‹ Saint-MarcellinChapitre 4 sur 13 · § 1. Administration municipale.

§ 1. Administration municipale.

D’après les libertés de la ville, les bourgeois de Saint-Marcellin pouvaient élire chaque année quatre syndics, consuls ou procureurs pour gérer leurs affaires communes. Cependant, on ne trouve, de 1460 à 1561, que deux consuls et deux ou trois conseillers de ville.

Il serait facile de donner la liste des consuls de la cité pendant plus d’un siècle, si nous en faisions ici l’histoire complète. Quelques remarques suffiront à notre objet.

Les élections avaient lieu le 24 juin de chaque année, dans une assemblée des chefs de famille, en pleine place, sous la présidence du châtelain ou représentant des Dauphins. Deux ou trois oppositions à peine sont indiquées dans le Cartulaire, de 1460 à 1600.

En 1549, Guillaume Laucedat et Ennemond Périer furent « tout d’une voix » élus consuls. Mais Didier Court ayant fait remarquer que la coutume était « d’havoir un homme de mestier pour le second consul, » Laucedat seul accepta ses fonctions, et Périer répondit « que quand l’on l’eliroit comme ses predecesseurs avoient esté eslus, il accepteroit, car ses prédécesseurs ne furent jamais mequanics. » L’assemblée se sépara anxieuse, la ville ayant besoin alors « de gens clercs ou aultres gens experts, attendu ses procès et affaires. » Périer se ravisa néanmoins dans l’intérêt du bien public et exerça ses fonctions.

Une autre particularité se tire de l’élection faite, en 1552, d’Heuvrard et d’Esprit, marchand. Heuvrard prétendit pouvoir refuser la charge consulaire, comme « moindre de vingt-cinq ans » et chargé des affaires du roi, au greffe du bailliage. Le président de l’assemblée informa le vibailli de ce refus, et Heuvrard fut admis à prouver ses dires. Effectivement, les témoins n’ayant accusé que vingt-deux ou vingt-trois ans d’âge à l’élu, il fut dispensé du consulat. Une nouvelle élection eut lieu et Ribodon, clerc, réunit les suffrages. Celui-ci refusa à son tour, à cause des procès qu’il soutenait à Lyon, Valence et Grenoble. Heuvrard, notaire en exercice, craignant une enquête nouvelle sur son âge ou touché de la confiance de ses concitoyens, finit par accepter la mission, et tout cela se passa le 24 juin, alors que dans une ville dotée de meilleures traditions historiques, il aurait fallu plusieurs mois pour arriver au même résultat. En 1561, une véritable lutte électorale s’engagea. C’était l’époque des premières escarmouches de nos guerres du XVI siècle. Joachim d’Arzag, docteur en droit, vibailli, présidait la séance comme lieutenant du châtelain. Nicolas, procureur, consul sortant, avait désigné pour le remplacer Jean Gilbert « souffizant et ydonne, » sans consulter les conseillers de la ville. Or, d’après l’ancienne coutume, ceux-ci devaient donner leur avis. Une enquête eut lieu aussitôt et établit le fait. Nicolas, interpelé par le vibailli, désigna de nouveau Gilbert ; Bergeran, avocat, conseiller de la ville, choisit Charles Esprit et Georges Payn-Malsangla, et le deuxième consul, avec quarante-trois votants, approuvèrent ce choix. Ennemond Périer, autre conseiller de la ville, proposa Jean Gilbert et Étienne Pain-Malsangla, et obtint neuf adhésions. Le vibailli « attendu que la plus grande et senieure partie avait nommé et eslu Charles Spirit et Georges Payn, iceulx créa consuls de Saint-Marcellin, » et chargea le châtelain de recevoir leur serment.

Si l’on rapproche ce nombre de cinquante-quatre électeurs du fait de la convocation de chaque chef de famille à l’assemblée électorale, on arrive à cette double conclusion : ou bien la ville était alors peu peuplée, ou bien les électeurs manquaient un peu de zèle.

Quoi qu’il en soit, voici quelques autres chiffres :

ce qui ferait en moyenne 38 électeurs.

Il ne paraît pas que les suffrages fussent écrits ; chacun déclarait à son tour le nom de son candidat, et le plus souvent le procès-verbal indique une élection faite « d’une commune voix ».

Cette organisation libérale survécut peu de temps aux guerres du XVI siècle, Louis XIII et Louis XIV trouvant plus naturel de s’approprier les nominations des administrateurs municipaux, et même d’en faire des offices qu’ils vendaient à prix d’argent.

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