Scène III.
Mad. de St. AUBIN, NISON, HENRIETTE.
Mad. De St. Aubin, avec aigreur.
QUe faites-vous dans cette Salle ?
Nison.
Rien, je ſors.
Henriette l’arrêtant.
Un moment, où eſt votre Maîtreſſe ?
Nison.
Où ſeroit-elle ? Dans ſon appartement.
Mad. De St. Aubin avec ironie.
C’eſt une jolie perſonne !
Nison.
Tout le monde le dit :
Mad. De St. Aubin.
Inſolente ! me manquez-vous de reſpect ?
Nison.
Je n’ai garde.
Mad. De St. Aubin.
Allons, répondez-moi, depuis quand ont commencé les liaiſons avec Celicour ?
Nison d’un air fin.
Avec Celicour ?… attendez donc… ma foi je l’ignore.
Mad. De St. Aubin.
Quelles sont ſes vûes, ſes deſſeins ?
Nison.
Que ſçais-je ?
Henriette.
Elle ſéduit le neveu.
Mad. De St. Aubin.
Tourne la tête à l’oncle.
Henriette.
Duquel des deux veut-elle faire un mari ?
Nison.
Devinez.
Henriette.
De Celicour ?
Nison.
Hum, hum, peut-être bien.
Mad. De St. Aubin.
De Durval ?
Nison.
Eh ! mais… pourquoi non ?
Mad. De St. Aubin impatientée.
Allons, allons, ſortez & préparez-vous à quitter demain cette maiſon. Je ſuis plus inſtruite que vous ne penſez.
Nison d’un air miſtérieux & regardant autour d’elle.
Vous croyez l’être, mais vous ne ſçavez rien… vous voyez mal, vos yeux vous trompent, votre eſprit vous abuſe, vous ſuppoſez, imaginez… erreur… eh ! qui n’y eſt pas ſujet ? mais le tems… ce grand maître… prenez patience, tout s’éclaircit… ſe découvre… on penſoit … on croyoit… point du tout, ce n’eſt pas celà, on eſt ſurpriſe, étonnée … confondue… & celà vous arrivera, je vous en avertis… motus… l’heure s’avance… il ſe fait tard… bon ſoir Madame.
(Elle s’enfuit).