06
Il est douteux que, pendant les quelques instants qui s’écoulèrent alors, un raisonnement défini ait traversé la cervelle de Nioua ; et il serait exagéré de supposer qu’il se mit délibérément à l’œuvre pour tirer de sa situation précaire le pauvre Miki, déjà presque inconscient et plus qu’à moitié mort. Son unique ambition était de gagner lui-même un terrain sec et solide, mais en s’y efforçant il devait nécessairement entraîner le jeune chien.
Plantant dans le bois flotté ses petites griffes aiguës, il se mit donc à hâler son bout de corde, et petit à petit, la tête en avant, Miki se trouva hissé hors du courant glacé et hostile. Ce fut une manœuvre très simple. Nioua atteignit un tronc d’arbre autour duquel l’eau refluait : il s’y aplatit et s’y cramponna comme jamais il ne s’était cramponné de sa vie.
De la rive, cette souche flottante était cachée par d’épaisses broussailles ; sans quoi, dix minutes après, Challoner les eût aperçus.
En fait, Miki n’avait pas suffisamment repris ses sens pour flairer ou entendre son maître lorsque celui-ci vint voir s’il restait une chance pour que son petit camarade fût encore en vie. Quant à Nioua, qui flaira cette approche, il ne fit qu’embrasser sa bûche avec une ardeur redoublée : il en avait assez de la bête humaine pour le reste de ses jours.
Une demi-heure se passa avant que Miki commençât à hoqueter, tousser et vomir de l’eau ; et pour la première fois depuis leur rixe en canot, l’ourson sembla s’intéresser vivement à lui. Dix minutes s’écoulèrent encore, puis Miki souleva la tête et regarda autour de lui. Sur quoi Nioua imprima une secousse à la corde, comme pour avertir son compagnon qu’il était temps de se débrouiller s’ils voulaient atteindre le rivage. Et Miki, trempé et lamentable, plus semblable à un squelette famélique qu’à une créature de chair, essaya positivement d’agiter la queue en reconnaissant Nioua.
Il grelottait encore dans cinq centimètres d’eau et jetait des regards d’envie vers ce bloc de bois haut et sec où s’était blotti Nioua. De ses pattes tremblantes et gourdes il s’activa pour le rejoindre. Mais la veine était contre lui. Au moment où il s’écartelait pour y grimper, ses grattements affolés communiquèrent à la souche la légère impulsion nécessaire et suffisante pour la dégager des épaves submergées. Lentement d’abord, la courbe du flot écarta de son ancrage un bout du tronc. Puis le fil du courant le saisit traîtreusement et d’une façon si soudaine que Miki faillit perdre son instable équilibre. L’arbre se déroba, puis se redressa, et se mit à fuir avec une rapidité qui aurait coupé le souffle à Challoner même dans sa fidèle pirogue.
Précisément, Challoner était en train de transporter son embarcation au-dessous de la cataracte. Mais il eût considéré comme une imprudence inexcusable de la mettre à flot dans les rapides où les frères siamois accomplissaient leur héroïque navigation, et, pour plus de sûreté, il préféra perdre près de deux heures à transborder son équipage à travers la forêt jusqu’à un demi-mille en aval.
Pour l’ourson et le toutou ce parcours d’un demi-mille fut une expérience qui devait survivre dans leur mémoire aussi longtemps qu’ils vivraient.
Ils se faisaient face à peu près par le travers du vaisseau, Nioua bien aplati, ses griffes incrustées dans le bois et ses petits yeux bruns presque sortis de leurs orbites : il aurait fallu un levier pour l’arracher de là. Quant à Miki, dès le début il semblait problématique qu’il pût tenir le coup. Il était incapable d’enfoncer dans le bois ses griffes émoussées et d’utiliser ses pattes raides, comme Nioua faisait des siennes, à l’instar de bras humains. Tout ce qu’il pouvait faire était de se maintenir en équilibre : il glissait de tribord à bâbord selon que l’esquif roulait ou déviait dans sa course ; parfois il se couchait en travers, parfois en long, et à chaque instant les mâchoires de l’incertain s’entr’ouvraient pour l’engloutir.
Les yeux de Nioua ne le quittaient pas une seconde, et s’ils avaient été des vrilles, ils auraient percé des trous. À en juger d’après la mortelle intensité de ce regard, l’ourson comprenait que sa sécurité personnelle dépendait moins de la ténacité de ses propres griffes que des capacités nautiques de Miki. Si le chien passait par-dessus bord, il n’avait d’autre choix que de le suivre.
Le tronc, plus gros et plus lourd d’un bout que de l’autre, filait tout droit, avec la rapidité et l’aspect d’une forte torpille. Nioua tournait le dos à l’horreur des flots écumants et des roches rugissantes, tandis que Miki faisait face à ce spectacle et n’en perdait pas une beauté. De temps à autre, l’épave se précipitait dans un tourbillon d’écume et y disparaissait un instant ; à ces moments-là Miki retenait son souffle et fermait les yeux, Nioua contractait ses griffes. Une fois, la souche effleura un rocher : six pouces de plus, et c’en était fait de leur croisière. Avant d’être à moitié de leur voyage, le jeune chien et l’ourson ressemblaient à deux boules de mousse savonneuse où scintillaient des yeux effarés.
Le tonnerre de la cataracte s’atténua rapidement dans la distance ; les grosses roches autour desquelles l’eau bouillonnait et refluait avec un grondement formidable commencèrent à s’espacer ; l’arbre franchit des espaces libres où il flottait aisément, sans secousses, et atteignit enfin le courant régulier des eaux placides. Alors seulement les deux boules d’écume risquèrent un mouvement volontaire.
L’ours tourna la tête et contempla pour la première fois toute la région d’épreuves qu’ils venaient de traverser. Le chien, qui regardait en aval, revit des rives tranquilles, une forêt profonde, une rivière étincelante au soleil. Tout son corps se gonfla d’une aspiration puissante, et le soupir dans lequel il exhala son soulagement était si profond et sincère qu’une trombe baveuse lui jaillit du nez et des babines. Il eut enfin conscience de la posture incommode où il s’ankylosait, une patte de derrière tordue sous lui, une de devant écrasée sous sa poitrine. Le calme des ondes et la proximité de la rive lui inspirèrent confiance, et il se dressa sur ses pattes.
Il possédait sur Nioua l’avantage d’un voyageur expérimenté, ayant régulièrement navigué plus d’un mois dans la pirogue de Challoner. Il ne craignait pas l’eau, du moins l’eau normale et de bonne conduite. Il se rengorgea un tantinet, et gratifia Nioua d’un jappement à moitié plaintif.
Mais l’éducation de Nioua avait suivi une ligne différente. Si son initiation au canotage datait d’aujourd’hui seulement, par contre il savait bien ce que c’est qu’un tronc d’arbre. Plus d’une aventure l’avait averti qu’une bûche dans l’eau est ce qui ressemble le plus à un être vivant, c’est-à-dire un objet doué d’une capacité presque illimitée de vous jouer les plus mauvais tours. Or c’était là une lacune fatale dans le trésor de science de Miki. Étant donné que ce tronc-là les avait transportés en sûreté à travers les eaux les plus turbulentes qu’il eût jamais vues, il le considérait comme un canot de premier ordre, avec cette restriction que le dessus en était arrondi de façon désagréable ; mais cette légère imperfection ne l’inquiétait guère. Sous les yeux terrifiés de Nioua, il se redressa crânement et se mit à regarder dans toutes les directions.
Instinctivement, l’ours s’accrocha d’une étreinte désespérée, au moment même où Miki éprouvait le désir irrésistible de se débarrasser de l’écume qui l’emmaillotait complètement, sauf les yeux et le bout de la queue. Maintes fois il s’était secoué dans la pirogue : pourquoi ne le ferait-il pas maintenant ? Sans répondre à cette question, et même sans se l’être posée, il le fit.
Ainsi que la trappe du gibet se dérobe sous l’attouchement du bourreau, le tronc répondit immédiatement à la secousse en se retournant. Sans avoir le temps de pousser un cri, Miki partit comme un boulet, frappa la surface avec un « floc » profond et solennel, et, tel un plomb de sonde, disparut encore une fois.
Nioua, dont c’était la première submersion complète, tint bon ; et quand la souche se redressa, il restait vaillamment cramponné à la même place, nettoyé de toute écume. Il chercha Miki des yeux et le crut parti. Cependant il se sentait étranglé par le tiraillement familier à la gorge. Attiré par la tête dans le sens de la corde, il voyait naturellement le point où celle-ci disparaissait dans l’eau, mais rien n’apparaissait au bout : la bête était trop profondément submergée.
Il n’y avait guère de courant à l’endroit où se trouvait Miki. Aussi, Nioua, sentant le poids mort s’alourdir de plus en plus, s’agrippait à l’épave comme à la vie même. S’il eût lâché prise, et rejoint le chien, ils auraient perdu l’heureuse chance qui en ce moment même tournait en leur faveur. Car Miki, se débattant au fond tant qu’il pouvait, jouait à la fois le rôle d’ancre et de gouvernail ; lentement la souche changea de direction, se trouva prise dans un remous de bas-fond, et vint longer la rive boueuse.
D’un bond fou, Nioua s’élança sur la terre ferme ; et dès qu’il la sentit sous ses pattes, il essaya de prendre sa course. Le résultat de cet effort fut que Miki émergea lentement de la vase, écartelé comme un homard, tandis que l’air rentrait dans ses poumons. Nioua, sentant instinctivement que son camarade n’était pas en état de courir pour le moment, s’ébroua et attendit. Miki ne fut pas long à reprendre ses esprits. En moins de cinq minutes il fut sur pied et se secoua avec une telle vigueur que l’ours fut enveloppé par un cyclone d’eau et de boue.
S’ils étaient restés là, Challoner les aurait trouvés au bout d’une heure environ, car il pagayait dans ces parages, tout près de la rive, cherchant leurs cadavres. Il se peut qu’un instinct légué par ses innombrables ancêtres avait averti Nioua de cette éventualité, car moins d’un quart d’heure après leur atterrissage il menait l’attelage dans la forêt, et Miki le suivait de bon cœur dans cette aventure nouvelle pour lui.
L’ours commençait à recouvrer sa bonne humeur. Bien que sa mère lui manquât, la forêt était son domaine familial. Après son expérience affolante en compagnie du chien et de la bête humaine, il sentait grandir sa joie au contact velouté des aiguilles de pin sous ses pattes et aux arômes familiers de ces retraites silencieuses. Il reniflait la brise et pointait les oreilles, se croyant revenu à ses anciennes pistes, enthousiasmé de se sentir encore une fois maître de sa petite destinée. C’était cependant une forêt nouvelle, mais, il ne s’en inquiétait pas. Tous les sous-bois se ressemblaient à ses yeux, car il lui était impossible de les repérer dans un domaine contenant des milliers de kilomètres carrés.
Pour Miki, c’était une autre affaire. Il commençait à ressentir l’absence de Challoner, le voisinage de la rivière lui manquait, et il devenait inquiet à mesure que Nioua l’entraînait plus avant dans les sombres et mystérieuses profondeurs des hautes futaies. Décidé enfin à une vigoureuse protestation, il s’arrêta et se raidit si brusquement que l’ourson, arrivant au bout de la corde, s’étala sur le dos avec un grognement de surprise. Miki profita de cet avantage acquis pour retourner sur ses pas et, tirant avec l’énergie presque chevaline que lui avait léguée son père de race Mackenzie, il se mit en route vers la rivière, et traîna Nioua sur une distance de quatre à cinq mètres avant que l’ours pût se remettre sur pattes.
Alors commença la lutte. Assis sur leurs derrières, les pattes de devant plantées dans la terre molle, les rivaux tendirent la corde à se démantibuler la nuque et se désorbiter les yeux. L’effort de Nioua était calme et soutenu, tandis que Miki, à la manière canine, tiraillait de façon saccadée et convulsive, avec des bonds en arrière qui forçaient Nioua à céder du terrain pouce par pouce. Tout revenait à savoir lequel des deux cous possédait le plus de résistance. Sous la graisse de l’ourson il n’y avait pas encore beaucoup d’énergie physique ; sur ce point il était inférieur au jeune chien, dont la peau flasque et les gros os dissimulaient une force réelle. Aussi, après s’être raidi héroïquement et s’être laissé traîner encore sur une douzaine de pieds, Nioua renonça au débat et suivit la direction choisie par Miki.
Les instincts ataviques de Nioua l’auraient ramené en droite ligne vers la rivière. Mais chez Miki l’intention était meilleure que le sens de l’orientation. Nioua le suivit de meilleure grâce quand il s’aperçut que son compagnon décrivait un cercle bien inutile qui les éloignait un peu moins vite, mais tout aussi sûrement de la redoutable rivière. Au bout d’un autre quart d’heure, Miki était absolument égaré. Il s’assit sur le derrière, regarda Nioua, et avoua la situation par un faible gémissement.
Nioua ne bougea pas. Ses petits yeux perçants venaient de se fixer sur un objet suspendu à un arbrisseau à quelques pas de distance. Antérieurement à l’apparition de la bête humaine, l’ourson consacrait les trois quarts de son temps à manger.
Or depuis la veille au matin il n’avait rien avalé, pas même le moindre insecte. Il se sentait complètement vide, et la vue de l’objet pendu au buisson faisait saliver toutes les glandes de sa bouche. C’était un nid de guêpes.
Bien des fois dans sa jeune vie il avait vu sa mère Nouzak aborder des nids de ce genre, les abattre, les écraser de sa grosse patte et l’inviter à se régaler de guêpes mortes. Pendant plus d’un mois ce mets avait fait partie de son menu quotidien, et c’était un des meilleurs qu’il connût. Il approcha du nid ; Miki le suivit. Quand ils en furent à moins de trois pieds, Miki commença à percevoir un fredonnement très distinct et de nature inquiétante. Nioua n’était pas du tout alarmé ; calculant la distance du nid au-dessus de terre, il se dressa sur son arrière-train, leva les pattes de devant, et attira l’objet avec une secousse funeste.
Instantanément, le ronronnement que Miki avait entendu se transforma en un bourdonnement de scie menaçante. Avec la rapidité de l’éclair, la mère de Nioua aurait mis le nid sous ses pattes et en avait écrasé la vie. Au lieu de cela, la secousse imprimée par Nioua n’avait servi qu’à déplacer la demeure d’Ahmou et de sa dangereuse tribu. Et, précisément, Ahmou se trouvait à la maison avec les trois quarts de ses guerriers.
Avant que Nioua pût donner une seconde secousse au nid, il en sortit un nuage épais : soudain Miki poussa un cri éperdu de douleur. Ahmou en personne s’était posé sur le bout de son museau. Nioua n’émit pas une plainte, mais resta un bon moment à se frotter le mufle entre ses pattes, tandis que Miki, toujours hurlant, enfonçait le sien dans la terre. L’instant d’après toute l’armée d’Ahmou était en action. Alors Nioua se mit à pousser un braillement bizarre et tourna le dos dans une retraite précipitée : Miki ne resta pas en arrière. Sur chaque point de sa peau tendre il sentait la piqûre d’une aiguille rougie au feu. C’était maintenant Nioua qui faisait le plus de bruit. Sa voix ressemblait à un beuglement continu, et l’accord fantastique de cette basse avec le glapissement aigu de Miki eût convaincu tout Indien passant par là que les loups-garous y donnaient un bal.
L’héroïsme des guêpes est assez chevaleresque : après cette déroute de leurs ennemis, elles auraient réintégré leur forteresse bouleversée, si Miki, dans sa fuite éperdue, n’avait eu la malencontreuse idée de passer d’un côté d’un jeune arbre tandis que Nioua avait choisi l’autre côté. Cette mésaventure les arrêta avec une brusquerie presque suffisante à leur rompre le cou. Sur quoi, une douzaine de guerriers de l’arrière-garde d’Ahmou revinrent à la charge. Nioua, dont l’humeur combative était enfin éveillée, se retourna et griffa Miki à la croupe en un endroit presque dépourvu de poils. Le pauvre roquet, déjà à demi aveugle, affolé de souffrance et de terreur au point de perdre toute jugeote, crut que la déchirure lancinante infligée par les griffes acérées de l’ourson n’était qu’une piqûre plus profonde des horreurs bourdonnantes qui le harcelaient. Il poussa un hurlement suprême et tomba en convulsions.
Cet accès le sauva. Dans ses contorsions folles il roula autour de l’arbre du même côté que Nioua, et celui-ci, sentant la laisse dégagée, reprit sa course d’un trait. Miki le suivit, hurlant à chaque bond. La rivière n’inspirait plus d’horreur à Nioua. Son instinct l’avertissait qu’il lui fallait de l’eau, et au plus vite. En ligne aussi droite que celle que Challoner eût pu suivre à la boussole, il entraîna son compagnon vers le fleuve. À quelques centaines de pas ils rencontrèrent un petit ruisseau qu’ils auraient pu franchir d’un bond. Nioua sauta dans l’eau, profonde de quatre à cinq pouces, et, pour la première fois de sa vie, Miki fit un plongeon volontaire. Ils restèrent longtemps vautrés dans le frais ruisselet.
La lumière du jour n’arrivait plus que terne et vague aux yeux de Miki, qui commençait à enfler de l’extrémité du museau à la dernière vertèbre de la queue. Nioua, protégé par sa graisse, souffrait moins, et y voyait encore. À mesure que coulaient ces heures douloureuses, bien des choses s’ajustaient dans sa cervelle. Toutes ces tribulations avaient commencé à l’apparition de la bête humaine. C’est elle qui lui avait pris sa mère, qui l’avait jeté lui-même dans un sac obscur, et surtout qui lui avait attaché la corde au cou. Lentement, mais sûrement, il commençait à se convaincre que cette corde était cause de toutes leurs mésaventures.
Après un repos prolongé ils sortirent du ruisseau et trouvèrent, au pied d’un grand arbre, un trou moelleux et sec. Même pour Nioua, qui avait conservé l’usage de ses yeux, il commençait à faire sombre dans la vaste forêt. Le soleil déclinait, l’air fraîchissait. Miki, étendu à plat ventre, sa tête enflée posée entre ses deux pattes de devant, gémissait doucement.
Maintes et maintes fois les yeux de Nioua se fixèrent sur la corde, à mesure que l’idée dominante se fixait dans sa tête. Il se mit à gémir aussi, autant par regret de sa mère qu’en réponse à Miki. Un irrésistible désir de camaraderie le rapprocha du jeune chien. Après tout, ce n’était pas Miki qu’il fallait blâmer : c’était la bête humaine… et cette corde.
Le soir mélancolique s’épaississait autour d’eux, et Nioua, se serrant de plus près contre son compagnon, prit la corde entre ses pattes de devant, y planta les dents avec un léger grognement, et se mit à la déchiqueter méthodiquement. Il grondait de temps à autre, mais ce grondement dénotait une intention toute communicative, comme s’il eût voulu dire à Miki :
« Tu vois ! je vais ronger cette affaire-là, et elle sera coupée avant l’aurore. Bon courage ! Sûrement la journée de demain sera meilleure. »