L’HUISSIER.
J’obéis. (_Il sort et revient avec les deux ermites._) Par ici, je vous prie.
PREMIER ERMITE, _regardant le roi_.
Il brille comme la flamme, et cependant il inspire la confiance. Mais pourquoi m’en étonnerais-je? Tout roi qu’il est, il peut passer pour un des nôtres.
Son palais, comme un ermitage, S’ouvre pour l’hospitalité, Et les Gandharvas[34] l’ont chanté Comme un héros et comme un sage. Notre piété qu’il défend Est une ample moisson qu’il sème. Tout cède à son bras triomphant; Son cœur sait se vaincre lui-même.
[34] Musiciens célestes.
SECOND ERMITE.
Ami, est-ce là le roi Douchanta, le compagnon du dieu Indra?
PREMIER ERMITE.
C’est lui.
SECOND ERMITE.
Il est digne vraiment de commander au monde Jusqu’aux bords où la mer brise ses flots d’azur. Son bras est pour son peuple un formidable mur: Sous ce puissant abri règne la paix féconde. Si parfois les démons viennent braver les dieux, Il faut pour les chasser deux armes: le tonnerre Dans la droite du roi des cieux, Et l’arc de ce dieu de la terre!
TOUS LES DEUX, _s’approchant_.
Gloire au roi!
LE ROI, _se levant_.
Salut à vous!
LES DEUX ERMITES.
Salut! (_Ils lui présentent des fruits[35]._)
[35] Nul ne doit paraître devant un roi sans lui faire un présent.
LE ROI, _prenant les fruits et s’inclinant_.
Veuillez me dire ce qui vous amène.
LES DEUX ERMITES.
Nos ascètes savent que tu es près d’eux, et ils t’adressent cette prière...
LE ROI.
Parlez: leurs désirs sont des ordres pour moi.
LES DEUX ERMITES.
En l’absence de notre maître, les Râkchasas[36] viennent troubler nos pieux exercices. Nous avons besoin d’un protecteur. Daigne venir, avec ton cocher, passer quelques jours dans l’ermitage.
[36] Démons qui troublent les sacrifices.
LE ROI.
Ce sera un honneur pour moi.
MADHAVYA, _bas_.
On te prend à la gorge; mais tu ne t’en plains pas.
LE ROI.
Raivataca, va dire à mon cocher d’amener mon char et d’apporter mon arc et mes flèches.