CHAPITRE VI
CONCLUSIONS DU LIVRE
On a réuni dans ce livre II les données actuellement acquises sur l’histoire géologique de l’Algérie.
Il faut affirmer que ces données sont acquises, il s’agit de faits solides, sur lesquels est réalisé le consensus de tous les observateurs. On n’a pas le moins du monde développé une thèse qui soit particulière à l’auteur.
L’affirmation n’est pas inutile parce que l’ancienneté du climat désertique ou steppien en Algérie est un fait incontesté, il est vrai, mais en revanche assez généralement ignoré. De cette ignorance il a été fourni des preuves récentes. Et par exemple un géographe autrichien, M. A. Grund, à la suite d’un voyage rapide en Algérie, s’est imaginé que l’oued Chott-Saboun était l’ancienne tête du Bou-Merzoug séparée du tronc par les progrès du climat désertique depuis le quaternaire[76]. Cette erreur est très naturelle chez un voyageur qui met la tête à la portière dans le train de Constantine-Batna. Mais l’extraordinaire c’est que la théorie Grund ait été accueillie avec quelque faveur dans les cercles géographiques français. Les géologues algériens aux prises avec une besogne immense ont publié des études fragmentaires, qu’aucune exposition d’ensemble n’a mis encore à la portée du public scientifique métropolitain. Ces études existent pourtant, leurs conclusions sont unanimes et formelles.
On a vu qu’une analyse du modelé par la méthode des profils longitudinaux conduit à une conclusion qui est rigoureusement celle des géologues, puisqu’enfin ces chotts, dont le climat actuel tend à restreindre le domaine, lui sont nécessairement antérieurs.
Il faut donc souligner ce fait sur lequel il apparaît que l’attention n’a pas été assez attirée. L’Algérie est encroûtée de dépôts continentaux qui se sont accumulés dans des bassins fermés depuis l’oligocène.
Le régime des chotts est aussi vieux que l’Algérie continentale ; la malédiction des pays de sel est sur ce pays depuis le commencement des âges ; toutes les fois où nous voyons, dans le passé géologique, le bras de mer algérien s’assécher, ç’à été pour se couvrir de chotts. Il y a un lien entre la répartition des déserts à la surface de la planète et la latitude. Faut-il admettre que la latitude de l’Algérie n’ait pas changé depuis le crétacé, ce qui signifie l’immobilité du pôle ? La répartition circumpolaire de la houille suggère déjà cette immobilité. Mais quoi qu’il en soit de ces considérations trop générales, l’ancienneté d’un climat aride en Algérie est un fait précis.
Les faits précis de cet ordre, ceux qui sont exposés dans le livre II, comme d’ailleurs ceux qui ont trouvé place au livre I, sont des directives, des leitmotive ; il faudra les avoir présents à l’esprit pour analyser la structure du pays dans ses détails, dans ses parties.
D’ores et déjà une grande division ressort à travers toutes les cartes paléogéographiques : l’Atlas tellien et le groupe Atlas saharien-Hauts Plateaux nous sont apparus déjà comme distincts. L’un est le domaine du géosynclinal profond, du géosynclinal proprement dit ; et l’autre du socle continental. L’étude des dépôts continentaux nous a conduits d’autre part à la discrimination des deux mêmes zones sur des principes tout autres. Tandis que tout le sud reste le domaine des bassins fermés, le Tell est le domaine des oueds méditerranéens conquérants ; il leur doit un modelé d’érosion avec la mer comme niveau de base, un décapage avancé, une dissection profonde. Les deux zones, Tell et Hauts Plateaux ; ont, l’une vis-à-vis de l’autre, une originalité de modelé comme ils en ont une de contexture profonde.
Cette distinction à laquelle nous aboutissons de deux côtés différents est fondamentale, il faut s’y tenir. Les noms de Tell et Hauts Plateaux sont consacrés par l’usage, on peut les dire des appellations populaires. Ils en ont les inconvénients comme les avantages. Naturellement ils manquent de précision. Dans le détail, quand il s’agira de délimiter, on trouvera que les limites du socle continental sont loin de coïncider exactement avec celles de la zone où l’encroûtement de bassin fermé est encore intact. Mais en gros la division très générale de l’Algérie en Tell et Hauts Plateaux est très commode ; on l’adoptera, au moins comme cadre de travail, provisoirement.
[Note 76 : No 47, p. 443.]