Chapitre 4
Le blessé ne reprit sa connaissance que le lendemain.
Ses pensées lui revinrent alors, pareilles à des fantômes flottant dans le brouillard.
Il ne se souvenait de rien ; il ne se sentait aucune douleur.
Cette situation lui était plutôt douce que pénible ; c’était un engourdissement qui enlevait à la vie son côté sensible et, par conséquent, amer.
Il eût écouté avec une égale indifférence la voix qui lui eût annoncé la vie ou la mort. Il n’avait ni la force ni le désir de prononcer un mot. Son existence eût dépendu d’un mouvement de son doigt, qu’il n’eût pas pris la peine de remuer le doigt.
Cette situation cependant ne se prolongea point.
À midi, après la visite du médecin, quand tous les serviteurs du khan furent à la prière et que lui-même, comme il l’avait annoncé la veille, fut descendu sur la place, Ammalat-Beg, resté seul, crut entendre sur le tapis de la chambre qui précédait la sienne des pas légers et timides.
Il fit un effort, essaya de se tourner, et sans doute il y réussit, car il lui sembla voir – il était trop faible pour distinguer une vision d’une réalité –, car il lui sembla voir, disons-nous, la portière de sa chambre se soulever, et une jeune fille aux yeux noirs, à la robe de soie jaune serrée par un arkhalouk rouge orné de boutons d’émail, avec de longues tresses tombant sur les épaules, s’approcher tout doucement de son lit, et se pencher sur lui avec un si doux et si tendre empressement pour regarder sa main blessée, qu’Ammalat-Beg, au souffle de sa bouche, au contact de ses vêtements, sentit passer par tout son corps un frisson de flamme ; puis elle versa le contenu d’une fiole dans une petite tasse d’argent, passa son bras sous sa tête, la souleva, et…
Ammalat ne sentit plus rien, ne vit plus rien ; ses paupières pesantes s’étaient refermées ; tous ses sens semblaient s’être fondus dans un seul.
Il écoutait.
Il écoutait, et le frôlement de la robe de la jeune fille lui semblait le battement des ailes d’un ange.
Seulement, cet ange s’envolait…
Tout redevint tranquille, et, lorsque le blessé parvint à rouvrir les yeux, il était seul et il lui était impossible de donner une solidité quelconque à sa pensée. Les fragments de sa raison, flottant comme des nuages dans l’immensité, se perdaient dans les rêves de la fièvre, et, dès qu’il put prononcer une parole, il se dit à lui-même : « C’était un songe. »
Il se trompait.
Celle qu’il croyait une création de son délire était une enfant de seize ans, une fille d’Ackmeth-Khan.
Chez les montagnards, même musulmans, les jeunes filles jouissent d’une liberté infiniment plus grande envers les hommes que les femmes mariées, quoique la loi mahométane prescrive précisément le contraire.
Or, la fille du khan Ackmeth jouissait d’une liberté d’autant plus grande que c’était près d’elle seulement que son père se reposait de ses fatigues ; près d’elle seulement, il se déridait jusqu’au sourire. C’était le salut du coupable, lorsque la jeune princesse assistait au jugement ; la hache déjà levée s’arrêtait en l’air. Tout lui était permis, tout lui était possible. Ackmeth-Khan ne savait rien lui refuser, et le soupçon ne lui était jamais venu que la chaste enfant pût faire quelque chose d’indigne de son devoir et de sa position. D’ailleurs, qui pouvait lui inspirer ces tendres sentiments qui conduisent une jeune fille à une faute ? Jusqu’à présent, son père n’avait jamais reçu un hôte qui fût son égal en naissance ; ou plutôt, son cœur ne s’était jamais inquiété ni du rang ni de l’âge des hôtes qui visitaient son père. Cela tenait, sans doute, à sa jeunesse à peine échappée de l’enfance ; mais, depuis la veille, elle avait senti son cœur battre. En se jetant, la veille, au cou de son père, elle avait vu rouler à ses pieds un beau jeune homme évanoui, presque mort. Son premier sentiment avait été la crainte, et elle avait détourné ses yeux du blessé. Mais, quand son père lui avait raconté de quelle manière Ammalat était devenu son hôte, elle avait commencé de ramener sur le jeune homme un regard conduit par une douce pitié ; puis, quand le médecin avait déclaré que cette faiblesse si effrayante provenait seulement du sang perdu, mais non de la gravité de la blessure, une tendre compassion s’était emparée de la jeune fille. Le médecin ne se trompait-il pas ? La plaie, si large, si effrayante, n’était-elle pas plus dangereuse qu’il ne croyait ? Elle se coucha avec cette crainte ; toute la nuit, dans ses rêves, elle vit le beau jeune homme ensanglanté ; plus d’une fois elle ouvrit tout à coup ses yeux dans l’ombre, croyant entendre sa plainte, et, pour la première fois, le matin, en se levant, la trouva moins fraîche que l’aurore ; pour la première fois, elle employa la ruse pour accomplir un désir. Son père était dans la chambre du blessé, elle choisit ce moment pour dire bonjour à son père. Mais Ammalat avait les yeux fermés, et elle ne put voir ses yeux. À midi, elle revint : Ammalat était seul, mais les yeux éblouis du jeune prince se fermèrent en l’apercevant. Ce fut le désespoir de la pauvre enfant. Il devait avoir de si beaux yeux ! Jamais, dans sa jeunesse, elle n’avait autant convoité une riche parure. Elle eût donné deux diamants de la grosseur de ses yeux pour ces yeux ouverts, qui lui semblaient devoir être bien autrement pleins de flamme que deux diamants.
Enfin, le soir elle revint.
Le soir, pour la première fois, elle rencontra le faible, mais expressif, mais clair regard du malade ; et, quand elle l’eut rencontré, ce regard ne se détacha plus d’elle. Elle comprenait très bien que ces yeux lui disaient : « Ne t’éloigne pas, étoile de mon âme ! Ne vois-tu pas que toi seule m’éclaires, et que, si tu disparais, tout va, pour moi, rentrer dans la nuit ? »
Elle ne pouvait comprendre ce qui s’était passé en elle ; mais il lui était impossible de dire si elle était encore sur la terre ou déjà dans le ciel. Ce qu’elle éprouvait, elle ne l’avait jamais éprouvé : le sang monta si rapidement à son cœur, qu’elle crut qu’elle allait étouffer ; le sang abandonna si rapidement son cœur, qu’il lui sembla qu’elle allait mourir.
Elle avait vu les yeux du blessé, et il s’était trouvé que c’étaient les plus beaux yeux du monde.
Il lui restait à entendre sa voix.
Mais Ammalat-Beg demeurait muet. Tout entier à sa contemplation, il n’avait pas l’idée de parler. Qu’aurait-il dit que ses yeux ne dissent aussi bien que sa voix ?
Les désirs d’une jeune fille naissent les uns des autres. Avec de si beaux yeux, on devait avoir une bien douce voix. Quel malheur de ne pas entendre cette voix !
Puis une idée lui vint : que si le blessé ne parlait point, c’est que sans doute il était trop faible pour parler ; s’il était trop faible pour parler, à coup sûr la blessure était dangereuse, plus dangereuse que ne le disait le médecin.
Certes, elle ne se retirerait pas avec une pareille crainte ; aussi se décida-t-elle à lui adresser la parole la première. Quoi de plus simple ? C’était pour lui demander des nouvelles de sa santé.
Il faudrait être tatar, regarder comme une insulte de dire un mot à une femme, n’avoir rien vu jamais, excepté un voile, à travers ce voile deux sourcils, et, par hasard, les yeux que ces sourcils recouvrent, pour se faire une idée du frisson qui passa dans les veines du blessé quand, déjà brûlé par les yeux, la voix de la jeune fille vint frapper son cœur.
Et cependant les paroles de Sultanetta étaient bien simples.
La jeune fille s’appelait Sultanetta.
— Comment te trouves-tu ? avait-elle demandé.
— Oh ! bien, très bien ! répondit Ammalat-Beg en essayant de se soulever sur son coude ; si bien, que je suis prêt à mourir.
— Qu’Allah te garde ! s’écria la jeune fille effrayée ; tu dois vivre encore longtemps. Est-ce que tu ne regretterais pas la vie ?
— Dans les doux moments, la mort est douce, Sultanetta, et, en supposant que je vive encore cent ans, je n’aurai jamais un moment meilleur que celui-ci.
Sultanetta ne comprit point les paroles de son hôte, mais elle comprit l’expression de son regard, mais elle comprit l’accent de sa voix. Une flamme passa sur son visage, et, en faisant signe au blessé de rester en repos, elle se sauva dans sa chambre.
Parmi les montagnards, il y a certes d’habiles médecins, et surtout pour guérir les blessures. Ils ont, pour fermer les plaies, des recettes inconnues qui semblent de mystérieuses révélations de la nature ; mais le médecin qui agissait le plus efficacement sur Ammalat-Beg, c’était la présence de la charmante Sultanetta. Le soir, il s’endormait avec le doux espoir qu’elle lui apparaîtrait en rêve ; le matin, il s’éveillait avec la certitude de la voir en réalité. Ses forces revinrent rapidement, et, avec ses forces, grandit ce sentiment inconnu qu’il avait éprouvé dès le premier jour où il avait vu la fille d’Ackmeth-Khan, et qui maintenant s’était enraciné dans son cœur de manière à n’en plus sortir.
Ammalat-Beg, nous l’avons dit, était marié ; mais le mariage s’était fait comme se fait un mariage en Orient. Jusqu’au jour de sa noce, il n’avait jamais vu sa promise ; puis, lorsqu’il la vit, il la trouva laide, et tous les sentiments de jeunesse et d’amour qu’il avait dans le cœur y restèrent endormis. À la suite de cela étaient venues des querelles politiques avec son oncle et son beau-père. La tendresse, qui, chez les Orientaux, repose tout entière dans la sensualité, s’était donc éteinte peu à peu ; de sorte que ses yeux, en voyant Sultanetta, n’avaient pas même eu besoin de demander à son cœur le sacrifice des restes d’un ancien amour. Le jeune homme avait été époux, mais son cœur était resté vierge. Ardent par nature, indépendant par habitude, Ammalat-Beg s’abandonna tout entier au sentiment qu’il éprouvait. Être avec Sultanetta était pour lui un bonheur suprême, et attendre son arrivée, l’occupation de tout le temps où elle était absente. Il tremblait au bruit de ses pas ; il frissonnait en reconnaissant sa voix. Chaque note passait dans son âme comme un enchantement et comme une lumière. Ce qu’il éprouvait ressemblait à de la douleur ; mais c’était une douleur si douce, un mal si plein de charme, qu’il sentait qu’il mourrait de l’absence de cette douleur.
Sans doute les deux jeunes gens, ignorant eux-mêmes ce qu’ils éprouvaient, donnèrent-ils à ce sentiment inconnu le nom d’amitié ; mais, laissés en toute liberté, ils étaient sans cesse ensemble. Khan Ackmeth faisait de fréquents voyages en Avarie, et laissait son hôte avec sa fille. Lui seul peut-être s’était aperçu de leur amour ; mais cet amour comblait tous ses vœux. Un premier mariage, comme il l’avait dit à Ammalat, n’est rien pour un musulman, qui a le droit d’épouser quatre femmes. D’ailleurs, il connaissait le peu d’affection qui existait entre les deux jeunes époux. Devenir le beau-père d’Ammalat-Beg, c’est-à-dire l’héritier du chamkal Tarkovsky, d’un homme qui pouvait lui être d’un si grand secours dans sa guerre avec les Russes, c’était plus qu’un désir, c’était une ambition.
Quant aux deux amants, ils ne faisaient aucun calcul, nous dirions presque qu’ils n’avaient aucun désir. Ils vivaient heureux, ne demandant rien de plus, n’ayant aucune idée que ce bonheur pût finir. Les journées passaient sans qu’ils sussent comment, à regarder les montagnes par la fenêtre, les troupeaux à leur sommet, les rivières à leur base. Si Sultanetta travaillait à broder une selle à son père, Ammalat se couchait près d’elle sur les coussins, lui racontait ses aventures de jeune homme, mais le plus souvent, sans dire un mot, restait les yeux fixés sur ses yeux. Il ne pensait pas au passé, il ne songeait plus à l’avenir. Il sentait seulement qu’il était heureux, et, sans éloigner le vase de ses lèvres, il buvait goutte à goutte la plus grande félicité que l’homme puisse éprouver sur la terre : aimer et être aimé.
L’été passa ainsi.
Un matin, un des bergers du khan arriva tout effaré.
Au point du jour, un tigre était sorti de la forêt, s’était approché du troupeau en rampant comme un chat, s’était élancé sur un mouton et l’avait emporté.
Le berger racontait cela dans la cour, et autour de lui les noukers faisaient cercle.
— Eh bien, dit le khan, y a-t-il quelqu’un qui veuille tuer le tigre ? Celui-là peut prendre mon plus beau et mon meilleur fusil, et, s’il tue le tigre, l’arme sera à lui.
Un des noukers du khan, excellent tireur, s’avança, prit le fusil qui lui convenait le mieux parmi tous les fusils du khan, et dit :
— J’irai, moi !
Le khan rentra, raconta l’événement devant Ammalat et Sultanetta ; mais les deux jeunes gens étaient si occupés de leur amour, que ni l’un ni l’autre ne parurent entendre ce qu’avait dit Ackmeth-Khan.
Le lendemain, on attendit vainement le nouker.
Ce fut le petit pâtre qui revint.
L’enfant raconta que, parvenu sur la montagne, vers le soir, le nouker avait reconnu le passage du tigre. Le lendemain, avant le jour, il s’était embusqué sur la route que l’animal avait suivie quand il était sorti du bois pour enlever le mouton.
Mais le tigre n’était pas sorti ; seulement, on avait entendu ses rugissements, à une verste à peu près dans la forêt. Sans doute n’avait-il pas, en un jour, dévoré le mouton tout entier et lui en restait-il assez pour son repas du matin.
Voyant que le tigre ne venait pas, le nouker avait résolu de l’aller chercher. Il était entré dans la forêt. Un quart d’heure après, l’enfant avait entendu un coup de feu, puis un rugissement, puis tout avait fini.
Il avait entendu une heure ; mais, ne voyant pas l’homme sortir du bois, il était venu dire ce qui s’était passé.
Selon toute probabilité, l’homme était mort.
On attendit un jour, deux jours, trois jours, l’homme ne reparut pas.
Le quatrième jour, ce fut le tigre qui reparut et qui enleva un deuxième mouton.
Le petit berger accourut, tout effaré, annoncer cette nouvelle apparition de l’animal féroce.
Cette fois, le hasard fit que Sultanetta arrosait ses fleurs à sa fenêtre, lorsque le pâtre entra dans la cour.
Elle entendit tout ce que raconta l’enfant.
Elle revint près d’Ammalat-Beg et lui dit ce qu’elle venait d’entendre.
Ammalat-Beg n’avait pas entendu un mot de ce qu’avait dit Ackmeth-Khan ; mais les paroles de Sultanetta étaient trop précieuses pour qu’il en perdît une seule.
Ackmeth-Khan entrait, comme Sultanetta achevait son récit.
— Eh bien, demanda-t-il, que dis-tu de cela, Ammalat ?
— Je dis que j’ai toujours eu envie de faire une chasse au tigre, répondit le jeune homme, et que je remercie Allah d’avoir accompli mon désir. J’essaierai mon bonheur contre le tigre.
Sultanetta regarda Ammalat, pâle mais souriante ; elle comprenait, et, tout en frissonnant, elle était fière.
Ackmeth-Khan secoua la tête.
— Le tigre n’est pas un sanglier du Daghestan, Ammalat.
— Qu’on me montre seulement la trace du tigre, et je la suivrai comme si c’était celle d’un sanglier.
— Les traces du tigre mènent souvent à la mort, insista Ackmeth-Khan, qui, commençant à s’inquiéter du sommeil de son jeune ami, le voyait avec joie sortir de sa léthargie.
— Penses-tu, lui dit Ammalat, que sur ce sentier glissant la tête me tournera et qu’où a été ton nouker je ne puis aller ? Si le cœur d’un Avare est ferme comme le granit de ses montagnes, le cœur d’un Daghestan est trempé comme son acier.
Ackmeth-Khan lui tendit la main en souriant.
— Et sur l’acier de ton cœur, frère, le tigre brisera ses dents, en attendant que l’aigle y brise aussi son double bec. Et quand partiras-tu ?
— Deux heures avant le jour.
— C’est bien, dit Ackmeth-Khan, je te chercherai un guide.
— Il est tout trouvé, dit une voix derrière les deux hommes.
Ackmeth-Khan se retourna et reconnut Nephtali.
— Ah ! c’est toi ? dit-il.
— Oui, j’ai entendu raconter qu’un tigre avait mangé un de tes moutons et tué un de tes noukers, et je venais te dire : « Ami de mon père, je veux te prouver que je suis bon à autre chose qu’arrêter tes voyageurs sur le sentier de la montagne pour leur offrir l’hospitalité. Je viens tuer le tigre. »
— Soit, dit Ammalat ; mais tu viens trop tard.
— Pourquoi cela ? dit le jeune Tchetchène. Nous serons deux au voyage et deux au combat. Le fils de mon père est digne de marcher aux côtés d’un prince, ce prince fût-il le neveu du chamkal Tarkovsky. Demande plutôt au khan Ackmeth.
— Je n’ai besoin de personne pour accomplir mon entreprise, dit fièrement le jeune homme.
— Tu n’as besoin de personne, dit Ackmeth, nul n’en doute ; mais tu n’as pas le droit de refuser le compagnon qui s’offre volontairement à partager un danger avec toi. Mon avis est que tu dois accepter ce que t’offre Nephtali. Faites serment, comme deux braves abrecks, et qu’Allah veille sur vous !
Ammalat tourna les yeux vers Sultanetta. La jeune fille le regardait les mains jointes. Elle savait Nephtali un des hardis et des habiles chasseurs de la montagne, et elle n’était point fâchée de voir à Ammalat un compagnon du courage duquel elle était sûre.
— Soit ! dit Ammalat.
Et il tendit la main au jeune homme.
L’usage des Avares et des Tchetchènes, quand deux hommes s’engagent à courir un même danger ensemble, est qu’ils jurent sur le Coran de ne point s’abandonner l’un l’autre.
Si l’un des deux manque à son serment, on le précipite du haut d’un rocher, le dos tourné à l’abîme, comme il convient à un poltron et à un traître.
Les deux jeunes gens descendirent à la mosquée, et firent le serment des abrecks. Le mollah bénit leurs armes, et ils prirent le chemin de la montagne, au milieu des cris de la foule.
— Tous les deux, ou ni l’un ni l’autre, leur cria le khan Ackmeth.
— Nous rapporterons la peau du tigre, ou nous mourrons, répondirent les deux chasseurs.
Ammalat-Beg n’avait pas dit adieu à Sultanetta ; mais, sur la plus haute tour du palais du khan, la jeune fille se tenait, son mouchoir à la main.
Et elle agita son mouchoir jusqu’à ce que les deux jeunes gens eussent disparu dans la montagne.
Inutile de dire qu’Ammalat-Beg marchait en arrière, et fut le dernier qui perdit de vue le village.
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