‹ Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvésChapitre 52 sur 55 · L'ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK

L'ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRUCK

REMPORTÉE AUX CRIS DE VIVE L'EMPEREUR!

(Gravure belge brillamment coloriée, se vend à Chaleroi: 35 centimes).

Au milieu, l'Empereur, dans une apothéose Bleue et jaune, s'en va, raide sur son dada Flamboyant; très heureux,--car il voit tout en rose,-- Féroce comme Zeus et doux comme un papa.

En bas, les bons pioupious, qui faisaient la sieste Près des tambours dorés et des rouges canons, Se lèvent gentiment. Pitou remet sa veste Et, tourné vers le Chef, s'étourdit de grands noms.

À droite, Durnanet, appuyé sur la crosse De son chassepot, sent frémir sa nuque en brosse, Et: «Vive l'Empereur!». Son voisin reste coi.

Un schako surgit, comme un soleil noir!--Au centre, Boquillon, rouge et bleu, très naïf, sur son ventre Se dresse, et, présentant ses derrières: «De quoi?...»

[Octobre 1870.]

LA MALINE

Dans la salle à manger brune, que parfumait Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise Je ramassais un plat de je ne sais quel mets Belge, et je m'épatais dans mon immense chaise.

En mangeant j'écoutais l'horloge, heureux et coi. La cuisine s'ouvrit avec une bouffée, Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi, Fichu moitié défait, malinement coiffée.

Et, tout en promenant son petit doigt tremblant Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc, En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,

Elle arrangeait les plats près de moi, pour m'aiser. Puis, comme ça,--bien sûr pour avoir un baiser! Tout bas: «Sens donc, j'ai pris une froid sur la joue.

Charleroi, octobre 1870.