle-là ne compte pas pour toi, ô mon amant.
Et elle dit encore :
— Il n’y a que moi qui compte pour toi ; moi dont le cœur ne bat plus, et dont le corps se décompose dans la terre, et dont le visage serait un spectacle d’horreur si on le voyait. Moi que tu n’aimeras plus jamais… tu n’aimeras plus jamais que moi.
M. Ripois ne répond rien à cette voix surnaturelle ; mais il regarde les femmes au passage avec un regret poignant. Tout ce qu’elles ont à donner qui est doux et bon – leur présence, leur contact, leurs caresses – faut-il donc qu’il renonce à tout cela ? Il commence à s’apitoyer sur lui-même, puis il se souvient tout à coup de la présence et du contact et des caresses d’Ella, qu’il a perdus aussi ; et sa peine devient plus qu’il n’en peut supporter.
Il arrive à Piccadilly Circus, s’arrête un instant sous la marquise du London Pavilion,puis repart dans la direction de Leicester Square, et l’effroi de ce qui lui arrive le suit partout, l’effroi et une stupeur qui n’est pas encore dissipée.
« Comment cela peut-il se faire ? se demande-t-il. Voyons ! Elle est morte. Comment cela peut-il se faire ? »
Au coin de Wardour Street, il s’arrête encore, par habitude, pour suivre distraitement le manège des femmes du trottoir ; et une fois encore, vingt mètres plus loin, à l’angle de la rue suivante, parce qu’il y a là une petite foule immobile.
C’est une femme qui chante. Derrière elle, un homme est accroupi devant une sorte de ridicule piano d’enfant, sur lequel il plaque des accords. La chanteuse est debout et se tient très droite, les mains enfoncées dans les poches de sa longue jaquette grise d’ouvrière ; elle lève la tête vers les fenêtres closes de l’autre côté de la rue ; son chapeau de paille décolorée retombe en arrière et découvre sa figure qui, de loin, semble d’une blancheur frappante.
Des enfants font cercle tout près d’elle ; un peu plus loin des badauds écoutent, alignés au bord du trottoir, et, au bout de la courte rue, les passants de Leicester Square et les femmes de Wardour Street s’arrêtent aussi, désœuvrés, et ne repartent que quand le chant s’arrête.
— Oh ! Thora… Thora !…
La voix de la chanteuse n’est ni très forte ni très belle, mais assez pure pour émouvoir. Elle chante avec la solennité pathétique des petites ouvrières d’usine de Hackney ou de Bermondsey, qui suivent la rue par deux ou trois, le dimanche soir, en se tenant par la taille, dans la splendeur de leur costume de fête – chapeau à grandes plumes, collier de perles fausses, robe de velours et souliers éculés – chantant à tue-tête une romance triste, et oubliant tout dans l’extase où leur propre voix les plonge.
— Speak... Speak to me...
Qu’y a-t-il dans la voix humaine qui noue ce lien mystérieux et puissant entre celle qui chante et ceux qui écoutent ? Les voici arrêtés, muets ; ils ont presque tous sans s’en douter pris un air recueilli, comme si ce qui monte dans la nuit était une prière faite en leur nom. La chanteuse jette ses notes l’une après l’autre, lentement, d’une voix qui traîne et larmoie, en supplication ; et ceux qui écoutent restent immobiles et se taisent et semblent dire :
— C’est cela ! C’est bien cela ! Elle chante pour nous aussi.
M. Ripois est parmi eux. Bien qu’il ait déjà entendu cette romance, c’est la première fois que ses paroles renferment pour lui autre chose qu’une fable sentimentale. Chacune des strophes pleines de lamentations, de regret, de désir sans espoir, devient réelle et touchante, une paraphrase de ce qui lui est arrivé et de ce qui se passe en lui ; et, quand le refrain vient, c’est un choc pareil à celui qu’un homme éprouve en voyant dans une glace sa figure mutilée.
I loved you... in life... too little
I love you... in death... too well.
Quand la voix se tait, il reprend son chemin en se répétant ce qu’il vient d’entendre :
I loved you... in life... too little
I love you... in death... too well.
Il y a donc eu avant lui d’autres hommes frappés du même mal, d’autres hommes qui ont continué stupidement à aimer une femme après qu’elle a échappé pour toujours à leurs bras ! C’est bien cela que dit la chanson :
Je vous aimais trop peu dans la vie ;
Dans la mort je vous aime trop bien.
Quelle chose incompréhensible et redoutable que l’amour, qui peut ainsi attacher ensemble un homme vivant, dont le sang chaud galope dans ses artères, et une femme qui n’est plus ! Comment cela se peut-il ? Quel lien peut-il y avoir entre eux ? Ils ne peuvent plus s’aimer. Alors ?
M. Ripois médite et s’effare. La vie est assurément plus compliquée qu’il ne l’avait cru ; elle est pleine de grandes forces aveugles et cruelles qui sont comme des bêtes lâchées dans un enclos ; la chance, par exemple, l’amour, la mort. Il ne pourra plus jamais aimer Ella ; il n’ose même pas songer à son corps, à cause des horreurs de la tombe ; et pourtant l’amour imbécile le brûle.
Il n’y peut rien ; il ne peut qu’essayer de chasser de son esprit tout ce qu’il y a d’affreux et de répugnant dans l’idée de la mort. Quand il y a réussi, Ella est toujours là ; mais elle ne lui fait plus peur.
Il découvre qu’il peut se souvenir d’elle et continuer à l’aimer sans penser à son corps, et bientôt il retrouve les élans de tendresse qu’avait suscités sa première découverte de l’amour, lorsqu’il avait résolu de retourner vers elle. Le regret et le chagrin subsistent ; mais il ne s’y mêle plus d’épouvante et presque plus d’étonnement.
Pauvre Ella ! Pauvre petite fille trop confiante ! Elle au moins a trouvé le repos, pendant que son amant paie le prix de son erreur. Il lui plaît maintenant d’imaginer qu’elle n’est pas tout à fait morte, puisque quelque chose d’elle survit en lui. Elle dort. Elle dort dans ce cœur éveillé trop tard, où il n’y a plus de place que pour elle. Toute pareille à ce qu’elle était autrefois, elle ne fait aucun reproche, elle ne tourmente pas ; elle dort, sereinement, sûre de n’être pas dérangée.
M. Ripois s’en va le long des rues avec l’air important et mystérieux d’une femme qui veille pour la première fois sur un berceau. La morte est revenue, et dort. Il ne peut moins faire que de montrer enfin un peu de patience, et de la laisser dormir en paix.
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