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Chapitre 9

— Vladimir Alexandrovitch, vous ne venez plus jamais nous voir, dit un jour le diacre, qui causait avec le meunier sur le seuil du moulin.

La roue tournait joyeusement, les poules caquetaient en picorant le blé répandu, et de légers nuages blancs passaient dans le ciel, chassés par un vent frais d’automne.

— C’est vrai, voisin, répondit le gentilhomme-meunier, qui fumait sa pipe les bras croisés ; mais le moulin me donne peu de loisir à présent.

— Et l’hiver ?

— Oh ! l’hiver, c’est différent ; les six verstes qui nous séparent ne sont pas grand-chose avec un bon petit cheval comme celui que je viens d’acheter.

— Oui ! vous avez été en ville ?

— Hier.

— Qu’est-ce qu’on y fait ?

— On s’y amuse, répondit Vladimir Alexandrovitch, en se servant d’un terme intraduisible qui comprend tous les genres de débauches.

— Et vous vous êtes amusé aussi ? Eh ? demanda le diacre en soulevant une épaule.

— Moi ? non ; je ne bois plus.

— Depuis quand ?

— Depuis que j’ai reconnu que cela ne vaut rien pour ma santé, répondit le meunier sérieusement.

— Oui ! c’est bon pour un temps, et quand on a froid, il faut geler ! Non, non, compère. Ça va dans les capitales de faire la petite bouche ; mais ici, ce n’est pas de mise ; vous y reviendrez.

— J’espère que non, dit Mérikof. Que fait-on chez vous ?

— On bat le blé. Eh bien ! Vladimir Alexandrovitch, je vous attendrai avec les premières neiges.

— C’est dit. Adieu.

— Adieu.

Le diacre remonta sur son petit cheval et traversa la rivière à gué, pendant que Mérikof rentrait dans son moulin en chantant une chanson.

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