V
Le lendemain, le surlendemain, quinze jours s’écoulèrent. Elle avait dû rire, causer, recevoir à Lisbonne, à Gibraltar. De Ralph pas un mot. Était-il mort, noyé? Cette incertitude était affreuse...
Enfin, après trois semaines de ce supplice, se trouvant à Malte, elle y reçut une quantité de vieux journaux anglais, et les parcourant avec l’avidité qu’on éprouve en pareille occasion, elle fut prête à s’évanouir quand, au milieu des comptes rendus mondains, elle vit cette mention: «M. Ralph Elliott, en Écosse.» Lui, Ralph... vivant en Écosse!!! Comment s’était-il évanoui du pont du White Feather? Elle eut alors une inspiration sublime, et qui devait beaucoup plus convaincre son mari de son innocence que ne l’auraient fait toutes les protestations. Elle prit le journal, et, mettant son doigt sous la mention du nom:
--Comment est-il arrivé là? dit-elle.
Il la regarda une seconde, elle soutint son regard.
--Je l’ai fait mettre à terre.
--Où, comment, quand?
--Cette nuit-là, sitôt que je vous ai vue endormie.
Et comme le regard de sa femme, ferme et droit, interrogeait toujours:
--Oui, à terre, je lui ai offert cela, ou par-dessus bord; il a préféré la terre.
--Mais «où?» dit May qui commençait à sourire.
--Un peu loin d’une ville, je crains; mais vous voyez, les mauvaises monnaies courent toujours.
Après un silence, May dit à son mari:
--Vous avez bien fait, Alfred.
Depuis, May adore son mari.
AVEC EFFRACTION