‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 46 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

La vérité est telle que je dy, J'en fais juge Amour le puissant Roy; Tres doulce fleur, point ne te cry mercy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

BALADE.

En la forest d'ennuieuse tristesse, Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoye, Si rencontray l'amoureuse Deesse Qui m'appella, demandant où j'aloye. Je respondy que par Fortune estoye Mis en exil en ce bois, longtemps a, Et, qu'à bon droit, appeller me povoye L'omme esgaré qui ne scet où il va.

Et soubzriant, par sa tres grant humblesse, Me respondy: Amy, se je savoye Pourquoy tu es mis en ceste destresse, A mon povoir, voulentiers t'aideroye; Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye De tout plaisir, ne scay qui l'en osta; Or me desplaist qu'à present je te voye L'omme esgaré qui ne scet où il va.

Helas! dis je, souveraine Princesse, Mon fait savez, pourquoy le vous diroye? C'est par la Mort qui fait à tous rudesse, Qui m'a tollu celle que tant amoye, En qui estoit tout l'espoir que j'avoye, Qui me guidoit, si bien m'acompaigna En son vivant, que point ne me trouvoye L'omme esgaré qui ne scet où il va.