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Chapitre 7

Aucun doute n’était possible actuellement sur l’état de ces hommes et sur leur commission. Au jour, l’un d’eux sortit et, quelque temps après, revint accompagné d’un nouveau personnage. Tous ensemble gagnèrent le premier, pénétrèrent chez Romanzoff dont l’appartement était resté ouvert et procédèrent à de minutieuses perquisitions qui eurent pour résultat la saisie d’une multitude de pièces.

Qu’avait fait M. Romanzoff ? De quel crime l’accusait-on ? Tout portait à croire qu’on attachait la plus haute importance à sa capture. Une conspiration était l’unique délit dont on osât, dans la maison, ternir la mémoire de cet homme généreux. Quoi qu’il en soit, le mystère ne devait pas, de longtemps encore, être éclairci. Pas une seule des paroles échappées de la bouche des agents ne fournit d’indices à cet égard. Après une heure et plus de séjour dans l’appartement de M. Romanzoff, ils s’éloignèrent, hormis toutefois deux d’entre eux qui furent laissés en faction dans la loge.

Ces deux hommes s’installèrent commodément, et, invitant la concierge à ne pas s’occuper d’eux et à être discrète, ils observèrent en silence les gens qui sortaient et ceux qui entraient. A l’heure du dîner, l’un d’eux monta chez Romanzoff et en descendit peu après avec du pain, des viandes froides, du vin cacheté, etc. Mme Delte s’étant empressée de leur fournir deux couverts, ils mangèrent, sans quitter la porte du coin de l’œil, aussi tranquillement qu’ils eussent fait dans leur propre domicile.

Aucun autre incident ne signala cette journée. Le lendemain, la loge fut occupée par deux nouveaux agents qui eux-mêmes, après un jour et une nuit de service, furent remplacés par deux autres, et ainsi pendant huit ou dix jours environ. Ils s’en allèrent un matin pour ne plus reparaître. Néanmoins, de temps à autre, dans la journée, ou encore le soir, fort tard, il vint des inconnus demander M. Romanzoff. Mme Delte devait payer par bien des inquiétudes l’honneur d’avoir connu un si aimable locataire.

Elle avait d’ailleurs été mandée au Palais de Justice, dans le cabinet d’un juge d’instruction, et là avait eu à subir un long interrogatoire sur les habitudes, le travail, les relations de M. Romanzoff. L’honnête femme ne savait que les détails qui précèdent. Elle n’eut pas demandé mieux que d’apprendre quelque chose de plus. Mais on la congédia sans satisfaire le moins du monde son ardente curiosité. Jamais héros n’avait flotté, à ses yeux, dans une atmosphère plus romanesque et ne lui avait inspiré un plus violent intérêt.

Un matin, le facteur lui remit la lettre suivante :

Chère mère,

Des circonstances malheureuses ont accidentellement fermé sur moi les portes d’une prison. Ne vous en affligez pas plus que je ne m’en effraye moi-même. Innocent et plein de confiance dans la justice, j’espère être bientôt rendu à la liberté. En attendant, la privation de linge et de tous autres objets de toilette me fait bien souffrir. La totalité des choses que je possède est restée dans l’appartement de M. Romanzoff. On me permet de vous les réclamer par écrit. Vous en trouverez la liste plus bas. Si vous étiez assez bonne pour mettre le tout sous enveloppe et me le faire parvenir à Sainte-Pélagie, où je suis détenu, vous me rendriez un service que je n’oublierais jamais.

Votre fils respectueux et dévoué,

PRESSEL.

La lecture de cette lettre jeta Mme Delte aux prises avec de nouvelles perplexités. Alarmée sans savoir pourquoi, craignant vaguement d’être compromise dans quelque complot, elle en venait insensiblement à ne plus dormir tranquille. Les conjectures des commères du voisinage achevaient de lui mettre l’esprit sens dessus dessous. Cette lettre la surprit justement au plus fort de ces inquiétudes. Elle ne savait réellement que faire. Quelqu’un enfin lui conseilla de se rendre au parquet et de remettre la lettre entre les mains du magistrat qui précédemment l’avait interrogée. C’est ce qu’elle fit.

Le juge d’instruction, ayant pris connaissance du papier, demanda à Mme Delte ce que signifiait l’expression de chère mère, qui figurait en tête de la lettre. Mme Delte ne sut positivement comment résoudre la question. Elle n’était pas moins étonnée de ce terme que le juge lui-même. Il n’y avait qu’une manière de l’expliquer, encore était-elle peu explicite. C’est la coutume des ouvriers que lie entre eux le compagnonnage d’appeler mère la femme chez qui ils mangent et demeurent. Peut-être Pressel avait-il été compagnon ; peut-être bien encore avait-il simplement fréquenté avec des compagnons. Le magistrat au reste n’insista pas sur ce détail. Il renvoya Mme Delte après l’avoir autorisée à faire ce que désirait Pressel.

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