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Chapitre 5 DEPART POUR L’ITALIE

Le 14 janvier 1805, l’ordre arriva de prendre dans les compagnies tous les hommes valides qui étaient à l’école de bataillon, et d’en former deux détachements qui allaient être dirigés sur Paris. Je fus placé dans le premier.

Nous ignorions pour quelle expédition nous étions désignés, mais nous avions la certitude de ne plus retourner dans cette garnison d’Ecouen, où nous avions été rondement menés, – je ne dis pas rudement, car la discipline y était douce, – mais où nous avions fait tant d’exercices !

Nous étions prodigieusement chargés, et, pour surcroît d’embarras, nous portions sur nos sacs, attachés avec des ficelles, nos monstrueux bonnets à poil, enfermés dans des étuis de carton, semblables à ceux des manchons de ces dames. La pluie nous prit en route ; les cartons se ramollirent et devinrent de la pâte ; bientôt nos bonnets roulèrent dans la boue et firent horreur. Qu’on se figure des soldats portant à la main ou sous leurs bras quelque chose d’aussi hideux ! C’était une vraie marche de bohémiens que la nôtre.

Enfin on arriva à l’Ecole militaire, mouillés jusqu’aux os et exténués de fatigue, à cause de la pesanteur de nos sacs, du mauvais état des chemins et de la gêne de notre marche. Pour nous délasser, nous couchâmes à trois, et reçûmes l’ordre de nous préparer pour passer la revue de l’Empereur, dès le lendemain.

Après une nuit très laborieuse, nous prîmes les armes, dès le jour, pour nous rendre dans le jardin des Tuileries. Là, on versa dans chaque compagnie de chasseurs (les vieux) une portion du 1er détachement des vélites, on les plaça par rang de taille, et on nous annonça qu’à partir de ce jour nous faisions partie de ces compagnies. Je me trouvai dans la 2ème compagnie du 2ème bataillon. Encadrés dans les rangs de ces vieilles moustaches, qui avaient tous un chevron au moins, nous avions l’air de jeunes filles auprès de ces figures basanées, la plupart dures, envieuses mécontentes de ce qu’on leur donnait des compagnons aussi jeunes. Cette opération terminée, nous entrâmes dans la cour du château, où l’Empereur passa la revue de la partie de la Garde qui devait se rendre en Italie. Ses cadres organisés, nous défilâmes et rentrâmes à l’Ecole militaire pour nous préparer au départ du lendemain.

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