Chapitre 11
Le lendemain du baptême, vers une heure de l’après-midi, les trois enfants de la comtesse descendirent en riant et en courant le chemin escarpé qui menait au moulin ; leur mère les suivait, plus pâle, plus sérieuse qu’à son arrivée l’année précédente, mais toujours sympathique et charmante. Stépanida, qui étendait du linge sur la haie du jardin, poussa un cri de surprise en la voyant paraître.
— Vous êtes ici, Votre Excellence ? dit-elle en s’approchant pour lui baiser la main. Quand êtes-vous arrivée ?
— Tout à l’heure. J’avais écrit qu’il faisait trop froid en Allemagne et que nous revenions ; il faut croire que la lettre a été perdue. Nous sommes venus faire une visite à votre maître. Où est-il ?
— Il dort, répondit Stépanida d’un air confus.
— Comment ! à cette heure-ci ?
— Il a un peu mal à la tête.
— Il est malade ! dit la comtesse avec sollicitude. Laissez-moi le voir.
— Ce n’est pas la peine, madame, répondit Stépanida fort inquiète ; il n’y paraîtra plus demain.
— Raison de plus, répliqua la jeune femme ; il est peut-être réveillé.
Elle entra pendant que Stépanida priait intérieurement tous les saints du paradis. Tout habillé, Vladimir était couché sur le banc rustique de la salle à manger ; son visage était très rouge et sa respiration lourde et brûlante. Une odeur alcoolique était répandue dans l’atmosphère, mais la comtesse, peu habituée à l’air étouffant des chambres basses, n’y fit point particulièrement attention. Le sommeil du vieillard était stupide et pénible.
— Y a-t-il longtemps qu’il est comme cela ? demanda la jeune femme en sortant.
— Depuis hier soir, madame ; mais n’y faites pas attention, cela passera.
— L’avez-vous déjà vu dans cet état ?
— Oh ! oui ! cela lui arrive quelquefois.
— Il ne s’ensuit rien de fâcheux ?
— Non, il se réveille, et voilà tout.
À cent lieues de la vérité, la comtesse reprit le chemin de la maison après avoir fait promettre à Stépanida de l’envoyer chercher si Mérikof se trouvait plus mal.
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