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Chapitre 7

— Là, j’en étais sûr, dit le comte en entrant dans la salle à manger le lendemain matin, quand il vit une petite théière en argent sur un plateau devant sa place ordinaire.

— De quoi ? dit Repkine, qui avait l’air de mauvaise humeur.

— Que ma femme ne monterait pas longtemps son nouveau dada. Voilà qu’elle ne veut plus faire le thé à présent !

Malgré le nuage qui pesait sur lui, Repkine ne put s’empêcher de rire de l’apparence soucieuse de son hôte. En ce moment, la comtesse entra, pâle, les yeux battus, mais le regard ferme et l’attitude sérieuse. Elle salua Repkine d’un signe de tête et s’assit près du comte.

— Marie, dit celui-ci, vous avez renoncé à votre fantaisie ménagère ? J’en suis désolé !

— Vous y tenez donc beaucoup, mon ami ? dit la jeune femme avec douceur.

— Certainement.

— Eh bien, je vous servirai moi-même, mais mon abnégation n’ira pas au-delà.

En disant ces mots, elle s’empara du plateau et servit son mari, puis elle-même. Elle sonna le domestique.

— Apportez du thé à monsieur, dit-elle en désignant Renkine.

Celui-ci se mordit les lèvres. Le soir même, la poste lui ayant apporté plusieurs lettres, il prétexta une affaire importante et partit.

Le comte et Fékloucha le regrettèrent quelques jours, puis la vie reprit au château sa routine ordinaire. Seulement, le neuvième jour, la jeune femme ne put pas se lever, et vers midi, un exprès partit en hâte pour chercher le médecin de la ville voisine ; la comtesse Marie avait une fièvre nerveuse.

Pendant plusieurs jours, les puissances de la vie combattirent la mort au chevet de la pauvre femme ; enfin, sa jeunesse, sa bonne constitution, ce vague désir de vivre si fort au cœur de l’homme, même quand il est malheureux, remportèrent une victoire chèrement disputée, et les stores, longtemps baissés, se levèrent enfin sur le jardin embaumé.

Tant qu’avait duré la maladie de sa protectrice, Mérikof, bourrelé de remords, avait passé les nuits au château, couchant tout habillé sur le tapis, en travers du seuil de la chambre fatale. Quand il rentrait au moulin pour y manger un peu avant de reprendre sa garde, Stépanida le grondait vertement, mais il ne l’écoutait plus.

— Cela ne ressemble à rien, disait-elle tout en le servant, vous voilà épuisé comme un cheval de paysan. Et pourquoi, je vous le demande ? pour cette grande dame qui vous apprécie aussi peu qu’un des arbres de ses forêts.

Stépanida avait tort cependant, car la première personne étrangère admise à voir la comtesse lors de sa convalescence fut Mérikof. Il tremblait en se présentant devant elle, craignant de lui rappeler le jour malheureux de leur dernière entrevue. Mais elle le reçut avec un calme sourire et lui tendit sa main amaigrie, d’une blancheur transparente. Une larme tomba de ses yeux sur la faible petite main.

— Il ne faut pleurer que sur les morts, dit-elle avec un mélange de tristesse et de fierté. Je suis vivante, Dieu merci !

Elle aspira avec délices l’air parfumé qui entrait par la fenêtre, et regarda longtemps ses trois enfants qui jouaient sur la terrasse.

— Pauvres petits, dit-elle à voix basse, ils auraient pu rester orphelins !

Et par un mouvement spontané de tendresse et de pitié elle tendit la main à son mari debout devant elle. Il se pencha et l’embrassa au front.

— Je ne savais pas à quel point vous m’étiez chère, Marie, dit-il. À présent que j’ai manqué vous perdre, je serai plus attentif à la garde de mon trésor.

Une grande joie aurait dû remplir le cœur de Mérikof ; cependant il sortit, car il se sentait prêt à pleurer.

La comtesse se remit lentement, mais un jour vint où elle put faire seule le tour du parterre. En passant devant le banc où Mérikof l’avait vue assise près de Repkine, elle chancela, ses jambes étaient encore si mal assurées ! Mais, faisant quelques pas de plus, elle alla se reposer sur un autre banc. À partir de ce jour, elle cessa ses promenades autour du parterre et se dirigea de préférence vers le parc.

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