‹ Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvésChapitre 47 sur 55 · II

II

Ô pâle Ophélia, belle comme la neige, Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté! C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté.

C'est qu'un souffle inconnu, fouettant ta chevelure, À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits; Que ton cœur entendait la voix de la Nature Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits.

C'est que la voix des mers, comme un immense râle, Brisait ton sein d'enfant trop humain et trop doux; C'est qu'un matin d'avril un beau cavalier pâle, Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux.

Ciel, Amour, Liberté: quel rêve, ô pauvre Folle! Tu te fondais à lui comme une neige au feu. Tes grandes visions étranglaient ta parole. --Et l'Infini terrible effara ton œil bleu.