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Chapitre 49 Suppression de la distance

M. Brokenface, un jeune ingénieur de beaucoup d’avenir, a trouvé le moyen de supprimer la distance ou, tout au moins, de la réduire à tel point qu’on pourra désormais la considérer comme négligeable.

Vous n’êtes pas sans avoir vu, il y a deux ou trois ans, dans une revue des Variétés, et aussi à l’Hippodrome, ce qu’on appelait des pistes mobiles.

Un large ruban se déroulait rapidement sur lequel galopaient des chevaux. Ces chevaux couraient dans le sens contraire à la direction de la piste mobile, de telle sorte que, ces deux vitesses se neutralisant, les chevaux demeuraient en place.

Il est bien clair que, si les chevaux galopaient dans le sens de la direction du ruban, ils jouiraient d’une double vitesse, la leur propre s’ajoutant à celle de la piste.

Partant de ce principe, M. Brokenface a imaginé de construire non pas une piste mobile, mais une série de pistes superposées, animées chacune d’un mouvement propre et profitant chacune du mouvement de la piste inférieure sur laquelle elle court.

Il est facile de se rendre compte à quelles vitesses vertigineuses on arrive par ce procédé.

L’appareil qu’expose le jeune ingénieur se compose de dix pistes superposées courant chacune à raison de vingt lieues à l’heure.

La piste supérieure est donc animée d’une vitesse de deux cents lieues, chiffre qui a été rarement atteint dans l’industrie, sauf par quelques subtils fluides comme la lumière ou l’électricité.

C’est le Havre à un quart d’heure de Paris !

En théorie, le projet de M. Brokenface ne manque pas d’être fort séduisant, mais je redoute fort que sa réalisation ne présente quelques périls.

Songez donc, deux cents lieues à l’heure !

Ces diables d’Américains ne doutent de rien.

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Le colonel W.-K. Slowly, qui mène, depuis longtemps, en Amérique, une curieuse campagne individualiste, a exposé un petit objet bien modeste, mais dont la vulgarisation pourrait néanmoins porter un rude coup aux compagnies de gaz ou d’électricité.

Le colonel a trouvé le moyen d’utiliser le suif de mouton pour l’éclairage privé.

Le procédé est assez curieux.

Dans un bain de suif en fusion, M. Slowly trempe une mèche de coton et la retire immédiatement.

La petite quantité de suif qui s’est aggloméré autour de la mèche se fige à l’air froid. Un second trempage agglomère une nouvelle couche de suif.

Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on ait composé une espèce de petit cylindre de suif, ayant pour axe la mèche de coton.

En allumant le bout de cette mèche, on détermine la fusion d’une petite partie de suif qui, par capillarité, monte dans les fibres du coton et brûle avec une lumière fort douce.

Les avantages de ce nouveau mode d’éclairage n’échapperont à personne. Nul doute que le public ne lui réserve un chaleureux accueil.

Les deux inconvénients qu’on pourrait reprocher à l’ingénieux objet du colonel Slowly, c’est, d’abord, une petite fumée noirâtre résultant de la combustion de la mèche ; ensuite, une légère odeur de suif fondu fort capable d’incommoder les personnes qui n’aiment pas ce parfum.

N’y aurait-il point moyen d’obvier à cet inconvénient en remplaçant le suif de mouton par une autre substance carburée, la cire d’abeilles, par exemple, ou peut-être même la stéarine ?

Je donne pour ce qu’elle vaut mon idée à l’aimable colonel W.-K. Slowly, et je le remercie publiquement ici du charmant accueil qu’il nous fit dans ses ateliers de Pig-Park.

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