Scène VI
LA COMTESSE, LE MARQUIS, GERMAIN
Germain.
Pardon, madame, c’est un papier que j’apporte à monsieur le marquis, de la part de monsieur le baron.
Le marquis.
Eh, morbleu ! il s’agit bien… Ah ! ah ! madame, c’est assez singulier ; c’est une romance. Est-ce celle que vous cherchiez ?
La comtesse.
Voyons ; mais il me semble que oui. Vous me l’aviez volée apparemment.
Germain, à part.
Justement, c’est celle de la malle.
Monsieur, monsieur le baron m’a dit de vous demander…
Le marquis.
Quoi ? qu’est-ce que c’est.
Germain.
Si vous songiez à vos affaires.
Le marquis.
Eh ! oui, tu viens nous déranger…
Germain.
C’est que monsieur le baron tout à l’heure a reçu un exprès de Fontainebleau, et cela l’inquiète beaucoup. Il est retourné encore chez M. Duplessis ; il paraissait tout bouleversé.
Le marquis.
En vérité ?
Germain.
Oui, et je vous ai apporté cette musique, afin d’avoir une raison d’entrer et afin de pouvoir vous dire en même temps qu’il faut une réponse sur-le-champ.
Le marquis réfléchit.
Tu as bien fait. Mais il me semble… Ce n’est pas cela, madame, ce n’est pas cela, vous vous trompez.
La comtesse.
Mais j’y vois clair apparemment. Tenez…
Germain.
Il ne me semble pas qu’ils parlent beaucoup d’affaires. Monsieur le baron m’a dit de saisir au vol quelques mots de leur entretien.
La comtesse.
Vous voyez bien que c’est écrit ainsi.
Le marquis.
Oui, pour la musique. Mais les paroles…
La comtesse.
Les paroles, je ne les sais pas.
Le marquis.
Comment ! elles sont de…
Germain, près de la porte.
Cela ne prend pas le chemin de Gotha.
Le marquis.
J’ai oublié le reste ; c’est singulier.
La comtesse.
Très singulier, avec votre mémoire !
Le marquis.
Oui, ordinairement je retiens tout ce que je veux.