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(Voir le Messager des 16 et 23 février.)
10 Juillet. Dès cinq heures, tout le monde est debout dans le dortoir improvisé à une des extrémités de l’immense maison du chef, où nous avons couché sur des lits, des nattes, des matelas groupés autour d’un appartement de toile occupé par le Commandant et le prince Ariifaite.
Chacun court faire ses ablutions au ruisseau voisin, remonte à cheval frais et dispos, et nous sommes en route au lever du soleil. Nous Parcourons dans toute sa longueur le district d’Hitia, un des plus populeux de tout Taïti ; c’est aussi celui dans lequel nous remarquons le plus grand nombre de baleinières, de yoles légères et de pirogues doubles ; à chaque pas, se voient de grandes et belles embarcations, tirées à terre sous des toitures de pandanus. La raison de ce luxe de véhicules doit être dans la position de ce territoire, qui, bordé de montagnes, ne peut guère avoir avec ses limitrophes que des communications maritimes, dans la présence de deux ou trois constructeurs anglais ou américains, mais surtout dans les revenus fournis aux habitants par la richesse du sol, car partout on cotoye des champs de cannes à sucre, de taro, de caféiers, qui doivent être d’un grand rapport s’ils sont passablement exploités.
Au moyen de leurs grandes pirogues, les kanaques font traverser au détachement deux rivières assez profondes, et nous nous engageons dans les montagnes. Par un beau temps, c’est un plaisir d’escalader ces escarpements, d’autant plus que, une fois au sommet, la fraîche brise du large et le gracieux coup d’œil des vallées voisines et des horizons fuyants encore noyés dans les vapeurs légères du matin, compensent largement la fatigue de quelques minutes d’ascension. Aujourd’hui, comme dans nos tribulations de Tiarei, les pièces sont démontées et portées à bras par de vigoureux indiens ; les longues et tenaces racines du safran des Indes, arrêtent le pied et facilitent la marche sur ces pentes glissantes, aussi passons nous sans trop de retards, et nous arrivons en peu de temps au bord de la rivière de Faaoné, où on fait halte pour déjeuner ; une case est mise à notre disposition, et par les soins de notre chef de gamelle, des feuilles de burao symétriquement alignées sur le sol, se couvrent de nos provisions de route ; tout autour chacun se place sur des nattes, dans la position classique des Romains à table.
Nous nous mettons en route après un long repos ; vers une heure on dépasse un petit blockhaus construit au bord de la mer et nous apercevons au-dessus de nous le pavillon tricolore qui flotte sur Taravao. La garnison en armes est rangée sur le plateau, le commandant du poste vient saluer le Commissaire Impérial, les troupes dressent leurs tentes, et chacun de nous se met en quête d’un logement, attendu que le détachement doit passer ici la journée de demain toute entière, et qu’il séjournera encore deux ou trois jours à Taravao, dans l’intervalle de ses expéditions dans la presqu’île de Taiarapu. On se retrouve à l’heure du dîner ; ensuite, pour faire la digestion, les promeneurs arpentent le terrain uni du plateau ; mais l’air est si doux, le temps si pur, la lune verse si abondamment ses paisibles clartés sur la nature endormie, que beaucoup d’entre nous font seller leurs chevaux, et partent par bandes pour de nocturnes excursions.
11 Juillet. La journée du 11 est employée à parcourir Taravao et les environs. Placé sur l’isthme qui joint les deux parties de Taïti, le poste fortifié repose sur un large plateau élevé de quinze à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer ; ses murailles, hautes de 2 mètres 50 environ et construites en corail et en granit, sont percées à hauteur d’homme de nombreuses meurtrières ; un fossé large et profond le défend en avant, et sur les trois autres côtés, la pente même du terrain rendrait l’assaut difficile ; dans l’intérieur sont des logements pour les troupes, des magasins, des servitudes, et enfin un blockhaus jadis élevé de deux étages, mais dont la hauteur a dû être réduite, parce que, point culminant sur le plateau, il était trop souvent atteint par la poudre ; il est également construit en corail, et contient une vaste citerne, des vivres et des munitions en abondance ; un mât de signaux placé à l’un des angles, peut servir à communiquer avec des navires passant au large ou mouillés dans les baies voisines. Cette petite citadelle, éloignée de quinze lieues de Papeete, est heureusement située, et, si cela devenait jamais nécessaire, elle pourrait facilement maintenir et faire respecter notre pavillon à cette distance de notre centre d’occupation.
Devant le fort s’étend une pelouse parfaitement unie, dépourvue d’arbres et garnie seulement d’un gazon court et dru. Deux routes s’y croisent ; l’une part de la porte du fort, passe devant un petit cimetière où reposent un officier et trois soldats morts à Taravao, longe la maison dite du gouverneur, celle de l’officier commandant le poste, et va par l’Est se terminer à la pointe Sud de Taiaropu ; l’autre vient de Port-Phaéton, se réunit aux routes Ouest de l’île et de la presqu’île, coupe devant le fort la première à angle droit et descend vers la mer pour contourner l’Est de l’île ; c’est cette dernière partie de son trajet que nous avons parcourue pour venir jusqu’ici. Du temps des guerres d’occupation, des engagements sérieux furent livrés à Taravao, et on en trouve aujourd’hui des traces sur une petite colline voisine du plateau, et qu’un fort indien surmontait autrefois ; quand on en creuse le sol, on. y découvre presque à chaque coup de pioche, des balles en assez grand nombre, et quelquefois des projectiles de gros calibre.
Le temps est toujours splendide ; nous sommes réellement favorisés, car c’est ici un des districts où les pluies sont le plus fréquentes, et tous ceux qui ont déjà séjourné à Taravao, ont souvenance de longues journées orageuses pendant lesquelles des ondées continuelles rendaient toute promenade impossible ; aussi nous promettons nus de mettre à profit le clair de lune de ce soir pour continuer nos excursions, et en attendant, nous allons faire honneur aux huîtres et aux excellents poissons qui abondent sur notre table, grâce aux talents d’un pêcheur émérite, Buarale, le roi captif de la Calédonie.
12 Juillet. On se met en route au lever du soleil pour se rendre, en traversant Afahiti et Pueu, à Tautira, le plus sud des districts de la partie orientale de Taiarapu. La garnison de Taravao nous accompagne jusqu’à Afahiti où nous devons faire halte pour déjeuner ; la route est belle, à part une descente peu rapide mais assez glissante ; des berceaux de verdure nous garantissent partout des rayons obliques du soleil et nous entrons au bout d’une demi-heure dans la chefferie d’Afahiti, dont le chef titulaire est un des fils de la Reine. Toujours même cordialité sincère dans la réception qui est faite au Commissaire Impérial et aux troupes par les habitants réunis du district ; toujours des montagnes de vivres distribués aux soldats, et pour nous le repas préparé dans la case du chef, repas que des himene bien nourris accompagnent sans interruption.
Le départ sonne à une heure ; c’est en amis que nous nous séparons de la petite troupe qui retourne à Taravao où cependant nous reparaîtrons en ennemis ; nous devons en effet, faire à notre retour le siège du fort, et l’officier qui le commande est prévenu d’avoir à se tenir sur ses gardes, car il sera attaqué à l’improviste. Nous emportons pour cette petite guerre, nos obusiers et des munitions en abondance.
Avant d’arriver à Pueu, la route que nous suivons traverse une vallée peu étendue, celle d’Ahui qui, préservée comme le district de Papenoo du fléau de la vaine pâture, présente, grâce à la richesse de la végétation qui la couvre, un aspect enchanteur ; une muraille demi-circulaire de rochers à pic la limite du côté de l’intérieur, et dans le court espace qui existe entre la mer et les deux extrémités de ce croissant de pierre, on a établi une palissade percée d’une porte que chaque voyageur doit ouvrir et refermer ensuite, aussitôt qu’il l’a franchie. Par ce moyen, l’accès de cette vallée est interdit aux animaux, et les propriétaires des terrains qu’elle renferme, ont toujours sous la main, et en abondance, les vivres que partout ailleurs ils seraient obligés d’aller chercher au prix de mille fatigues, dans les gorges des plus hautes montagnes. Il est extraordinaire que, malgré l’exemple des résultats obtenus à Papenoo, à Ahui et dans deux ou trois autres endroits, quelques indiens puissent encore se montrer hostiles à l’abolition de ta vaine pâture ; espérons que les nouvelles institutions, s’enracinant chaque jour plus profondément au milieu d’eux, leur feront sentir les inconvénients d’un état de choses qui, nuisible aux intérêts du pays, n’a pour lui que la consécration d’un long usage.
Nous ne nous arrêtons que peu d’instants devant la chefferie de Pueu où nous repasserons à notre retour ; chacun s’y désaltère avec un coco frais, et on continue à marcher sur Tautira.
Àmesure que nous nous rapprochons du sud de la presqu’île, le pays devient plus pittoresque ; les montagnes ont changé d’aspect et laissent voir presque à nu leur squelette de granit ; leurs arêtes abruptes, dentelées, déchirées, percent partout la végétation vigoureuse qui paraît vouloir les envahir ; en plusieurs endroits, des blocs énormes se dressent dans un pêle mêle grandiose, et témoignent de la puissance des convulsions qui, à une époque inconnue, ont bouleversé le sol de Taïarapu. Parmi ces grandes masses immobiles d’arbres et de rochers, de nombreux torrents roulent, bondissent et font jaillir en cascades leurs eaux tumultueuses au milieu desquelles les rayons du soleil se jouent en reflets irisés. Il y a là des effets de lumières, des oppositions de teintes, une vigueur de contrastes à ravir un paysagiste, aussi comprenons nous l’enthousiasme de notre compagnon M. Armand, le dessinateur de l’expédition, qui voudrait à chaque pas s’arrêter et enrichir son album d’un croquis nouveau.
Pendant un quart d’heure, la route se resserre entre la mer et les rochers ; ensuite l’horizon s’élargit, et la vallée de Tautira déroule devant nous les perspectives fuyantes de ses gorges accidentées. On traverse dans de grandes pirogues, la profonde rivière d’Ataroa et le détachement entre chez la cheffesse de Tautira.
Accompagnée de sa fille, la blanche Marama, entourée des juges, des dignitaires et enfin des nombreux habitants de son district, Manu vahine vient, après l’échange des compliments ordinaires, saluer le Commissaire Impérial et sa suite ; puis, son premier soin est de donner des ordres pour que nous soyons mis en possession immédiate des cases que nous devons habiter deux nuits, car nous passons ici la journée de demain ; on va se refaire des fatigues de la route dans le courant rapide d’Atarou, et chacun s’installe dans ses appartements et y répare le désordre d’une toilette un peu négligée, en attendant que le clairon annonce à tous l’heure du dîner.
Le soir, grand concert dans l’enclos de la chefferie. Plusieurs soldats se réunissent, viennent se ranger autour des chanteurs kanaques, et exécutent quelques uns de nos chœurs nationaux dont ils se tirent à leur honneur ; quant aux himene qui alternent avec les refrains de nos hommes, ils nous paraissent remarquables sous tous les rapports ; nous communiquons cette réflexion au prince Ariifaite, un fin connaisseur dont l’avis est à prendre en considérations ; il nous répond qu’en effet, ces chœurs lui plaisent assez, mais qu’en fait d’himene, il n’en connaît pas de comparables à ceux de Punaauia, car ses oreilles jouissent pendant trois ou quatre jours après avoir entendu ces derniers, dont nous pourrons du reste bientôt juger par nous-mêmes. Quoi qu’il en soit de cette opinion peut-être trop absolue, les himene de Tautira sont généralement appréciés, et même mis par tout le monde au-dessus de ce que nous avons entendu jusqu’à ce jour de mieux dans le genre.
13 Juillet. En nous réunissant pour le déjeuner, nous sommes instruits d’un bruit vague qui circule parmi les kanaques, au sujet de l’arrivée sur rade de Papeete, d’un grand navire de guerre français, bien que personne ne puisse certifier la nouvelle, elle doit avoir quelque raison d’être, et nous en sommes réduits aux hypothèses, en attendant notre retour à Taravao, où sans doute un exprès aura été envoyé au Commandant.
Dans la journée, chacun se met en quête, pour passer le temps, de distractions à son goût ; les uns organisent des cavalcades et partent pour visiter les travaux de la route nouvelle qui doit relier par le Sud les deux côtés de la presqu’île ; d’autres, qui savent que quelques porcelaines-aurore ont été trouvées à Tautira, s’embarquent, navigateurs intrépides, dans des pirogues à balancier et vont sur les coraux du large à la recherche de cette précieuse coquille ; quelques-uns préfèrent à ces exercices fatigants les attrayantes émotions de la pêche à la ligne, ou les douceurs d’un tranquille farniente, et attendent le soir, mollement étendus sur des nattes au pied des oraa et des hutu dont l’ombre épaisse les garantit des ardents rayons du midi.
14 Juillet. Nous laissons Tautira à six heures du matin ; la cheffesse nous accompagne jusqu’aux limites de son territoire et on se sépare d’elle au moment où le jeune chef de Pueu vient avec les drapeaux de son district à la rencontre du Commissaire Impérial : c’est chez ce chef que doit se faire la halte du déjeuner, et nous arrivons au moment où s’achèvent les préparatifs du repas.
Ici, un bœuf a été abattu pour être offert au détachement ; on vient de retirer son corps entier du four kanaque, et cette masse cuite à point, entourée d’une bordure de pores rôtis, fume, appétissante, sur un épais lit de feuillage. Une abondance non moins prodigue a couvert de mets de toute sorte la table autour de laquelle nous prenons place. Nos hôtes semblent croire que nous sommes à jeun depuis quinze jours.
Pendant que nous terminons notre repas, nos hommes construisent, avec des branches de burao, deux ou trois échelles légères qui leur serviront à escalader les murs de Taravao, car ils n’ont pas oublié qu’on va les conduire au feu.
Après une marche courte et peu fatigante, nous sommes à Afahiti, on s’y arrête près de l’Église pour dresser le plan de l’attaque. Deux colonnes de tirailleurs partent en avant ; l’une, qui prend le bord de la mer, duit tourner la position et se découvrir à un signal donné ; l’autre, par l’intérieur, va inquiéter le côté Ouest du fort. La réserve et l’artillerie restent en arrière avec le Commandant, et nous arrivons silencieux et cachés par des bois épais, jusqu’à trois cents mètres des murailles. Les obusiers ouvrent leur feu dirigé sur la porte de la citadelle ; presque aussitôt la fusillade de nos tirailleurs s’entend dans le lointain. La garnison répond par un feu bien nourri, mais, trop peu nombreuse, elle ne peut défendre à la fois les quatre faces du fort, et pendant qu’elle concentre ses forces pour repousser la deuxième colonne qui l’occupe du côté de l’Ouest, le premier détachement, caché jusque là, monte à l’assaut au moyen des échelles dont il est muni, et fusille du haut des murailles les assiégés succombant sous le nombre. Ne pouvant se faire tuer, les défenseurs du fort sont obligés de se rendre à discrétion et d’ouvrir leurs portes au gros de notre armée ; nous entrons triomphalement dans la place, Cinq minutes après la paix est faite et l’accord le plus parfait règne entre les vainqueurs et les vaincus.
Aucun messager n’est venu de Papeete ; mais nous avons encore la journée de demain devant nous, car nous repartons après demain seulement pour Teahupoo.
15 Juillet. Le courrier attendu arrive aujourd’hui vers midi ; depuis notre départ, un navire de guerre est en effet venu mouiller à Papeete ; c’est la corvette la Galathée ; elle vient de la côte d’Amérique, n’apporte aucune nouvelle importante, et doit séjourner deux ou trois semaines à Papeete. Quelques-unes des personnes qui, soit en service, sot en qualité de touristes, nous ont accompagnés jusqu’ici, sont forcées, à cause des nouvelles reçues, de se séparer de nous pour se rendre à Papeete ; mais elles reviendront se joindre à nous avant notre rentrée dans notre capitale.
16 Juillet. Le détachement laisse Taravao de grand matin, pour se rendre à Teahupoo dont nous séparent trois districts, Tuahotu, Vairao et Mataoae. Au bout d’une demi-heure, on passe un bras de mer peu profond, mais large au moins de cinq ou six cents mètres, et c’est un curieux spectacle que celui de note troupe s’avançant lentement au milieu des lames qui montent jusqu’à la ceinture de nos hommes ; les moins insouciants ont placé leurs pantalons au bout de leurs carabines qu’ils soutiennent d’une main comme une ombrelle, tandis que de l’autre ils soulèvent au-dessus des flots leurs longues chemises relevées avec toute la grâce que pourraient y mettre certaines élégantes désireuses de ne point laisser ignorées les séductrices rondeurs d’un bas bien rempli. Malheureusement, la fatalité se plaît à rendre ces précautions inutiles pour plusieurs, qu’un faux pas sur une pierre glissante fait un instant disparaître sous l’eau à la grande hilarité de leurs camarades. À part ces légers accidents, on atteint la terre ferme sans encombres ; chacun se secoue, lord ses vêtements mouillés et la marche continue. La colonne traverse Tuahotu et Vairao, dont les populations en habits de tête nous attendent au passage, franchit deux collines peu élevées, et vient faire halte à Mataoae. Bien que peu nombreux, les Indiens de Mataoae paraissent ne pas vouloir se laisser surpasser par les habitants des districts déjà visités, sous le rapport de la quantité de vivres qu’ils nous destinent ; du reste, en supposant l’abondance de ces vivres dix fois moins grande ici qu’ailleurs, personne ne songerait à s’en apercevoir, grâce à la façon tout aimable dont ils sont offerts au Commissaire Impérial pur le jeune chef Teho.
Nous partons à une heure ; jusqu’à Teahupoo, le sol déchiré de Taiarapu offre sans cesse à nos yeux de magnifiques panoramas ; quelle grandeur, quelle richesse dans les jeux de cette nature encore vierge, pleine de vigueur, de force et inondée de lumières ! mais il faut à ce sujet, partager l’opinion de notre artiste dessinateur : à quoi bon en effet, essayer une pâle esquisse de ses impressions ; ne vaut-il pas mieux en jouir sans chercher à les analyser, et les conserver fraîches et intactes dans l’album du souvenir.
Taariirii qui s’est séparé de nous hier matin pour aller dans sa famille, à Teahupoo, vient au devant du Commandant avec son jeune fière Veiatua ; celui-ri a dernièrement remplacé leur père Peueue, à la chefferie de Teahupoo ; la population de ce district est nombreuse ; les femmes et surtout les belles femmes y abondent, mais partout ces dernières, la palme revient de droit à Himene et à Matautau, l’une sœur, l’autre fille de Taariirii ; toutes deux nous font avec une grâce charmante les honneurs de la case où mous sommes introduits après le cérémonial de la réception. Même ailleurs qu’à Taïti, la tante et la nièce passeraient vraiment pour jolies, et nous sommes persuadé que la vue de ces frais visages qu’encadrent d’abondants cheveux noirs, ferait complétement changer d’opinion ceux qui se figurent la race tahitienne nègre, velue, crépue, lépreuse, anthropophage et papouasse.
Àla fin d’un repas bien ordonné, offert au Commissaire Impérial, les himene du soir se font entendre jusqu’à une heure avancée ; les Indiens et les soldats se pressent en foule autour des chanteurs ; au milieu des groupes circulent de jeunes et jolies indigènes, parfumées de monoi, couronnées de fleurs et parées comme des victimes pour un sacrifice.
17 Juillet. Nous laissons Teahupoo au pont du jour ; les paysages que nous avons admirés hier à notre passage ne perdent rien à être vus à travers les brumes transparentes du matin ; ou pourrait passer des années au milieu des beautés naturelles de cette île fortunée, sans en épuiser jamais la féconde variété.
Nous traversons de nouveau Mataoae pour aller nous arrêter à Vairao. Les parois de la case dans laquelle doit se faire l’amu-raa-maa sont tapissées de fleurs et de verdure. Les feuilles du mahire, celles du nahe y abondent et répandent partout leurs parfums pénétrants ; la table, garnie de franges faites avec des fruits rouges de pandanus supporte comme ornements des troncs sculptés de feï dans lesquels sont fixés de longs rameaux flexibles réunis par des guirlandes de tiare. Un mets nouveau paraît sur notre table ; c’est le varo, qu’on ne trouve à Taïti que dans la baie de Vairao, et dont les gourmets indigènes paraissent très friands ; mais ce crustacé ne nous paraît pas mériter la réputation dont il jouit, et qui lui vient uniquement sans doute de ce que c’était un mets exclusivement réservé autrefois aux chefs et aux familles nobles.
Vers trois heures, le détachement abandonne Vairao, et, avant de rentrer à Taravao, va faire encore une halte et un repas à Tuahotu, le dernier district qu’il nous reste à visiter dans la presqu’île. La réception ne laisse rien à désirer. Le jeune chef, assisté des anciens du district, remplit parfaitement ses devoirs d’hôte et d’amphitryon, et vient ensuite escorter le Commandant jusqu’au bras de mer qui limite Tuahotu. Nous rentrons à Taravao à la tombée de la nuit.
(À continuer.)