Chapitre 17
Il y avait à peine quelques jours que Stéphanette habitait la Merlinière, et déjà, dans la vieille maison, tout avait changé d’aspect, tout avait rajeuni. Le marquis ne pouvait encore croire à sa joie. Chaque matin, quand il entendait dans la chambre verte le pas léger de Stéphanette et qu’une voix fraîche de jeune fille lui disait à travers la cloison : « Bonjour, mon oncle ! Avez-vous bien dormi ? » Il hésitait encore à répondre, se demandant s’il n’était pas le jouet d’une illusion charmante. Depuis qu’elle était à la Merlinière, il admirait tout ce qu’elle disait, ne voulait plus que ce qu’elle voulait, et du matin au soir regardait comme en extase ce trésor de jeunesse et de beauté qu’il avait connu si tard. Gothon partageait son cœur entre le souvenir de son petit Jean et les grâces aimables de Stéphanette. Trouvant l’ordinaire du marquis indigne d’une aussi jolie dame, elle faisait appel aux recettes qu’elle avait apprises, dans sa jeunesse, des chefs renommés des grandes maisons de Versailles, et, malgré certaines erreurs regrettables, auxquelles chacun se garda bien de faire allusion, sa mémoire la servait bien. Quant à Baptiste, il se cassait et blanchissait à vue d’œil. L’événement qui bouleversait la Merlinière ne l’arrêta pas dans cette voie. Son maître, plus inquiet qu’il ne voulait le paraître, plaisantait le vieux serviteur :
« Baptiste, lui disait-il, tu me voles ma poudre à perruque.
— Ah ! monsieur le marquis, répondait Baptiste, si je pouvais prendre aussi à monsieur le marquis les bonnes jambes et le teint frais qu’il a depuis que notre demoiselle nous est tombée du paradis ! »
Cependant il subit quelque peu la contagion du bonheur ; lui qui ne chantait plus depuis un an, on l’entendit à diverses reprises entonner ses chansons vendéennes, qu’il avait chantées comme pas un, du temps qu’il était garçon dans les fermes du Bocage.
Et ce n’étaient pas seulement les habitants de la Merlinière qui avaient changé ; les choses mêmes s’étaient transformées en ce peu de temps : le salon, par exemple, était méconnaissable ; les fauteuils n’avaient plus de trous, pas un clou doré ne manquait, ce qui ne s’était jamais vu depuis leur neuf, en 1734 ; les peintures, lavées, paraissaient fraîches ; les trois bahuts anciens, grattés, brossés, luisaient, exhalant une bonne odeur de cire ; les gravures encadrées qui pendaient au mur n’offensaient plus la ligne horizontale par leurs attitudes penchées, et de tous les côtés, dans tous les coins, sur la cheminée, sur la table, piquées dans des vases, en bouquets, ou simplement liées en gerbes, des fleurs parfumaient la vaste salle et réjouissaient la vue. La chambre de M. de la Hansaye avait été entièrement retapissée, – grosse réparation devant laquelle on reculait depuis dix ans ; – les mauvaises herbes étaient despotiquement exilées des plates-bandes et même des allées où, deux semaines auparavant, plusieurs couvées de linots trouvaient leur pain quotidien de mouron blanc et de séneçon.
Stéphanette, objet de toutes ces prévenances, cause de toutes ces joies naïves et de ces transformations heureuses, s’était transformée elle aussi : elle avait fleuri. Ce n’était plus la jeune fille en deuil, au visage pâle, au sourire mêlé de larmes. Elle était élégamment vêtue ; son visage était plus rose, sa démarche plus vive. Dans le monde nouveau qui l’entourait, elle se trouvait à l’aise et chez elle. Les soins qu’on lui prodiguait ne lui causaient nul embarras, mais seulement une émotion reconnaissante qui se traduisait en mille retours affectueux. Elle, habituée à obéir depuis son enfance, elle s’était mise à commander dès qu’il l’avait fallu, avec une dignité simple et naturelle. Les pauvres de son oncle la connaissaient et l’aimaient déjà. Elle parlait peu, dans le commencement, se défiant d’elle-même ; mais causait-elle, elle faisait preuve d’un esprit observateur, fin et juste. En un mot, on sentait qu’elle n’était pas parvenue, mais replacée dans le milieu qui lui convenait, et son oncle, remarquant dans les détails de la vie commune tant de qualités rares qui révélaient à elles seules la naissance de la jeune fille, admirait comment un aussi long séjour dans la maison du brocanteur n’avait pu altérer l’exquise beauté de cette nature.
Il faisait avec elle de grandes promenades, et les heures leur paraissaient courtes : ils avaient tant de choses à se dire ! M. de la Hansaye apprenait à sa nièce l’histoire de leurs ancêtres communs, de son père, de sa pauvre mère, qui eût été si fière de la voir ainsi dans tout l’éclat de la vie ; Stéphanette racontait les souvenirs de sa petite enfance, de sa jeunesse si malheureuse, de la bonne sœur Doctrovée, qui l’avait instruite et consolée de la mort du brocanteur ; puis tous les deux, l’oncle et la nièce, partis par des voies différentes se trouvaient naturellement amenés à parler de cette journée où ils s’étaient retrouvés et reconnus, et dont la seule pensée les remplissait l’un et l’autre d’une égale émotion.
Il y avait cependant un sujet qui tenait une large place dans leurs préoccupations, et qu’ils n’abordaient pas dans ces causeries intimes : le marquis évitait de rappeler à la jeune fille les circonstances de sa vie auxquelles Jean de Trémière avait été mêlé ; il évitait même de prononcer ce nom devant elle. Il craignait de raviver des blessures qui pouvaient n’être pas guéries, et tout au moins de se montrer indiscret en provoquant, de la part de la jeune fille, l’aveu de ses sentiments. Stéphanette, de son côté, n’osait questionner le marquis. Elle savait seulement, pour l’avoir appris de Gothon que Jean vivait encore et qu’il était lieutenant aux grenadiers de la garde à Paris, Ainsi, pour des raisons diverses, – n’est-ce pas là un trait quotidien de la comédie humaine ? – celui auquel ils pensaient le plus l’un et l’autre était également celui dont ils parlaient le moins.
Parmi les quelques personnes de son intimité que M. de la Hansaye était allé lui-même entretenir de sa chère Stéphanette et de la manière inattendue dont elle s’était révélée, se trouvait naturellement son vieil ami M. Henriet.
M. Henriet s’empressa de rendre sa visite au marquis ; il mourait d’envie de connaître cette Stéphanette dont on jasait à trois lieues à la ronde, et que le marquis lui avait dépeinte avec une tendresse enthousiaste et prolixe.
Par une après-midi du commencement de mai, chaude, parfumée, le cabriolet de M. Henriet entra dans l’avenue de la Merlinière. Il ne sortait pas souvent, le cabriolet de M. Henriet. La voiture était vieille et lourde, la peinture absente, la capote énorme ; un marchepied monumental, qui avait pu jadis s’ouvrir et se fermer, pendait à l’un des brancards, se balançant et grinçant à chaque pas sur sa charnière usée. De plus le coffre penchait d’un côté, par suite de l’habitude qu’avait conservée pendant cinquante-trois ans un gros président à mortier, le précédent possesseur, de dormir toujours à droite. Mais quelle souplesse dans les ressorts ! Quelle mollesse dans les coussins ! On y tenait assis deux, trois, quatre même. Contre la pluie et le vent, on avait la capote et le tablier de cuir épais, qui se rejoignaient presque ; contre les longueurs de la route, on avait le sommeil, irrésistible et sans danger quand le cheval était pacifique et connaissait le chemin. C’était le cas de la jument de M. Henriet. Contemporaine, à peu de chose près, du cabriolet, elle appartenait à cette espèce patriarcale d’animaux qui, vieillissant dans la maison, avaient compris un jour quelle allure convenait à la famille qu’ils servaient, et ne s’en départaient plus, ni pour flatterie ni pour injure. Quand un cahot l’éveillait, le conducteur pouvait bien exciter la bête ou du fouet ou de la voix ; mais c’était un simple passe-temps, dont on n’attendait nul effet, et qui n’en donnait point.
M. Henriet arrivait donc au trot de sa petite jument blanche par l’avenue de la Merlinière, abandonné au roulis de la voiture, les guides vagues, l’œil fixé sur la cour d’entrée. Du plus loin qu’il aperçut M. de la Hansaye, accouru au bruit inusité d’un équipage, il agita son chapeau en l’air, avec force signes d’amitié, et, à cent pas, cria de sa bonne grosse voix :
« Bonjour, voisin !»
Quand la jument blanche, guidée par son seul instinct, se fut arrêtée devant l’écurie, il sauta à terre lestement.
« Bonjour, mon cher monsieur Henriet, dit le marquis.
— Eh bien ! Où est votre ange, votre fée, la joie de la maison, comme vous dites ? Où est-elle ? Car ce n’est pas vous, c’est elle que je viens… »
Il fut interrompu au milieu de sa phrase par Stéphanette elle-même, qui sortait de la maison et accourait au-devant de lui. Elle portait une robe claire, avec un chapeau de paille orné de pâquerettes, et comme, malgré le soleil, les allées étaient encore humides, elle avait chaussé, à la prière de son oncle, de petits sabots noirs qui claquaient à chaque pas en frappant les talons de ses bottines. Elle n’était point gauche et embarrassée quand elle salua M. Henriet et l’invita à venir se reposer dans le salon.
« Oh ! mademoiselle, répondit le bonhomme, absolument émerveillé, je ne suis pas fatigué ; mais je vous suivrai partout où vous voudrez. »
Stéphanette sourit de la réponse et les précéda au salon.
Elle avait à peine tourné le dos, que M. Henriet, regardant le marquis, haussa les épaules, étendit ses grands bras et les laissa retomber le long de son corps. Cela voulait dire : « Elle est charmante. »
M. de la Hansaye comprit et hocha doucement la tête d’un air qui signifiait :
« N’est-ce pas ? »
Ils restèrent un quart d’heure à la maison ; M. Henriet accepta un petit verre de vieux vin de Faye, que lui offrit Stéphanette ; puis ils sortirent tous trois pour se promener dans l’enclos. Ils dépassèrent les grands noyers, et, au bout de la cour, ouvrirent la porte du jardin, fermé de deux côtés par un mur, des deux autres par une haie vive, où l’on trouvait à la fois des fleurs, des fruits et des légumes, suivant la mode du temps.
Les deux vieillards se donnaient le bras.
Bientôt Stéphanette prit les devants.
« Monsieur Henriet dit-elle, je sais que vous aimez les roses et que vous n’en avez pas encore à la Lande. Voici nos premières : elles seront toutes pour vous. »
Et, montrant du doigt un superbe rosier blanc aux fleurs épanouies du matin, elle ajouta naïvement :
« Voyez-vous, c’est le pays des roses, la Merlinière.
— Je le vois bien, mademoiselle », répondit le vieux campagnard en s’inclinant d’un air cérémonieux.
Stéphanette s’enfonça en riant dans un petit sentier du jardin, tandis que le marquis et M. Henriet suivaient les grandes allées, le long des murs.
Ils marchaient lentement. Tous deux ils regardaient Stéphanette, émus, ravis par le même sentiment de poésie intime et profonde que l’un commençait à peine à goûter, et que l’autre se souvenait d’avoir jadis connu.
« Mais je vous assure qu’elle est charmante, mon ami, disait avec feu M. Henriet, charmante ! »
Puis, comme le marquis ne répondait que par une larme qui tremblait depuis longtemps au bord de sa paupière :
« Et savez-vous qu’elle est très jolie ? ajouta-t-il.
— Si je le sais ! répondait M. de la Hansaye ; c’est le vivant portrait de sa mère.
— Quel air d’innocence aimable !
— Et tant d’esprit naturel !
— Des cheveux noirs superbes !
— Avec de légères ondulations, si vous remarquez bien, reprenait le marquis.
— Et quelle démarche élégante ! C’est une jeune reine !
— C’est un ange du ciel.
— Vous devez être bien heureux, mon cher voisin ?
— Trop heureux, mon ami, oui, trop heureux ! »
Et les deux vieillards poursuivaient leur duo d’admiration, tandis que Stéphanette achevait son bouquet.
Ils s’assirent sous la tonnelle, au bout de l’enclos, tout près du parc.
« Je vous retiens à dîner, monsieur Henriet », dit le marquis.
M. Henriet accepta sans façon, et Stéphanette dut retourner à la Merlinière pour s’entendre avec Gothon, qui d’omnipotence était devenue simple puissance dans les choses du ménage.
Le vieux gentilhomme profita de l’absence de la jeune fille pour consulter M. Henriet sur un point qui lui tenait à cœur.
« Je vous ai dit, mon ami, que Jean de Trémière ne savait rien encore de l’événement extraordinaire qui a ramené ma nièce ici.
— Oui.
— Je suis presque sûr, d’autre part, qu’il a gardé un souvenir très vif de Stéphanette ; il la croit encore fille de…, vous savez ce que je veux dire ; il combat, il lutte contre lui-même, mais au fond du cœur il l’aime encore.
— N’en doutez pas, répondit vivement M. Henriet ; est-ce qu’il est possible de rencontrer une personne…
— Je n’en doute guère non plus. Je lis dans le cœur de Jean comme dans le mien. Dès qu’il apprendra qu’elle est ma nièce…
— Et qu’il est libre de l’aimer…
— Vous pensez quel coup cette nouvelle lui portera ! Je crains pour lui une émotion trop forte ; je ne sais comment le prévenir… Le faire venir ? Lui écrire ? Je voudrais le préparer, le ménager, vous comprenez ? »
M. Henriet réfléchit un instant.
« À son âge, mon cher ami, répondit-il en souriant, il supportera la nouvelle, croyez-moi, très vaillamment, de quelque façon que vous la lui annonciez. Mais, avant de choisir un moyen plutôt que l’autre, savez-vous si Mlle Stéphanette pense encore à notre ami le lieutenant ?
— Je n’en sais rien, dit le marquis d’un air peiné. Je n’ai pas encore osé,… elle est si nouvellement arrivée !
— Sans doute, sans doute ; mais c’est la première chose à savoir. Suivant ce qu’elle vous répondra, vous vous déciderez pour un moyen ou pour l’autre. Et même, ajouta-t-il avec un gros rire, je parierais qu’elle choisira pour vous.
— Excellent conseil, mon voisin ; dès aujourd’hui je lui parlerai. »
Voilà pourquoi M. Henriet se retira de très bonne heure après dîner, lui qui aimait tant à causer, les pieds au feu, pendant les premières heures de veillée.
Le marquis le reconduisit jusqu’au commencement de l’avenue, et s’en revint à pas lents, tandis que le cabriolet s’éloignait avec un bruit de ferraille.
« Comment vais-je introduire la cause ? » se demandait-il.
En ce moment, Baptiste, satisfait sans doute des compliments qu’il avait reçus de son jardin, chantait à plein gosier une chanson que les jeunes gens du haut Anjou chantent encore, le soir, en ramenant des prés leurs troupeaux :
« Petit soldat de guerre,
L’on dit que tu t’en vas ;
L’on dit que tu t’en vas,
Eh ! eh ! eh ! lon, lon ! La,
Lon laire,
L’on dit que tu t’en vas.
— Si tu vés ma maîtresse,
Je t’en prie, salue-la ;
Je t’en prie, salue-la,
Eh ! eh ! eh ! lon, lon ! la,
Lon laire,
Je t’en prie, salue-la.
— Comment la saluerais-je,
Mé qui ne la connois pas ;
Mé qui ne la connois pas,
Eh ! eh ! eh ! lon, lon ! la,
Lon laire,
Mé qui ne la connois pas ?
— Malaisée à connoître,
Malaisée ell’ n’est pas ;
Malaisée ell’ n’est pas,
Eh ! eh ! eh ! lon, lon ! la,
Lon laire,
Malaisée ell’ n’est pas.
— Ell’ porte la cocarde,
La fleur de lys au bras ;
La fleur de lys au bras,
Eh ! eh ! eh ! lon, lon ! la,
Lon laire,
La fleur de lys au bras !
Baptiste chantait encore, quand M. de la Hansaye entra dans le salon. Stéphanette était assise près d’un métier à tapisserie.
Elle leva la tête, et son oncle s’étant assis non loin d’elle :
« Savez-vous, mon oncle, dit-elle, que j’aime beaucoup cette chanson de guerre ? La musique n’en est pas savante, mais elle est bien dans le sentiment. »
Le marquis saisit la balle au bond.
« C’était la chanson favorite de mon pauvre Jean », répondit-il, et il regardait la jeune fille, pour voir quelle impression ces mots produiraient sur elle.
Elle eut un petit tressaillement ; une légère rougeur lui monta au visage, mais elle garda le silence.
« Oui, continua le marquis, de mon pauvre Jean, aujourd’hui si loin de nous. »
Stéphanette, étonnée, regarda son oncle, car c’était l’a première fois qu’il parlait avec insistance de son neveu.
Elle comprit de suite, avec sa divination féminine, qu’il voulait continuer sur ce sujet, et dit :
« M. de Trémière est maintenant aux grenadiers de la garde ?
— Où il est lieutenant, ma chère Stéphanette.
— Pourquoi donc a-t-il changé d’arme ?
— Parce qu’il espère, en prenant du service actif, faire une campagne, se signaler, conquérir son brevet de capitaine à la pointe de l’épée.
— Il a bien fait », dit-elle.
Et il y eut un silence de quelques instants.
Le marquis reprit avec un soupir ;
« À propos, ma chère enfant, j’ai résolu de te demander un conseil.
— Ce n’est pas à moi de vous conseiller, mon oncle. Je vous donnerai mon avis, si je puis.
— Jean ne sait pas encore que je t’ai retrouvée.
— Ah ! fit-elle d’un petit air étonné, en arrêtant son aiguille.
— Non, il ignore tout. Il est encore à la tragédie d’autrefois, le pauvre garçon, et je veux le prévenir. Mais je voudrais trouver un moyen de ménager sa sensibilité, de le préparer, afin qu’il ne fût pas trop saisi, trop ému…
— Vous croyez qu’il pourrait être ému ? dit Stéphanette, qui essayait en vain de faire passer un brin de laine dans le chas de son aiguille.
— Si je le crois, mais j’en suis sûr ! s’écria M. de la Hansaye. Je voudrais bien voir qu’il ne fût pas ému d’une si grande et si heureuse nouvelle, qui m’a causé tant de joie que je n’en suis pas encore revenu, moi qui te parle, mon enfant chérie !
— Vous peut-être, mon oncle, parce que vous avez retrouvé en moi une parente ; mais ce n’est pas la même chose pour M. de Trémière. Il m’a sans doute oubliée. Pourquoi voulez-vous qu’il s’émeuve ?
— Mais tu n’es pas oubliée, je t’en réponds. Dans ses lettres, il n’ose plus me parler ouvertement de ce passé dont le souvenir est si cruel pour lui et pour moi ; mais il y pense, il y pense sans cesse, je le vois à mille petits détails, à des riens qui sont des preuves sûres. Crois-moi, Stéphanette, Jean n’est pas guéri de t’avoir perdue. »
Elle leva vers lui ses beaux yeux pleins de larmes.
« Eh bien, mon oncle, dit-elle, vous vouliez me demander un conseil ?
— C’est vrai, j’étais sorti du sujet. Qu’en penses-tu, Stéphanette ? Faut-il le faire venir ou lui écrire ? »
Elle resta un peu de temps sérieuse, pensive, très émue. Puis son visage s’éclaira de ce charmant sourire qui avait pris le cœur de Jean.
« Si vous lui écriviez tout doucement ? dit-elle.
— C’est cela, tout doucement », répondit le marquis.
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