‹ Paroles d'un solitaireChapitre 6 sur 46 · V

V

La mort est nécessaire. Car la quantité de vie que peut contenir la planète n’étant pas illimitée, s’il n’y avait pas la mort, il n’y aurait pas de naissances.

L’homme simple comprend cela. Mais pourquoi ce renouvellement?

Il est permis de croire que l’effort humain est utile à la nature. Or, la jeunesse entreprend et la vieillesse conserve. S’il n’y avait pas eu la mort, toute existence dans l’univers étant soumise à l’inéluctable loi du déclin, les hommes ayant fait leur tâche se fussent reposés. A partir de ce moment, toutes choses sur terre fussent demeurées stationnaires. Cela est-il concevable?

La mort n’est donc pas une cruauté inutile. Il fallait la mort pour le rajeunissement de l’esprit humain, de son activité, de sa faculté d’invention.

Quant au beau rêve de se survivre, quant au jardin enchanté qui nous attend sur l’autre rivage, faut-il voir là autre chose qu’une illusion consolante? C’est l’orgueil de l’homme qui lui fait imaginer que l’immortalité lui est due. Mais qu’est-il par rapport à la race, sinon une des feuilles de l’arbre?

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La flamme qui est en nous, l’esprit qui nous est propre, notre personnalité morale, l’âme enfin, soumise au développement comme à l’altération de nos facultés intellectuelles, comment croire qu’elle résiste à la mort alors qu’elle ne résiste pas toujours à l’usure de la vie?

En effet, vous la voyez décroître, s’affaiblir chez les vieillards, et même, chez quelques-uns, s’éteindre avant le corps.

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L’univers a un autre but que la satisfaction de l’homme.

Ce matin, tout enveloppé que je suis par le charme sourd de cette lumière d’automne si tendre, si émouvante, je songe à ces choses. La vie qui pullule est un immense champ d’expériences. Pour nous, une fois notre effort accompli, que pesons-nous? A mesure que nous vieillissons, nous nous vidons de notre contenu. Ce que nous avions à faire en ce monde, bien ou mal nous l’avons fait. Il n’est plus temps d’y revenir. Nous perdons ainsi notre valeur et, comme il est juste, notre attrait et notre pouvoir. Cette heure est triste pour certains, sereine pour d’autres; mais triste ou sereine, peu importe à la nature qui n’a en vue que sa commodité et non la nôtre.

Fais des enfants, pauvre homme, si tu veux te relever du tombeau pour venir à la fenêtre de leurs yeux regarder demain ce qui se passera sur la terre. Il se peut que, par eux, quelque chose de toi soit encore vivant dans mille ans, qu’à ce moment une goutte de ton sang palpite encore dans une artère humaine. Cela ne te suffit donc pas?

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