17
Nanette, la femme de Jacques, le vit apparaître à l’orée du bois, tard dans l’après-midi, traînant quelque chose derrière lui sur la neige. Depuis qu’il lui avait parlé du chien sauvage, elle couvait au fond du cœur une secrète pitié pour la bête. Longtemps avant la venue de son dernier enfant, elle avait eu un chien qu’elle aimait beaucoup, et qui lui prodiguait la seule affection sincère qu’elle eût connue après son triste mariage. Avec une barbare cruauté, Le Beau l’avait chassé d’auprès d’elle, et d’ailleurs elle-même avait encouragé l’animal à chercher sa liberté, comme Nétah, dans la solitude. Aussi faisait-elle des vœux pour le salut du chien dévaliseur de trappes.
Àl’approche de Le Beau, elle vit que ce qu’il traînait était une sorte de herse faite de quatre perches entrelacées ; un peu après, en apercevant le chargement de ce traîneau, elle poussa un léger cri d’horreur.
Les pattes de Miki étaient si étroitement attachées aux branches qu’il ne pouvait faire le moindre mouvement. Une corde passée à son cou était fixée à l’une des traverses, et Le Beau lui avait improvisé une muselière en lanières de babiche incassables. Il avait fait tout cela après avoir abattu Miki et avant qu’il ne reprît connaissance.
Les yeux de la femme se dilatèrent, et elle perdit un instant la respiration après avoir laissé échapper ce cri. Bien des fois elle avait vu Jacques assommer ses chiens, mais jamais en maltraiter un de la sorte. La tête et les épaules de Miki ne formaient qu’une masse de sang coagulé. Puis elle aperçut ses yeux, fixés sur elle. Elle se détourna, pour que Jacques ne vît pas l’expression de son visage.
Le Beau traîna son fardeau directement dans la cabane, puis se recula et se frotta les mains en regardant Miki étendu sur le sol. Nanette vit qu’il était extraordinairement de bonne humeur, et elle attendit.
— Par tous les saints du paradis ! J’aurais voulu que tu le voies étrangler Nétah… ou peu s’en est fallu, s’écria-t-il joyeusement. Oui, en moins d’un clin d’œil, il le tenait par la gorge et deux fois il a failli me tuer pendant que je l’abattais à coups de bâton. Bon Dieu ! qu’est-ce que prendra le chien de Durant quand ils se rencontreront au Fort-Dieu ! Je parierais bien en supplément que celui-ci tuera l’autre avant que l’aiguille des secondes ait fait deux tours à la montre du Facteur. Il est superbe. Regarde-le, Nanette, pendant que je vais lui construire un enclos pour lui tout seul. Si je le mettais avec les autres il les tuerait tous.
Les regards de Miki le suivirent pendant qu’il franchissait la porte de la cabane. Puis il les reporta vivement sur Nanette. Elle s’était approchée et se penchait sur lui avec des yeux pleins de lumière. Un grognement se forma dans la gorge de Miki et y avorta. C’était la première fois qu’il voyait une femme. Tout de suite il sentit une différence vaste comme le monde. Dans son corps meurtri et brisé son cœur s’apaisa. Nanette lui parlait. Jamais il n’avait entendu une voix comme la sienne, douce et tendre, avec des larmes contenues ; et tout à coup, miracle des miracles, elle se laissait tomber à genoux et lui posait sa main sur la tête.
En cet instant son esprit bondit à reculons à travers les générations, bien au delà de son père et du père de son père, jusqu’au jour lointain où coulait dans les veines de sa race le sang ordinaire d’un « pur chien », où il jouait avec des enfants, obéissait à des appels de femmes, et adorait à l’autel de l’humanité.
Et voici que la femme courait vers le poêle, revenait avec un bassin d’eau chaude et un chiffon mou, et lui baignait la tête, sans cesser de lui parler de cette voix de tendresse apitoyée. Il ferma les yeux, toute crainte dissipée, et un profond soupir s’échappa de son corps. Il aurait voulu sortir la langue et lécher les petites mains blanches qui lui dispensaient l’apaisement et le bien-être. Et alors arriva la chose la plus étrange de toutes. Le bébé se redressa dans son berceau et commença à babiller. C’était une note nouvelle pour Miki, ce gazouillis du printemps de la vie, qui le fit vibrer d’un frisson sans précédent. Il ouvrit les yeux tout grands et se mit à gémir.
Le rire d’une joie inusitée et qui la surprit elle-même, monta à la gorge de la jeune femme. Elle courut au berceau et revint avec le bébé dans les bras. Elle se remit à genoux, et l’enfant, à la vue de cet étrange joujou étendu sur le plancher, tendit ses petits bras, agita ses pieds chaussés de mocassins minuscules, s’égaya, roucoula et gigota si bien que Miki se raidit dans ses liens pour pouvoir approcher un peu de cette merveilleuse créature et la toucher du museau. Il oubliait ses souffrances ; il ne sentait plus la torture de ses mâchoires meurtries et broyées, ni l’engourdissement de ses pattes comprimées et gelées. Tous ses instincts étaient concentrés vers ces deux êtres.
Et la femme, en ce moment, était belle à voir. Elle comprenait ; et son cœur généreux battait dans sa poitrine, oublieux de la Brute. Ses yeux rayonnaient avec la douceur des étoiles.
Ses joues pâles se couvrirent d’un tendre incarnat. Elle assit le bébé par terre et continua à baigner la tête de Miki avec le chiffon imbibé d’eau tiède. Le Beau, s’il avait eu rien d’humain, aurait dû adorer cette admirable et pure image de la maternité, cet ange de pitié agenouillé là et rayonnant un instant de l’oubli de sa personne. Et, de fait, il entra et la vit, si doucement qu’elle ne perçut pas sa présence tout de suite et continua, sous son regard fixe, à prononcer des mots entrecoupés de rires ressemblant à des sanglots, tandis que l’enfant gazouillait et se démenait dans l’excitation de ces minutes de répit.
Les lèvres épaisses de Le Beau se contractèrent en un hideux ricanement, et il prononça un horrible blasphème. Nanette sursauta comme si elle avait reçu un coup.
— Lève-toi de là, espèce de folle ! gronda-t-il.
Elle obéit et se recula avec son bébé dans les bras. Miki vit ce changement d’attitude ; quand il aperçut Le Beau, une lueur verdâtre se ralluma dans ses yeux et un grondement profond de loup roula dans sa gorge.
Le Beau avança vers Nanette. L’éclat de ses yeux et le rose de ses joues n’avaient pas complètement disparu ; elle se tenait debout, pressant l’enfant sur son cœur. Sa grosse tresse de cheveux lui était tombée sur l’épaule et brillait comme du velours à la clarté du couchant filtrant par la fenêtre. Mais Le Beau ne voyait rien de tout cela.
— Si tu t’avises de faire un petit chat domestique de ce chien, comme tu avais fait de Minou, la chienne de race, je te…
Il n’acheva pas sa phrase, mais ses grosses mains se fermaient convulsivement, et il y avait une hideuse colère dans ses yeux. Nanette n’en demanda pas davantage. Elle comprenait. Elle avait reçu bien des coups, un entre autres dont le souvenir ne la quittait ni jour ni nuit. Si jamais elle pouvait se rendre au poste de Fort-Dieu, et si elle en avait le courage, elle dénoncerait son mari et raconterait au Facteur comment Le Beau lui avait porté un coup terrible pendant qu’elle allaitait, et lui avait abîmé le sein à tel point que son enfant de deux ans était mort. Elle le dirait, quand elle se sentirait avec son nouveau bébé à l’abri de la vengeance de la Brute. Or, seul le Facteur — le gros agent du poste de Fort-Dieu, à cent milles de distance — était assez puissant pour la sauver.
Il est heureux que Le Beau n’ait pu lire ce qui se passait alors dans l’esprit de sa femme. Après lui avoir donné cet avertissement, il traîna Miki hors de la cabane vers un enclos de perches où l’hiver passé il avait gardé deux renards vivants. Il lui passa au cou une petite chaîne de dix pieds de long dont il fixa l’extrémité à l’un des barreaux avant de jeter son prisonnier dans la cage et de trancher ses ligatures de babiche.
Le chien resta couché plusieurs minutes sans faire un mouvement, pendant que la circulation se rétablissait lentement dans ses membres ankylosés et à moitié gelés. Lorsqu’il parvint enfin à se redresser sur ses pattes vacillantes, Le Beau ricana jovialement et rentra dans la cabane.
Après cela s’écoulèrent de nombreuses journées d’une torture infernale pour la pauvre bête, d’une lutte inégale entre la puissance de la Brute et l’esprit du chien.
— Je te materai : oh ! par le Christ, je te materai ! répétait incessamment Le Beau quand il arrivait, le bâton ou le fouet à la main. Je te ferai ramper devant moi. Oui ! et quand je te dirai de te battre, tu te battras.
L’enclos était petit, si petit que Miki ne pouvait éviter l’atteinte du bâton et du fouet. Cela le rendait fou pendant quelque temps, et la vilaine âme de Le Beau débordait de joie quand il le voyait s’élancer sans relâche sur les barreaux de bois vert et les lacérer de ses dents, bavant une écume sanglante comme un loup en furie. Il y avait vingt ans que Le Beau entraînait des chiens de combat, et telle était sa méthode. C’est ainsi qu’il s’y était pris avec Nétah, et il avait fini par dompter le Tueur, qui à son appel s’approchait à plat ventre.
Àtrois reprises, de la fenêtre de la cabane, Nanette assista à ces horribles luttes entre l’homme et le chien ; la troisième fois elle enfouit son visage dans ses mains et pleura. Quand Le Beau rentra et la vit en larmes, il la traîna vers la fenêtre et l’obligea à regarder de nouveau Miki, qui gisait ensanglanté et à demi mort dans sa cage. C’était un des matins où il partait pour la tournée de ses trappes : il ne rentrait jamais qu’assez tard le lendemain. Et à peine était-il hors de vue que Nanette courait vers l’enclos.
C’est alors que Miki oubliait son bourreau. Meurtri parfois au point d’y voir et se soutenir à peine, il se traînait vers les barreaux de la cage et caressait les douces mains que Nanette lui abandonnait sans crainte. Au bout de quelque temps elle prit même l’habitude d’apporter le bébé, emmitouflé comme un petit Esquimau ; et Miki gémissait de joie, se démenait de la queue et se vautrait en adoration devant ces deux êtres.
Dans la seconde semaine de sa captivité survint l’incident le plus délicieux. Le Beau était parti, et dehors sifflait une rafale de neige à laquelle Nanette n’osait pas exposer le bébé. Elle alla donc à l’enclos ; le cœur palpitant, elle en ouvrit la porte et amena Miki dans la cabane. Si jamais Le Beau découvrait qu’elle avait fait une chose pareille !
Cette pensée la fit frissonner.
Après cette première fois elle récidiva fréquemment. Un jour son cœur faillit cesser de battre : Le Beau avait aperçu du sang sur le plancher, et ses regards soupçonneux la transperçaient. Elle fit un mensonge.
— Je me suis coupé le doigt, dit-elle.
Et un moment après, lui tournant le dos, elle se coupa réellement. Quand Jacques regarda sa main il lui vit autour du doigt un chiffon taché de sang.
Désormais Nanette eut soin d’inspecter le plancher à chaque fois.
Cette cabane, avec la femme et l’enfant qui l’habitaient, devint un paradis de jour en jour plus délicieux pour Miki. Un moment arriva où Nanette se risqua à l’y garder toute une nuit. Allongé près du précieux berceau, il ne la quitta pas un instant des yeux. Il était tard quand elle s’apprêta à se mettre au lit. Elle revêtit une longue et moelleuse robe de nuit, puis s’asseyant près de Miki et exposant à la chaleur du foyer ses petits pieds nus, elle défit sa magnifique chevelure. C’était la première fois que Miki la voyait enveloppée de cette nouvelle et merveilleuse toison, qui tombait sur ses épaules et sa poitrine presque jusqu’au plancher, avec des reflets de cascade ; l’odeur en était à tel point séduisante que le chien s’en rapprocha de quelques pouces en rampant et laissa échapper un doux gémissement.
Quand elle eut fini de la brosser, Miki suivit les mouvements des doigts fluets qui la tressaient en deux grosses nattes. Avant d’éteindre la lumière, elle fit une chose encore plus curieuse. Elle s’approcha de son lit de perches, contre le mur, et d’une cachette sous les couvertures elle retira avec tendresse un petit crucifix d’ivoire. L’élevant dans ses mains elle s’agenouilla sur le plancher de madriers, et Miki l’entendit réciter sa prière. Il ne pouvait comprendre qu’elle implorait la bonté divine pour son enfant, pour la petite Nanette couchée dans son berceau.
Ensuite elle prit l’enfant, le dorlota dans ses bras, éteignit la lumière et se mit au lit. Et pendant les longues heures de cette nuit, Miki s’abstint du moindre bruit capable de les réveiller.
Àl’aurore, quand Nanette ouvrit les yeux, elle trouva Miki la tête sur le rebord du lit, tout près du bébé niché contre son propre sein.
Ce matin-là, pendant qu’elle préparait le feu, un étrange sentiment remua le cœur de Nanette et l’incita à chanter. Le Beau ne devait pas rentrer avant la tombée de la nuit, et jamais elle n’eût osé lui dire ce qu’elle allait faire avec le bébé et le chien. C’était son anniversaire. Elle avait vingt-six ans ; il lui semblait qu’elle avait vécu la longueur de deux vies ; et elle avait passé huit de ces années avec la Brute ! Mais à eux trois, ils allaient fêter ce jour. Pendant toute la matinée, la cabane fut remplie d’un nouvel esprit, d’un bonheur candide.
Voilà des années, avant qu’elle rencontrât Le Beau, les Indiens retirés dans le Waterfound avaient surnommé Nanette Tanta Penaski (le petit oiseau), à cause de la merveilleuse douceur de sa voix. Or, ce matin-là, elle chanta en préparant son repas de fête. Le soleil rentrait à flots par les fenêtres ; Miki battait de la queue et gémissait d’aise, le bébé jacassait et piaillait, et la Brute était oubliée. Nanette, dans ce moment d’insouciance, était redevenue une douce et belle jeune fille, comme aux jours où Jackpine, le vieux Cree, mort depuis longtemps, lui disait qu’elle était la fille des fleurs.
Enfin le dîner extraordinaire fut prêt, et, au ravissement du bébé, Nanette invita Miki à s’asseoir à table, sur une chaise. Il se sentait en sotte posture, et prit un air si bête que Nanette se tordit de rire au point d’humecter ses longs cils noirs ; et comme Miki tout honteux descendait furtivement de la chaise, elle courut à lui, lui jeta ses bras autour du cou et à force de le raisonner, lui fit reprendre sa place.
Ainsi se passa la journée jusqu’au milieu de l’après-midi. Alors Nanette fit disparaître toutes traces de cette réjouissance et enferma Miki dans son enclos. Elle eut de la chance de s’y être prise d’avance, car à peine avait-elle fini que Le Beau parut au bord de la clairière, accompagné de Durant, son camarade et rival, qui habitait à la lisière des Mauvaises Terres, plus au nord.
Durant, après avoir envoyé son équipement à Port-Dieu par un Indien, avait fait un crochet au sud-ouest, avec deux chiens et un traîneau, pour rendre une visite d’un jour ou deux à l’un de ses cousins. En retournant vers le poste, il avait rencontré Le Beau sur sa ligne de pièges.
C’est ce que Le Beau expliqua à Nanette, qui regardait Durant avec des yeux alarmés. Jacques et son hôte étaient bien appariés, sauf que Durant était un peu plus vieux. Elle s’était tant soit peu habituée à l’expression brutale de Le Beau, mais elle trouvait que Durant avait la figure d’un monstre. Elle en était épouvantée, et se sentit soulagée quand les deux hommes sortirent de la cabane.
— Maintenant, je vais vous montrer la bête qui tuera votre minet aussi facilement que votre cabot conducteur a tué ce lièvre tantôt, M’sieu ! déclara triomphalement Jacques. Je vous en ai parlé, mais vous ne l’avez pas vu.
Et il prit avec lui le bâton et le fouet.
Ce jour-là, Miki regimba comme un tigre nouvellement arraché à la jungle, avec une telle fureur que Durant en fut effaré, et s’écria à demi-voix :
— Mon Dieu ! c’est un démon.
Par la fenêtre Nanette vit ce qui se passait et poussa une exclamation d’angoisse. Avec la rapidité d’une flamme elle sentit s’éveiller ce que pendant des années Le Beau avait écrasé en elle, sa féminité ressuscitée, triomphante enfin et impavide, son âme libérée de ses chaînes, sa force, sa foi, son courage ! Elle quitta la fenêtre, courut à la porte, bondit sur la neige jusqu’à l’enclos, et, pour la première fois de sa vie, attaqua Le Beau : elle frappa de toutes ses forces le bras qui maniait le bâton.
— Brute ! s’écria-t-elle. C’est moi qui te le dis, cela va finir ! M’entends-tu ? Cela va finir.
Le Beau demeurait paralysé d’étonnement. Était-ce là Nanette, son esclave ? Était-ce cette merveilleuse créature aux yeux étincelants de défi, avec une expression qu’il n’avait jamais vue auparavant sur le visage d’aucune femme ? Non, c’était impossible ! Une rage bouillante débordait en lui, et d’un simple revers de son bras de géant il la repoussa si brutalement qu’elle tomba sur la neige. Il proféra un horrible juron et souleva la barre de fermeture de la cage.
— Je vais le tuer, je vais le tuer tout de suite ! hurla-t-il. Et c’est toi, toi, diablesse, qui lui mangeras le cœur vivant : je te l’enfoncerai dans la gorge ! Je te…
Il attirait Miki par sa chaîne. Il leva son gourdin au moment où la tête du chien dépassait l’ouverture. Un instant de plus et il allait lui mettre le crâne en bouillie lorsque Nanette s’interposa comme un éclair entre la bête et l’homme, et celui-ci manqua son coup. Alors c’est avec le poing qu’il frappa. Le coup atteignit Nanette à l’épaule et envoya le frêle corps rouler brutalement dans un coin de l’enclos. La Brute s’élança sur elle et saisit à pleines mains son épaisse et douce chevelure.
Et alors…
Durant poussa un cri d’avertissement : il était trop tard. Comme un foudre de vengeance, Miki avait bondi jusqu’au bout de sa chaîne et saisi Le Beau à la gorge. Nanette entendit le craquement. De ses yeux défaillants elle vit l’horrible chose. Elle étendit les bras comme une aveugle, se releva péniblement, et regarda encore sur la neige. Puis, avec un cri terrible, elle s’élança en titubant vers la cabane.
Lorsque Durant retrouva assez de courage pour tirer Le Beau hors des atteintes de Miki, le chien ne fit pas un mouvement pour le molester. Peut-être, cette fois encore, était-ce l’Esprit Bienfaisant qui lui disait qu’il avait accompli son devoir. Il rentra dans sa cage, s’y allongea et observa les faits et gestes de Durant.
Et celui-ci, en regardant la neige tachée de sang et le cadavre, se murmurait encore à lui-même :
— Mon Dieu ! c’est un démon.
Dans la cabane, Nanette était à genoux devant son crucifix.