‹ Textes de jeunesse Tome IChapitre 10 sur 71 · Chapitre 9

Chapitre 9

Le lendemain elle fut réveillée par la voix d’Ernesto qui se disputait avec Isabellada.
Elle se mit à les écouter.
— Pourquoi me l’avez-vous pris ? N’était-ce pas à moi ? Je veux la ravoir.

Marguerite s’habilla à la hâte, se cacha derrière la voiture aux animaux, et les regarda sans rien dire.

Elle avait déjà bien d’autres motifs pour haïr cette femme sans que celui-ci vînt s’y joindre encore, elle ne put supporter plus longtemps cette vue, elle sauta en un seul bond sur elle, lui arracha la couchette.

— Encore, toujours toi Isabellada. Elle prononça ce mot de la manière la plus dure qu’il lui était possible car son harmonie lui déplaisait.

— N’est-ce point assez, continua-t-elle avec verve et chaleur, n’est-ce point assez que tu viennes chez nous t’y établir, y dominer, y faire la souveraine, que tu prennes mon mari, que tu me l’enlèves tous les jours de ma couche pour le porter dans la tienne, n’est-ce pas assez, fille de Satan, de nous insulter en public par ta beauté que tu prostitues à l’admiration du premier venu, dis, réponds, n’est-ce pas assez, l’infamie et l’outrage ne sont-ils pas portés assez haut sans que tu viennes encore arracher les linges qui cachent le sang de nos plaies ? – Il retomberait sur toi, le sang, prends-y garde.

Ah ah, les belles filles, les jolies à qui tout le monde jette des fleurs, des louanges, de l’argent, vous nous donnez en échange le mépris, la honte et la misère.

Tiens Pedrillo, regarde si je n’ai pas raison.

— Qu’y a-t-il Isabellada ?

— Marguerite qu’as-tu à dire ?

— Elle ment Pedrillo, ne l’écoute pas.

— C’est toi Marguerite, et il la repoussa durement dans la tente.

Là elle s’arracha les cheveux, déchira ses habits, se roula par terre, se mit le visage en sang.

Elle se releva.

Il faut donc boire l’amertume jusqu’à la lie, eh bien oui encore, encore, – Isabellada, danse mieux s’il est possible, Pedrillo aime-la plus encore et moi je vous haïrai davantage.

Tout à coup, elle se jeta aux genoux de Pedrillo qui entrait dans la tente au même moment.

— Que viens-tu faire ici ?

— Prendre de l’argent.

— Pour qui ?

— Pour elle.

— Ah oui, elle, elle, toujours. Ah Pedrillo, tu l’aimes donc bien ?

— Oui.

— Grâce, oh ne m’accable plus de sa présence, de son nom, de sa beauté. Je t’en prie aime-moi. Que te faut-il pour te plaire ? Mais je t’en prie ne me parle plus.

Cette femme, le visage ensanglanté, les habits déchirés, pleurant, se tordant de rage à ses pieds, l’attendrit un moment.

— Que veux-(tu) ma Marguerite ?

— Pedrillo laisse pour maintenant, mais un jour quand elle,tu m’entends, Elle,quand elle m’aurait tuée par ses insultes, tu sais comme le lion de Numidie, rugit bien dans sa cage, tu sais avec quelle volupté il dévore la viande qu’on lui donne le soir. Eh bien, un jour je te demanderai, le même honneur.

— Qu’as-tu voyons, Marguerite, reviens à toi.

— Ce que j’ai. Je suis jalouse, ah tu ne l’as jamais été toi. Ce que j’ai, je suis folle peut-être, je n’en sais rien. Mais je la hais et je t’aime.

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