‹ Sacountala, drame en sept actes, mêlé de prose et de versChapitre 17 sur 21 · L’ENFANT.

L’ENFANT.

En attendant, je jouerai avec le petit lion.

LA RELIGIEUSE. (_Elle le regarde en riant._)

Veux-tu le lâcher!

LE ROI.

Ah! que je voudrais qu’il fût à moi, ce petit entêté!

Avoir de tels enfants... Ah! quelle douce chose! Contempler leurs joyeux ébats, Voir leurs petites dents garnir leur bouche rose, Qui s’ouvre pour rire aux éclats, Suivre l’effort charmant de leur langue novice, Les prendre à terre tout poudreux, Les porter dans ses bras, complaire à leur caprice: Ah! que les pères sont heureux!

LA RELIGIEUSE, _menaçant l’enfant du doigt_.

Alors tu ne veux pas m’écouter? (_Regardant autour d’elle._) Il n’y a pas là un ermite? (_Voyant le roi._) Ah! voilà quelqu’un.--Seigneur, venez délivrer le petit lion. Voyez comme il le tourmente: quand une fois il tient quelque chose, il ne veut plus le lâcher.

LE ROI.

J’y vais tout de suite! (_Il s’approche en souriant._) Holà! petit solitaire!

Hôte indigne d’un tel séjour, Ignores-tu donc que l’ermite Embrasse dans un même amour Tout être vivant qui l’habite? Ton père est l’ennemi du mal; Mais ta fureur le déshonore: Tel on voit le serpent éclore Au pied de l’arbre de santal!

LA RELIGIEUSE.

Seigneur, ce n’est pas le fils d’un ermite.

LE ROI.

On le voit à son air comme à sa conduite: c’est le lieu où je le rencontre qui m’avait trompé. (_Il lui fait lâcher le lionceau et tressaille._)

Un frisson de plaisir ébranle tout mon être! Mais le père, grands dieux! le père frémissant... Ah! quelle inexprimable ivresse il doit connaître, L’homme béni du ciel qui dit: «Voilà mon sang!»

LA RELIGIEUSE, _les regardant tous les deux_.

C’est une chose merveilleuse!

LE ROI.

Que voulez-vous dire?

LA RELIGIEUSE.

Tu n’es pas parent de cet enfant: cependant il te ressemble d’une manière étonnante! Ce qui me surprend aussi, c’est que, sans te connaître, avec son caractère, il t’ait cédé si vite.

LE ROI, _caressant l’enfant_.

Madame, vous dites qu’il n’est pas fils d’un ermite... A quelle famille appartient-il donc?

LA RELIGIEUSE.

A la famille de Pourou.

LE ROI, _à part_.

Il est de ma noble race! Je ne m’étonne plus! (_Haut._) Je connais les antiques usages de cette famille:

Que demande un Pourou? Maître du monde, il eut Des palais aux terrasses blanches: Quand il a fait sa tâche, il veut, pour son salut, Un banc de pierre sous les branches!

Mais comment un être humain a-t-il pu pénétrer dans l’ermitage des dieux?

LA RELIGIEUSE.

Nul n’y pénètre, en effet. Mais sa mère est fille d’une nymphe, et elle l’a mis au monde dans ce divin séjour.

LE ROI, _à part_.

Que dit-elle?... Ce ne serait donc pas une chimère?... (_Haut._) Et quel est le père de l’enfant?

LA RELIGIEUSE.

On ne prononce plus son nom: il a renié son épouse légitime.

LE ROI, _à part_.

Mais c’est de moi qu’elle parle!

PREMIÈRE RELIGIEUSE, _rentrant avec l’oiseau de faïence dans les mains_.

Grand-dompteur! vois le bel oiseau!