‹ Plaisir d'humourChapitre 18 sur 43 · 16.1 Le crime enfin récompensé 1

16.1 Le crime enfin récompensé 1

(Pour les jeunes élèves qu’une indisposition éloigna de notre dernière causerie, résumons furtivement les faits qui s’y trouvaient énoncés :

Un certain baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu, hobereau rigoureusement méthodique, a retenu sa place dans le rapide qui passe de nuit en gare de Dijon, se rendant à Nice, car il faut vous dire que ledit hobereau habite un castel en ces parages sis. Le temps est fort beau. Baldaquin se rend à pied, par un petit bois qui le raccourcit, vers la gare. Porteur d’environ trois mille francs, il n’a pas caché ce fait à Valentin, son fidèle jardinier, en lequel, d’ailleurs, il a mis toute sa confiance, confiance assez mal placée comme vous pouvez en juger par ce fait que Valentin s’attribue ces trois mille francs non sans, préalablement, avoir criblé son bon maître d’un assez grand nombre de coups de couteau pour, s’imaginait-il, déterminer le trépas du baron. – Nous en étions là de notre récit.)

… Cependant le cocher Jean et le valet de chambre Edmond, après avoir fait, en gare de Dijon, enregistrer les bagages de leur maître le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu, manifestèrent de l’étonnement d’abord, ensuite de l’inquiétude en voyant arriver le rapide sans que le patron se trouvât là, et partir de même.

« M. le baron se sera sans doute attardé, fit Jean.

— S’attarder, le baron ! Hé ben mon vieux, tu ne le connais guère. Le baron est toujours à la minute.

— Alors, un accident ?

— Un malheur, plutôt. »

Au château, où la jument grise les ramena de son meilleur galop, pas de baron, pas de nouvelles du baron.

Le baron avait dit adieu à tout le monde, allumé sa pipe et filé d’un air joyeux.

Le dernier qui l’avait vu, c’était Valentin, à la grille du parc.

« Valentin ! Valentin ! Valentin ! »

Malgré tout ce tapage, Valentin ne paraît pas.

On monte dans sa chambre et que trouve-t-on ?

Ne frémissez pas encore !

On trouva Valentin dormant à poings fermés.

« Hé ben, mon cochon, t’en as un sommeil !

— Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

— Il y a que le baron n’était pas à la gare.

— Pas à la gare, le baron ? Où était-il donc ?

— On n’en sait rien.

— Allons donc ! »

(Avouez, divines lectrices, et vous, subtils lecteurs, que, si je n’avais pas été assez bête pour vous renseigner sur l’assassin du baron, vous ne vous douteriez jamais que c’est ce brave Valentin si profondément endormi du sommeil du juste.)

Une heure après, on retrouvait dans le petit bois le cadavre de M. le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu.

Son cadavre ?

Non.

Contentons-nous de son corps provisoirement inanimé.

Le baron respirait encore. Faiblement, mais il respirait.

Il revint à lui juste pendant les quelques secondes nécessaires pour prononcer ces paroles d’une importance, au point de vue judiciaire, qui n’échappera à personne.

« C’est Valentin qui m’a tué !

— Valentin ? fit le médecin qui lui prodiguait les soins les plus empressés. Quel Valentin ?

— Valentin, mon bon jardinier. »

Puis, M. le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu retomba mort.

Ou, tout au moins, à ce qu’on crut.

Car cette mort apparente n’était qu’un coma dont le pauvre homme ne sortit que bien longtemps après.

Immédiatement arrêté, Valentin nia comme un joli diable, mais ces trois mille francs, mon pauvre Valentin, qu’on trouva au fond d’un vieux pot à fleurs, est-ce de tes économies ?.. Et cette montre-là, aux armes des Grandpieu ?… Et ces bijoux ?…

Ah ! c’est bien le cas de le dire qu’il en a une santé le baron Gustave-Henri-Julien Baldaquin de Grandpieu.

Vous me croirez si vous voulez, il en réchappa, de ses blessures, de ses terribles blessures. Après trois mois, il était debout et assez bien portant pour venir déposer à la cour d’assises de Dijon, où se jugeait l’affaire Valentin.

Vous continuerez à me croire si vous voulez, Valentin fut acquitté, haut la main.

Mieux, il rentra immédiatement au service du baron avec, même, une augmentation notable.

Miracle ! vous écriez-vous.

Non, effet fort simple d’une habile plaidoirie et d’une incoercible logique !

Cette plaidoirie, nous la donnerons dans notre prochain numéro, en nous excusant bien fort de n’avoir pu nous procurer à cette occasion, M. Georges Courteline, le sténographe judiciaire bien connu.

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