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Chapitre 4

L’hiver ne se fit pas attendre ; la neige couvrit les allées du jardin. Mérikof, enfermé dans sa maisonnette près du moulin, passait les journées à fumer et les soirées à fabriquer des télègues en bois blanc pour ses enfants chéris. Une après-midi, son œuvre fut terminée, les petites charrettes roulaient sans bruit sur leurs roues mignonnes ; il les mit sur la table et les contempla, les larmes aux yeux. La journée était belle, il ouvrit la petite fenêtre de sa chambre et passa la tête dehors. Un souffle de printemps lui caressa le visage, une goutte de neige fondue, chassée du toit par le vent, tomba sur la main qu’il appuyait sur le bord de la fenêtre.

— Dieu merci ! dit-il à haute voix, ils vont bientôt revenir.

— Oui, grommela Stépanida derrière lui, et vous allez de nouveau disparaître ; on ne vous verra plus ici que pour manger et dormir.

— Que veux-tu, ma chère ? ils sont si bons !

— Dites plutôt : elle est si bonne, continua la ménagère ; c’est la comtesse qui vous attire au château avec sa figure blanche et ses grands airs capricieux.

Mérikof se retira de la fenêtre et se tourna vers Stépanida en se redressant.

— Jamais un mot de blâme sur elle, dit-il d’une voix tonnante, ou nous nous séparerons.

— Est-ce que vous en êtes amoureux ? fit-elle d’un ton moitié boudeur, moitié fâché.

Mérikof fit un pas ; la ménagère sortit de la chambre sans bruit, en fermant soigneusement la porte derrière elle.

Au bout de quelques instants, Mérikof rangea avec précaution les petites charrettes dans un coffre vide, prit sa pelisse et sortit. Comme il gravissait la colline qui dominait la rivière et le moulin, il vit passer, en bas sur la route, le diacre de la paroisse.

— Bonjour, Vladimir Alexandrovitch, cria celui-ci. Voilà un temps qui apportera de l’eau à votre moulin. Comment vous portez-vous ?

— Bien, merci, voisin ; et vous-même ?

— Un peu froidement ; je reviens de la ville, il y a bien vingt verstes de chemin, comme vous savez ; il me semble que je n’ai plus de nez ; le vent qui souffle là-haut pique joliment, allez !

— Entrez un peu vous réchauffer, voisin, dit Mérikof, qui était descendu ; cela fait du bien de voir un homme ; il y a quinze jours que personne n’a passé par ici.

— Mais les maîtres vont revenir là-haut ? dit le diacre en entrant dans la maison.

— Pas encore, répondit son hôte en le suivant avec précaution. (Il lui fallait baisser sa haute taille pour passer sous la porte de sa demeure.) Au mois de mai, et voilà seulement mars qui finit. Stépanida, le samovar !

— Voulez-vous un coup d’eau-de-vie pour vous réchauffer ? dit Mérikof.

— Ce n’est pas de refus, voisin, répondit le visiteur en essuyant ses lèvres sur sa manche. Le vent n’est pas bon aujourd’hui.

Une bouteille d’eau-de-vie fit son apparition.

— À votre santé !

— À la vôtre !

Et les deux verres s’entrechoquèrent.

Le thé fut bientôt prêt. De verre en verre, la journée tira à sa fin. Le soleil allait se coucher, quand les convives, très expansifs, parurent sur le seuil de la maisonnette.

— Adieu, frère ! fit le diacre en secouant la main de son hôte.

— Adieu, frère ! répondit celui-ci. Embrassons-nous.

— Bon voyage.

D’un pas inégal, le diacre alla chercher son petit cheval résigné, qui avait pris patience sous le hangar en mangeant quelques brins de foin saupoudrés de neige, puis il s’assit lourdement et partit avec force signes de tête affectueux au maître du logis, qui se cogna rudement en rentrant, pour avoir oublié de se baisser.

Stépanida se tenait à l’écart, mais elle ne fut point grondée, car son maître paraissait avoir oublié son existence.

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