IV
Quelle douce journée il fait! Qu’elle est muette! Quelle grâce elle a! C’est l’automne. Combien je goûte cet enveloppement divin, cette présence secrète, cette âme partout répandue! Les jardins sont malades; tout dans la nature prend un air de confidence; la lumière qui décline a un regard humain; la feuille qui tombe de l’arbre est comme une parole triste.
Automne, cher automne, dont la morne féerie a toujours tant d’empire sur mon cœur! Vingt années en ce même lieu, j’ai vu s’affaiblir ta lumière sur le rideau de sapins qui limite ma vue. La dorure de cette lumière sur les sombres branches, le charme un peu mystérieux de cet éclairage, tant de puissances poétiques que délivre l’automne, ont sur l’âme une action incomparable dont, pour ma part, je ne me lasserai jamais.
Il ne fait pas un souffle de vent. Les oiseaux, trompés par la douceur de l’air, croient voir revenu le printemps. On entend ces légers cris, ces chuchotements, ces essais de chant qui, en avril, s’échappent des arbres et qui, aujourd’hui, en cette saison penchée, tombante, où tout glisse vers le déclin, l’hiver et la mort, sont singulièrement émouvants. Par la chaleur, c’est l’été encore. Mais qu’est-ce donc de merveilleux qui plane dans l’air, qui vient de passer, qui demeure partout suspendu? N’est-ce pas la présence invisible autour de nous, au-dessus de nous, d’une souveraine et immense sagesse?
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La nature maigrit en automne.
L’arbre se dépouille de ses feuilles, comme l’année de ses jours. La sonnette investie par les lilas et qui, captive tout l’été, ne tintait plus que faiblement, commence à recouvrer sa voix. Tout s’éclaircit autour de nous, en nous. Et l’on songe...
Aussi loin qu’en me retournant je puisse découvrir l’être ardent que je fus, je retrouve immuable en moi quelque chose de mélancolique, quelque chose qui est comme un automne intérieur. Pourquoi ce goût de la méditation, de la solitude, et ce plaisir rêveur et mystérieux qu’enfant déjà j’éprouvais au contact de la douce lumière de septembre, par ce temps vaporeux qui incline au souvenir, même quand je n’avais pas encore de souvenirs? Sans doute ma destinée était-elle déjà inscrite dans cette région obscure et intuitive de l’âme qui échappe à la conscience. D’où cet accord, cette harmonie, ce sentiment de plénitude poétique entre la divine saison et mon être voué à un rapide déclin, à cette morne vie incertaine et menacée.
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L’homme peut jouir de ces dernières journées de fête, de ce triste enivrement, de cette atmosphère qui s’est détendue, alanguie, de ce doux enveloppement si tiède, si doré, si velouté, qu’on le dirait affectueux; ou bien il peut préférer la magie des beaux jours d’été, goûter toutes les minutes émouvantes, enivrantes, que lui offre la nature, son cri d’angoisse sera toujours celui de Loti:
«Oh! qui dira pourquoi il y a sur terre des soirs de printemps et de si jolis yeux à regarder, et des sourires de jeunes filles, et des bouffées de parfums que les jardins vous envoient quand les nuits d’avril tombent, et tout cet enjôlement délicieux de la vie, puisque c’est pour aboutir ironiquement aux séparations, aux décrépitudes et à la mort...»
Et pourtant la raison nous dit que la mort est nécessaire...