‹ Robert Burns. Vol. 1, La VieChapitre 17 sur 38 · II. - L'ÉTÉ DE 1787.

II. - L'ÉTÉ DE 1787.

LE VOYAGE DES BORDERS.

Il quitta Édimbourg le 5 mai 1787, en compagnie d'un de ses nouveaux amis, Robert Ainslie, dont le père était fermier dans les environs de Dunse. Son intention était de s'en retourner à Mossgiel, en parcourant le pays qui s'étend, de Berwick à Carlisle, le long de la frontière anglaise, et qui est si connu dans la poésie et l'histoire d'Écosse sous le nom de Borders. Il voulait faire, disait-il, «quelques pèlerinages sur le sol classique de la Calédonie». Il se proposait, sans doute, d'y rechercher des inspirations poétiques, des scènes, des souvenirs, dont il pût faire son profit. Il n'est pas sans intérêt, pour l'étude de ses préférences d'esprit et en même temps pour la notation exacte de son état d'âme, de voir ce qu'il a su retirer, pendant ce voyage, soit des aspects de la nature, soit des associations humaines qui y sont mêlées.

Le pays qu'il allait visiter possède un grand charme tranquille et mélancolique[649]. Il n'est pas très puissant ni très mouvementé; c'est une région de collines et de montagnes moyennes, arrondies par l'usure de glaciers disparus. Elle s'étend, avec l'allure des hauts plateaux[650], en calmes ondulations liées les unes aux autres, qui se rencontrent, se coupent ou se marient, en courbes sereines et harmonieuses. Le paysage se prolonge de tous côtés, uniforme, partout semblable à lui-même et cependant partout séduisant; indéfiniment il s'enfuit d'un même rhythme large et noble et, à peu près à égale hauteur, pousse jusqu'au fond du ciel la houle paisible de ses cimes. Ces montagnes souples s'abaissent vers les vallées, en descentes très douces, en inclinaisons molles et coulantes, en fléchissements sans heurt, en plis traînants. La forme de la contrée est très apparente, car rien ne l'interrompt ni ne la recouvre. Un de ses caractères est l'absence de toute haute végétation; les bois sont ramassés dans le fond des vallées plus importantes; ailleurs, peu ou pas d'arbres, sauf quelques bouquets de bouleaux et de mélèzes semés sur les plus basses pentes. On a, dans son ampleur, la beauté des paysages nus, à grandes lignes maîtresses qui se déroulent dans le ciel, y mettant un mouvement lorsqu'il est pur et immuable, y mettant un repos lorsqu'il est rempli de la mobilité des nuées.

[Note 649: Pour le caractère général du paysage des Borders, nous avons contrôlé et éclairé nos impressions personnelles par celles d'écrivains qui ont parlé magistralement de ce pays. Il faut lire,--pour la partie physique, l'admirable livre de Archibald Geikie: The Scenery of Scotland, viewed in Connection with its physical Geology, où les qualités de l'écrivain égalent celles du savant;--pour la partie littéraire et poétique, le très beau livre de John Veitch: The History and Poetry of the Scottish Border, their main features and relations, où il y a des pages d'un véritable amant et connaisseur de la nature.--Il y a, dans les Recollections of a Tour made in Scotland, AD. 1803, de Dorothy Wordsworth, des pages d'un sentiment exquis.--Relire en même temps les poèmes écossais de Wordsworth, et, bien entendu, noter les traits descriptifs des vieilles ballades qui sont toujours d'une grande justesse et d'une grande force résumante.]

[Note 650: Voir sur ces traits géologiques, A. Geikie. Scenery of Scotland, chap. XIII.]

Ce calme des contours est, en outre, soutenu par la monotonie de la coloration. Des bruyères, des fougères, des genêts, une herbe rude et unie, des mousses semblables à des velours bruns ou verts, recouvrent les pentes, de larges teintes adoucies et voisines, qui laissent, selon l'expression de Geikie, toute leur valeur aux modulations du terrain[651]. Les couleurs changent avec les saisons; mais lors même qu'elles sont le plus vives, c'est-à-dire lorsque, vers l'automne, les bruyères s'empourprent, les fougères s'orangent et que les mousses et l'herbe deviennent rousses, ce sont encore des nuances passées, assorties en une richesse sobre et simple. On dirait seulement que le paysage a pris une somptueuse patine. Ainsi rien n'arrête, rien ne trouble l'âme dans ses rêveries, lorsqu'elle se livre à ces montagnes, et qu'elle s'abandonne à suivre ces cimes qui courent en lignes parallèles, se succèdent, montent, coulent, passent doucement de l'une à l'autre, en longues sinuosités belles et graves[652].

[Note 651: A. Geikie. Scenery of Scotland, p. 296.]

[Note 652: J. Veitch. History and Poetry of the Scottish Border, p. 11.]

Mais il faut pénétrer plus avant vers le coeur du pays, pour en découvrir l'attrait souverain. Il réside dans les hautes vallées désertes, où tournoie l'aigle et où songe le héron; son séjour est dans ces silencieux et verts amphithéâtres de pâturages, sur lesquels plane une paix solennelle. Pas une chaumière, une hutte; mais seulement, de toutes parts, des blancheurs paisibles de troupeaux de moutons; on croirait que les vers de Lucrèce, ces vers admirables où est l'âme des solitudes pastorales, ont été écrits dans ces lieux:

«Sæpe in colli, tondentes pabula loeta, Lanigeræ reptant pecudes, quo quamque vocantes Invitant herbæ, gemmantes rore recenti; Et satiati agni ludunt, blandeque coruscant; Omnia quæ nobis longe confusa videntur, Et velut in viridi candor consistere colli[653].»

[Note 653: Lucrèce. Liv. II, 318.]

Chacune de ces mille vallées a son cours d'eau dont l'histoire est pareille. Entre des mousses plus vives, un bouillon clair sourd, un ruisseau s'enfuit à travers l'herbe, court et scintille sous les bruyères, se brise et étincelle dans des rochers et plus loin disparaît, dans une gorge, entre des déchirures rougeâtres et des blocs gris, pour aller plus lentement rejoindre les prairies basses. Les vallons latéraux qui débouchent dans ces vallées ont tous aussi leur rivulet qui se divise en filets brillants. On dirait qu'un géant a laissé dans chacun de ces creux un rameau d'argent. Un murmure d'eaux s'exhale de cette solitude sans la troubler car il fait partie d'elle. Par instants, le bêlement des troupeaux se mêle à lui, en une voix partout éparse et plaintive. Et toujours la profondeur du ciel est occupée par les longues ondulations sérieuses des collines, qui deviennent plus légères plus elles sont lointaines et, à l'extrémité de l'horizon, sont tout à fait transparentes et bleues.

Au charme mélancolique de la nature celui des souvenirs s'ajoute; et tous deux s'accordent[654]. Dans les vallées basses, le long des rivières, sont les ruines historiques. Là s'étend la ligne fameuse des abbayes de Melrose, de Kelso, de Jedburgh, de Dryburgh; là sont les vieux châteaux comme Roxburgh; les vieilles villes comme Berwick, Coldstream, Kelso, Jedburgh, Melrose, Selkirk, Peebles, célèbres dans l'histoire et dans la poésie écossaises. Mais surtout le pays est plein de la mémoire des luttes des Borders. Un des traits du paysage sont ces hautes tours carrées, désignées par le nom de peels, qui servaient de refuge et de repaire aux barons maraudeurs de cette frontière. Avec leur air menaçant, leurs murs massifs et nus, leurs étroites ouvertures, leurs meurtrières, leurs mâchicoulis, leur corbeille de fer fixée tout en haut du toit, dans laquelle on entassait de la tourbe et de la poix pour allumer la flamme d'alarme, le bale-fire, qui parcourait toute la contrée en une nuit,

Un drap de flamme, de la tour haute, Flottait sur le ciel comme un drapeau sanglant, Tout flamboyant et déchiré[655],

les unes toujours intactes et fières, les autres fendues, croulantes, encore marquées de la trace noire des incendies, elles se dressent de toutes parts. Elles se sont emparées de tous les points propices. Il n'y a pas une crête, un promontoire de colline dans les vallées, un passage de route ou de sentier, qu'elles ne s'y soient installées; quelques-unes sont juchées sur des pics sans accès; d'autres cramponnées au bord des précipices, au-dessus de torrents; d'autres dissimulées dans des bois, ou sinistrement isolées au centre de marécages et de fondrières. Ces forteresses étaient habitées par d'étranges maîtres, en partie brigands, en partie soldats, en partie seigneurs. C'étaient les Elliots, les Armstrongs, les Turnbulls, les Rutherfords, les Scotts, les Homes, les Kerrs, race d'hommes désespérés, hardis, toujours en guerre avec les Anglais ou entre eux, toujours en coups de force, en alarmes. Leurs exploits étaient de partir le soir, de passer la frontière inaperçus, et de tomber, à dix, quinze lieues de là, sur une ferme, un hameau, dont ils enlevaient les bestiaux. La nuit était leur complice; c'est pourquoi la plupart avaient dans leurs armes des étoiles et la lune[656]. Quand le butin était fini et qu'il n'y avait plus rien au logis, un beau soir, en découvrant le plat, on y trouvait une paire d'éperons. On savait ce que cela voulait dire et on repartait en expédition. Ces hommes durs, presque aussi cruels que des Peaux-Rouges[657], vivaient dans la continuelle tension d'énergie, dans la force, la hâte et l'exigence impérieuse de sentiments, et aussi dans la suprématie d'âme, que développe, après tout, le risque même grossier mais continuel de la vie. C'étaient des existences sans poésie, mais où il y avait des heures intenses et poétiques. On voit ce qu'une pareille condition entraîne d'aventures, de traits de courage, de dangers, de querelles, de luttes entre familles, de vengeances longtemps poursuivies. Ces querelles, qui tenaient du duel, de l'escarmouche et de l'assassinat, n'étaient pas assez importantes pour créer un événement historique. Mais, de temps en temps, il sortait d'elles une de ces tragédies mémorables qui vont au fond des coeurs les plus durs y remuer la pitié.

[Note 654: Pour les souvenirs historiques ou légendaires et pour les moeurs violentes des Borders voir l'Introduction de Walter Scott: Minstrelsy of the Scottish Border.--Les passages sur les Borders, dans les Notices and Anecdotes illustrative of Sir Walter Scott's novels.--Le petit opuscule intitulé: An Account of the Borders dans le Chambers's Miscellany.--Le chapitre IX du livre de Veitch: Features of Border Life and Character.--Un article de l'Edinburgh Review, de Juillet 1887: Ettrick Forest and the Yarrow.--Gunnyon: Scottish Life and History in Song and Ballad. Chap. IV.--J. Clark Murray: The Ballads and Songs of Scotland, in view of their influence on the Character of the People. Chap. IV: The Border Feuds.--Mais rien ne vaut l'impression produite par la lecture des Ballades elles-mêmes, avec les notes historiques qui indiquent les événements qu'elles rappellent.]

[Note 655: The Lay of the Last Minstrel. Canto III.]

[Note 656: Chambers. Account of the Border, p. 21.]

[Note 657: Prescott. Essais de Biographie et de Critique, les chants de l'Écosse, tom. II, p. 64.]

Aussi une quantité incroyable de poésie est née de ces horizons pensifs et de ces événements romanesques. C'est le district poétique de l'Écosse, à un titre bien plus vrai que le district des lacs ne l'est pour l'Angleterre. Car ici c'est une profusion de poésie anonyme, autochtone, sortie des entrailles mêmes de la terre. Elle a été créée par des centaines de poètes inconnus, enrichie par des milliers de récitations. Elle est vraiment populaire et collective, car, par cette séculaire et innombrable collaboration, elle contient l'émotion accumulée de ceux qui l'ont écrite et de ceux qui l'ont chantée. Sur tout le pays, elle est répandue. On a dit qu'il n'y a pas, dans cette partie de l'Écosse, un ruisseau ou une colline qui n'ait sa ballade ou sa chanson; et cela est vrai à la lettre. Toutes ces rivières, la Tweed, la Gala, la Teviot, la Jed, l'Ettrick, la Yarrow, dont le bruit clair emplit le pays, chantent également dans cette poésie. Chaque vallée, avec son caractère propre, possède sa poésie particulière: la molle et verte vallée de la Tweed a les chansons d'amour caressantes, doucement pastorales et pures; les gorges sauvages autour des sources de la Teviot et de la Reed, les sombres solitudes moussues de la Tarras et de la Liddell sont la scène des plus puissantes et des plus terribles ballades historiques; les retraites rêveuses de la vallée d'Ettrick ont des chants mystérieux et surnaturels[658]. Mais la poésie de toutes ces vallées semble se réunir dans la plus poétique d'elles toutes, dans l'harmonieuse, la triste, la douce, la tendre, la sévère Yarrow. Elle est le sanctuaire de cette région. Et qu'elle est digne de l'être! Elle a toutes les beautés, le charme méditatif de ses plus faibles pentes, l'austérité de ses deux lacs solitaires, où le ciel et les collines se reflètent comme en un métal poli[659], la terreur des hautes passes qui la séparent de la vallée de la Moffat, où «la queue de la jument grise», tombant perpendiculairement de plus de trois cents pieds, se brise, gronde et gémit dans un enfer de rocs. Elle est pleine d'une poésie pathétique et tragique[660]. Il n'y a presque pas une pierre, pas un tertre qui n'en ait reçu une sorte de consécration. Le gai Faucon, Murray l'outlaw, Willie est rare et Willie est beau, la Tragédie de Douglas, les Tristes vallons de Yarrow, la Lamentation de la veuve des Borders, à ne prendre que les pièces capitales, ont leur scène dans ce petit val, sans parler de moindres chansons et d'imitations sans nombre. D'autres vallées sont presque aussi riches. On se rend compte de ce qu'il a dû fleurir, disparaître, renaître de poésie dans cet extraordinaire district, lorsqu'on a parcouru la Minstrelsy des Borders Écossais; surtout si l'on réfléchit que ce recueil a laissé à glaner, qu'il a été fait bien tard, que plusieurs de ces chansons ou ballades et des plus belles, lorsqu'elles furent trouvées, ne palpitaient plus que pour peu de jours sur les lèvres de quelque vieille femme cassée, toutes prêtes à mourir avec elle. Combien ont disparu de la sorte, avec la dernière âme qu'elles avaient charmée!

[Note 658: Voir sur les inspirations différentes selon le caractère des vallées, le chap. XII du livre de Veitch, particulièrement les pages 423-33.]

[Note 659: Voir une jolie description du lac St.-Mary, dans l'Introduction au Chant II de Marmion.]

[Note 660: Voir, sur les charmes différents, un délicat et juste passage dans les Notices and Anecdotes illustrative of Sir Walter Scott, p. 151.--Veitch, p. 425-26.--La lecture de Principal Shairp The Three Yarrows dans ses Aspects of Poetry--et l'exquis poème de Wordsworth, Yarrow visited, qui pénètre plus que tout ce qui a été écrit sur la Yarrow.]

Sans doute cette poésie n'avait pas encore reçu sa large consécration littéraire; elle n'avait pas pris rang dans les bibliothèques comme une des plus originales anthologies populaires qu'il y ait. Elle était cependant bien connue en Écosse; et même elle était à la mode. La preuve en est dans les nombreuses imitations que le XVIIIe siècle en avait faites, bien avant le moment où Burns voyageait dans les Borders. Allan Ramsay avait donné l'exemple de ces imitations, bien que les siennes fussent froides et maniérées. Toute une série de menus poètes, Robert Crawford, Hamilton de Bangour, Julius Mickle, John Logan, avaient retrouvé, parfois dans quelques pièces seulement, parfois dans une seule, l'accent et la mélodie des vieilles ballades[661]. Ne sait-on pas que deux versions célèbres d'une ancienne ballade, les Fleurs de la Forêt, sont dues à deux jeunes filles, l'une Miss Jane Elliot et l'autre Miss Alison Rutherford, plus tard Mrs Cockburn, que nous avons vue, déjà âgée, accueillir Burns à Édimbourg? Elles avaient toutes deux, sans s'en douter, émues un jour par un refrain plaintif, donné deux chefs-d'oeuvre de sentiment simple, et enrichi de deux perles la poésie de leur pays[662]. Elles ne composèrent jamais rien d'autre. Ces deux charmantes pièces avaient, en réalité, été produites par le pur procédé de collaboration populaire: l'émotion de chanteurs successifs s'ajoutant à l'inspiration de l'auteur primitif. La seule différence est qu'ici le résultat fut imprimé au lieu d'être chanté, et que les collaborateurs furent découverts par la seule curiosité littéraire des temps, car Miss Rutherford et Miss Elliot avaient essayé de s'en cacher. Enfin la célèbre tragédie de Douglas de John Home, que Burns, comme tous les Écossais, connaissait bien, était fondée sur une de ces ballades[663]. Cette poésie était donc répandue et appréciée. Bien plus, elle était si active, si pleine de sève, si maîtresse des imaginations que, parmi des milliers d'autres, elle était en train de former, à ce moment précis, trois âmes qui devaient être entre les plus robustes et les plus riches de leur contrée.

[Note 661: Lire dans le chapitre XIII de Veitch: Border Poetry, Eighteenth Century, le travail d'imitation des anciennes ballades qui s'est fait pendant le siècle dernier.]

[Note 662: Voir dans quelles circonstances ces chansons furent composées: Songstresses of Scotland; tom. I: pour Mrs Cockburn, p. 70-71, pour Miss Jane Eliot, p. 205-07.]

[Note 663: Alex. Carlyle. Autobiography, p. 233.]

C'est par la poésie et le paysage des Borders que ce grand garçon, déjà savant, à qui Burns avait prédit un avenir d'homme, avait senti s'éveiller en lui le goût des choses d'autrefois. Il avait été élevé au pied d'un de ces vieux peels romantiques, bercé par les vieilles ballades. Et lui-même a raconté l'influence de ces spectacles et de ces récits sur son âme, dans des vers tout bondissants d'émotions enfantines.

Oui, l'impulsion poétique me fut donnée Par la colline verte et le clair ciel bleu. C'était une scène nue et sauvage, Où des escarpements nus étaient empilés rudement; Mais, ici et là, dans les intervalles, Reposaient des touffes veloutées d'un vert adorable; Et l'enfant solitaire connaissait bien Les retraites où le murailler poussait, Où le chèvrefeuille aimait à ramper Sur le rocher bas et le mur ruiné. Je pensais que ces recoins étaient le plus doux abri Que le soleil vit dans tout son cours[664].

[Note 664: Walter Scott, Marmion. Introduction to Canto III, to William Erskine.]

Et en même temps il retrace les premières émotions que ce vieux peel, avec tous ses souvenirs guerriers, faisait naître en lui et qui peut-être ont déterminé le tour historique et romanesque de son génie.

Sans cesse, je considérais cette tour démantelée Comme le plus puissant ouvrage de la force humaine, Et je m'émerveillais, quand le vieux paysan Enchantait mon esprit, par quelque conte De maraudeurs qui, au grand galop, Sortant du château éperonnaient leurs chevaux, Pour renouveler dans le sud leurs rapines, Bien loin, dans les lointaines Cheviot bleues. Ils me semblait que les trompettes, les pas des chevaux Faisaient encore retentir les arches brisées de l'entrée, Que des visages farouches, cousus de cicatrices, Regardaient par les barreaux rouilles des fenêtres; Et sans cesse, au foyer d'hiver, J'écoutais de vieilles histoires de joie et de peine, Les détours des amants, la beauté des dames, Les charmes des sorcières, les armes des guerriers[665].

[Note 665: Walter Scott, Marmion. Introduction to Canto

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