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Chapitre 6

Qu’il est beau, le bruyant Terek dans la caverne du Darial ! Là, comme un génie empruntant ses forces aux cieux, il lutte contre la nature. Dans certains endroits, éclatant et rigide comme un glaive qui perce une muraille de granit, il brille entre les rochers ; dans d’autres, sombre et écumeux, il heurte, renversant dans sa course d’énormes pierres qu’il entraîne avec lui. Par les nuits obscures, quand le cavalier attardé passe sur la rampe escarpée qui le domine, en s’enveloppant de sa bourka, toutes les horreurs que peut créer l’imagination la plus fantastique ne seront jamais comparables à la réalité qui l’entoure. Les torrents, grossis par les pluies, roulent sous ses pieds avec un bruit sourd, tombent sur les cimes des rochers qui pendent au-dessus de sa tête, et menacent à chaque instant de l’écraser. Tout à coup, un éclair fend la nue, et avec effroi le voyageur voit seulement le nuage obscur qui l’enveloppe, et, au-dessous de lui, un effroyable précipice. Partout des rochers ; devant lui, derrière lui, à côté de lui, et bondissant de rochers en rochers, le Terek furibond et roulant une écume de feu. Pendant un instant, ses flots, rapides et troublés comme les esprits de l’enfer, tourbillonnent au fond des précipices avec un horrible fracas, et semblent, dans l’abîme, une foule de spectres chassés par le glaive d’un archange. De grandes pierres suivent le cours du fleuve avec un craquement funèbre, et voilà que, ébloui de nouveau par l’éclatant serpent de feu, il se retrouve tout à coup plongé dans l’océan de la nuit ; puis gronde à son tour le tonnerre, ébranlant le rocher avec le bruit que ferait une cascade de montagnes roulant les unes sur les autres. C’est l’écho de la terre qui répond à l’artillerie du ciel, et de nouveau l’éclair, et de nouveau la nuit, puis la foudre, puis encore une fois le heurtement de tout un troupeau de montagnes. Et, comme si toute la chaîne du Caucase, depuis Taman jusqu’à l’Apchéron, secouait ses épaules de granit, une pluie de pierres roule, se précipite, rebondit. Votre cheval, effrayé, s’arrête, recule, plie sur ses jarrets, se cabre. Sa crinière, éparse au vent, vous fouette le visage ; un esprit passe dans l’air, plaintif comme l’âme des morts. Vous frissonnez, la sueur mouille votre front ; votre cœur se fait petit, et, malgré vous, vient à vos lèvres la prière que vous apprit votre mère lorsque vous étiez enfant.

Et cependant, avec quel charme et quelle douceur, le matin, au front rose, au pied bleuâtre, visite la caverne dans laquelle hurle le Terek ! Les nuages, chassés par le vent, montent de la surface de la terre et s’accrochent aux angles des glaçons ; au-dessus d’eux, une bande de lumière dessine la silhouette des montagnes orientales ; les rochers brillent, argentés par les gouttes de pluie, et le Terek, toujours sombre, toujours furieux, toujours écumant, roule sur les pierres, comme s’il cherchait un large lit à qui demander le repos.

Cependant il y a une chose qui manque au Caucase : ce sont des fleuves ou des lacs où puissent se mirer les géants de la création. Le Terek, se tordant au fond des abîmes, semble un ruisseau et tout au plus un torrent ; mais, sous Vladikavkas, en entrant dans la vallée, il chasse les pierres apportées par lui des montagnes, et coule largement et avec liberté, toujours aussi rapide, mais moins bruyant, comme s’il se reposait et reprenait haleine, fatigué de son pénible travail. Enfin, après avoir franchi le cap de la petite Kabardah, il se tourne vers l’orient, comme un musulman pieux, et, en inondant les deux rives toujours en guerre l’une contre l’autre, il se précipite à travers les steppes pour aller se jeter, derrière Kislar, dans la mer Caspienne.

Mais, avant d’en arriver à ce long repos, il a déjà payé son tribut, et, comme un rude travailleur, il a fait mouvoir les énormes roues des moulins. Sur sa rive droite, entre les bois et les montagnes, sont dispersés les Aoubs et les Kabardiens, que nous confondons, en leur donnant le nom général de Tcherkesses, avec les Tchetchènes, placés plus bas qu’eux et plus près de la mer. Ces Aoubs sont soumis, mais seulement en apparence ; en réalité, ce sont des troupes de bandits, qui profitent à la fois de leur amitié avec les Russes et du produit des brigandages montagnards ; ayant leur entrée libre en tous lieux, ils préviennent leurs compatriotes du mouvement des soldats, du chiffre des garnisons, de l’état des forteresses ; ils les cachent dans leurs demeures lorsqu’ils vont en expédition, partagent ou achètent le butin quand ils en reviennent, leur fournissent le sel et la poudre russes, et souvent assistent en personne à leurs expéditions. Le pis de tout cela est que les montagnards ennemis, ayant le même costume que ceux qui ont fait leur soumission, passent le Terek sans obstacle, s’approchent des voyageurs sans être reconnus, attaquent, s’ils sont les plus forts, et, s’ils sont les plus faibles, passent en saluant, la main sur le cœur.

Ainsi font les soumis.

Et, quant à ces derniers, il faut le dire, leur position vis-à-vis de leurs terribles voisins les pousse presque involontairement à cette duplicité. Sachant que, arrêtés par l’obstacle que leur présente le fleuve, les Russes n’auront pas le temps de les venir défendre contre la montagne, ils sont forcés de prêter la main à leurs compatriotes ; mais, en même temps, ils feignent d’être amis des Russes, devant lesquels ils tremblent. Chacun d’eux est disposé, le matin, à se faire le kounack d’un Russe et, le soir, le guide d’un montagnard.

Quant à la rive gauche du Terek, elle est couverte de riches stanitzas appartenant aux Cosaques de la ligne. Entre ces stanitzas s’élèvent de simples villages. Les Cosaques, au reste, ne diffèrent des montagnards que par leur tête non rasée ; mais, en dehors de cela, les armes, les habits, les allures sont les mêmes. C’est une belle chose que de les voir en venir aux mains avec les montagnards. Ce n’est pas, à proprement dire, un combat ; c’est un tournoi où chacun veut montrer la supériorité de la force et du courage. Deux Cosaques chargeront bravement sur quatre cavaliers, et, à nombre égal, ils seront toujours vainqueurs. Tous parlent tatar, tous sont en connaissance avec les montagnards, quelquefois même parents, à cause des femmes qu’ils enlèvent chez eux ; mais, aux champs, ils sont ennemis mortels. Quoiqu’il soit sévèrement défendu aux Cosaques de traverser le Terek, les plus braves cependant passent le fleuve en nageant, soit pour leur plaisir, soit pour leurs affaires. À leur tour, la nuit arrivée, les montagnards en font autant, se couchent dans l’herbe, ramant à travers les buissons, et se dressent tout à coup sur le chemin du voyageur, qu’ils emmènent en captivité et mettent à rançon s’il ne se défend pas, et qu’ils tuent s’il se défend.

Il arrive même que les plus entreprenants passent deux ou trois jours dans les vignes près des villages, en attendant l’occasion de faire un coup. C’est pour cela que le Cosaque de la ligne ne quitte jamais sa maison sans armes, ne fait jamais un pas sans son fidèle poignard, n’ira jamais au champ sans son fusil. Il laboure, sème, cultive et fauche son terrain, toujours armé. Voilà pourquoi les montagnards évitent les stanitzas et se jettent d’habitude sur les simples villages, ou font hardiment des pointes dans l’intérieur des provinces.

En ce cas, le combat est inévitable, et les plus braves cavaliers s’empressent d’y prendre part pour se faire un nom, qu’ils mettent au-dessus de tout, même du butin.

Pendant l’automne de 1819, époque à laquelle se passent les événements que nous racontons, Kabardiens et Tchetchènes, animés par l’absence du général Scrinokoff, s’étaient réunis au nombre de quinze cents hommes pour dévaster quelques villages situés au-delà du Terek, faire des prisonniers, enlever des troupeaux.

Leur chef était le prince kabardien Djemboulat.

Ammalat-Beg, arrivé chez ce dernier avec une lettre d’Ackmeth-Khan, avait été le très bien reçu, et on l’eût fait chef d’une division, s’il y eût eu quelque ordre et quelques troupes régulières parmi ces bandes. Le cheval et la bravoure individuelle désignent à chacun sa place dans le combat. D’abord, on s’inquiète de la façon dont on entamera l’affaire et dont on occupera l’ennemi ; mais ensuite il n’y a plus ni ordre ni soumission, et le combat se termine au hasard.

Après avoir averti les princes, ses voisins, qui devaient avec lui prendre part à l’expédition, Djemboulat indiqua le lieu de réunion, et, à un signal donné, on entendit dans tous les aouls les cris : Guaray ! guaray ! c’est-à-dire « Aux armes ! aux armes ! » et en quelques heures arrivèrent de tous côtés les cavaliers kabardiens et tchetchènes.

Craignant la trahison, personne, excepté le chef, ne savait où l’on passerait la nuit, ni où l’on traverserait la rivière. Se divisant en petites bandes, les montagnards gagnèrent les aouls soumis et y attendirent l’obscurité. Les soumis reçurent leurs compatriotes avec toutes sortes de démonstrations de joie ; mais le défiant Djemboulat ne s’abandonna point à cette apparente fidélité. Il mit des sentinelles partout, annonçant aux habitants que quiconque, sous quelque prétexte que ce fût, essaierait de dépasser la ligne, serait sabré sans miséricorde. La plupart des cavaliers logèrent dans les maisons de leurs parents et de leurs amis ; mais Djemboulat et Ammalat-Beg restèrent aux champs, couchés devant le feu, pendant tout le temps nécessaire pour reposer leurs chevaux.

Djemboulat pensait aux Russes et au combat qu’il allait livrer ; mais Ammalat-Beg était bien loin du champ de bataille : sa pensée prenait les ailes de l’aigle et s’envolait au-dessus des montagnes de l’Avarie, et son cœur, forcé de rester loin de celle qu’il aimait, était brisé par le chagrin. Le son de la balalaïka des montagnes, accompagné d’un chant monotone, fit diversion à sa tristesse ; il écouta malgré lui.

Un Kabardien chantait cette vieille chanson :

Au sommet du Kasbek neigeux,

Bien loin des blés, bien loin des aigles,

Vois les nuages orageux

Monter, semblables à des aigles.

Quels sont, au milieu des brouillards,

Ces cavaliers tout blancs de givre ?

Allah ! ce sont nos montagnards,

Poursuivis, au lieu de poursuivre.

Les Russes sont sur leurs talons.

Amis, plus haut ! amis, plus vite !

Du roc montant les échelons,

La Mort est à votre poursuite.

Elle est encore loin de vous,

La forteresse au vert feuillage

Qui doit vous soustraire à ses coups.

Plus haut ! plus vite ! Amis, courage !

Le sort a trahi la valeur ;

À vos coursiers manque l’haleine,

Rien ne peut vous sauver. Malheur !

Les monts sont vaincus par la plaine.

Mais soudain un pieux mollah

Tombe à genoux, et sa prière

Monte éclatante auprès d’Allah,

À travers la mer de lumière.

Vers les fuyards, Allah permet

Que la forêt, sûre retraite,

Marche à l’ordre de Mahomet.

Louange à Dieu ! Gloire au Prophète !

— Oui, autrefois c’était ainsi, dit Djemboulat avec un sourire : nos pères croyaient à la prière, et Dieu les écoutait ; mais maintenant, ami, le meilleur refuge, c’est notre bravoure ; la plus sûre prière, c’est notre schaska. Écoute, Ammalat, continua-t-il en lissant ses moustaches, je ne te cache pas que l’affaire sera chaude. Le colonel a rassemblé sa division. Mais où est-il ? Combien a-t-il d’hommes ? Voilà ce que je ne sais pas, voilà ce que nul de nous ne sait.

— Tant mieux ! dit Ammalat avec tranquillité, plus il y aura de Russes, plus il sera facile de tirer dessus.

— Oui, mais plus le butin sera difficile à enlever.

— Peu m’importe le butin, à moi qui veux la vengeance et qui cherche la gloire !

— La gloire est bonne lorsqu’elle pond des œufs d’or, Ammalat. Il est honteux de se montrer les mains vides aux yeux de sa femme. L’hiver est proche ; il faut, pour régaler les amis, faire ses provisions aux dépens des Russes. Choisis ta place d’avance, Ammalat : marche à l’avant-garde, ou reste près de moi avec les abrecks.

— Je serai là où sera le danger ; mais quel est le serment de ces abrecks ?

— Chacun a le sien : voici celui des plus braves. Ils jurent de s’exposer pendant un temps plus ou moins long à tous les périls ; de ne point faire grâce à leurs ennemis ; de ne pardonner aucune offense, pas même à un ami, pas même à un frère ; de prendre tout ce qui leur conviendra, partout où la chose qui leur conviendra s’offrira à leurs yeux. Ce serment fait, l’homme qui l’a fait peut tuer, piller, voler, sans être puni. Il accomplit un serment. Ce sont de mauvais amis que les abrecks de cette espèce, mais ce sont de bons ennemis.

— Et, demanda Ammalat-Beg, homme de la plaine à qui la plupart des coutumes montagnardes étaient inconnues, qui peut conduire des cavaliers à faire de pareils serments ?

— Les uns les font par excès de bravoure, les autres par excès de pauvreté, enfin d’autres parce qu’ils sont en proie à des chagrins quelconques. Tiens, par exemple, regarde ce Kabardien qui frotte son fusil rouillé par le brouillard du soir ; eh bien, il s’est fait abreck pour cinq ans, parce que sa maîtresse est morte de la petite vérole. Pendant ces cinq ans, mieux vaut avoir un tigre pour ami que lui pour compagnon. Il a déjà été blessé trois fois, et chaque blessure l’excite au lieu de le calmer.

— Singulier usage ! Et comment un abreck revient-il dans sa famille après une pareille vie ?

— C’est tout simple ; le passé est passé. L’abreck l’oublie, et les voisins n’ont garde de s’en souvenir. Débarrassé de son serment, il devient doux comme un agneau. Mais il fait tout à fait sombre ; le Terek se couvre de brouillard : il est temps.

Djemboulat fit entendre un coup de sifflet, et son sifflement fut à l’instant même répété par toute la ligne du camp. En moins de cinq minutes, tout le monde fut à cheval. Après s’être consultée sur le point le plus avantageux pour passer le Terek, la petite troupe descendit doucement vers la rive du fleuve. Ammalat-Beg admira la tranquillité, non pas même des cavaliers, mais des chevaux. Pas un ne hennit pendant le chemin. Chacun d’eux semblait, en posant le pied, craindre de faire rouler des pierres et de donner l’éveil à l’ennemi. Bientôt ils furent au bord du fleuve. L’eau était basse ; un cap s’allongeait, moitié sable, moitié pierres, vers la rive opposée. Toute la troupe, en employant le double de temps, eût pu passer là presque à pied sec ; mais la moitié des cavaliers remonta le fleuve pour le traverser à la nage et cacher aux Cosaques le principal trajet. Ceux qui étaient sûrs de leurs chevaux sautaient tout droit du bord du fleuve dans l’eau. Les autres attachaient à leurs chevaux des outres de cuir : la rapidité du courant les emportait, mais ils finissaient par gagner la rive et montaient où ils pouvaient. Un brouillard épais semblait étendu pour cacher tous leurs mouvements.

Il faut, avant tout, que le lecteur sache que, sur toute la ligne du Terek – sur la rive gauche du fleuve – existe une ligne appelée ligne sentinelle. Sur chaque monticule est un poste de Cosaques. Lorsque vous passez pendant le jour, vous voyez, sur chaque point élevé, une longue perche avec un tonneau à son extrémité. Ce tonneau est plein de paille et prêt à s’allumer au premier cri d’alarme. À cette perche est constamment attaché un cheval tout sellé, et près de lui, couchée sur la terre, la sentinelle.

La nuit, les factionnaires se doublent.

Mais, méprisant toutes ces précautions, enveloppés de leur bourka, dans l’obscurité, au milieu du brouillard, les montagnards passent à travers les sentinelles comme l’eau à travers le crible.

Cette fois encore, cela se fit ainsi. Des montagnards soumis, et connaissant à merveille les postes cosaques, se mirent à la tête de chaque bande et lui firent traverser la ligne.

Sur un point seulement le sang coula.

Ce fut Djemboulat lui-même qui dirigea le coup.

Arrivé sur l’autre rive du Terek, il ordonna à Ammalat-Beg de gravir la berge, de s’approcher le plus près possible du piquet, de compter combien il y avait d’hommes, et, autant qu’il y aurait d’hommes, de frapper le briquet contre la pierre.

Ammalat-Beg fit un détour et disparut dans la nuit.

Pendant ce temps, Djemboulat rampait comme un serpent sur la pente du monticule.

Le Cosaque sommeillait. Il lui sembla entendre un faible bruit du côté du bord de l’eau, et il regarda avec inquiétude vers la rivière.

Djemboulat n’était plus qu’à trois pas de lui : il se coucha à plat ventre derrière un buisson.

— Maudits canards ! murmura le Cosaque, qui était venu des bords du Don sur ceux du Terek, la nuit même, ils sont en gaieté ; ils volent et s’ébattent dans l’eau comme les fées de Kiev.

En ce moment, Ammalat-Beg, de son côté, était arrivé à un point d’où il dominait le tertre.

Il y avait deux Cosaques : l’un dormait couché dans sa bourka, l’autre était censé veiller.

Ammalat-Beg frappa deux fois du briquet contre la pierre.

Le bruit et les étincelles attirèrent l’attention du Cosaque.

— Oh ! oh ! dit-il, qu’est-ce que cela ? Des loups peut-être : leurs mâchoires claquent et leurs yeux brillent.

Et il se tourna pour mieux voir.

En ce moment, il crut reconnaître la forme d’un homme dans les ténèbres.

Il ouvrit la bouche pour crier : « Aux armes ! » mais le cri s’arrêta sur ses lèvres, le kandjar de Djemboulat s’était plongé jusqu’à la garde dans sa poitrine.

Il tomba sans pousser une plainte.

L’autre Cosaque ne s’éveilla même pas, et passa, sans s’en douter, du sommeil à la mort.

La perche fut arrachée et jetée, avec le tonneau, dans le fleuve.

Ce fut une trouée par laquelle le plus gros de la troupe passa et se jeta sur la campagne.

L’invasion fut complète et réussit entièrement. Tous les paysans qui tentèrent de résister furent tués à l’instant même. Les autres se cachèrent ou s’enfuirent. On fit grand nombre de prisonniers et de prisonnières.

Les Kabardiens s’introduisaient dans les maisons, prenaient tout ce qu’ils trouvaient, emportant tout ce qui était transportable, mais ne brûlant pas les villages, ne dévastant pas les champs, ne ruinant pas les vignes.

— Pourquoi toucher aux dons de Dieu et au travail de l’homme ? disaient-ils. Faire ainsi, c’est faire œuvre de brigands et non de nobles montagnards.

En une heure, tout fut fini pour les habitants dans un rayon de trois lieues.

Mais tout n’était pas fini pour les pillards.

Le cri aux armes avait retenti sur toute la ligne : un berger avait donné l’alarme.

Il avait été tué, mais trop tard.

Un grand cercle avait été formé autour des chevaux libres répandus dans la steppe, et ceux qui le formaient avaient réuni tout le troupeau.

En tête du troupeau se plaça un cavalier tchetchène sur un excellent cheval qu’il lança au galop.

Tous les chevaux hennirent, relevèrent la queue, secouèrent leur crinière au vent et partirent à la suite du Tchetchène. Celui-ci dirigea toute la bande vers le Terek, passa entre deux postes et sauta dans le fleuve avec son cheval.

Tous les autres chevaux sautèrent derrière lui.

On les vit passer comme des ombres, on entendit le bruit qu’ils firent en sautant à l’eau, mais voilà tout !

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