Chapitre 7
Après le déjeuner, la promenade, car le soleil perçant les nuages commençait à se montrer. –
Les dames voulurent se promener en barque. La fraîcheur de l’eau les délasserait de leurs fatigues de la nuit. –
La société se divisa en trois bandes. Dans la même étaient Paul, Djalioh et Adèle. Elle avait l’air fatigué et le teint pâle. Sa robe était de mousseline bleue avec des fleurs blanches. Elle était plus belle que jamais.
Adèle accompagna son époux, par sentiment des convenances.
Djalioh ne comprit pas cela. Autant son âme embrassait tout ce qui était de sympathie et d’amour, autant son esprit résistait à tout ce que nous appelons : – délicatesse, usage, honneur, pudeur et convenance. Il se mit sur le devant et rama.
Au milieu de l’étang était une petite île formée à dessein pour servir de refuge aux cygnes, elle était plantée de rosiers dont les branches pliées se miraient dans l’eau en y laissant quelques fleurs fanées. La jeune femme émietta un morceau de pain, puis le jeta sur l’eau et aussitôt les cygnes accoururent, allongeant leur cou pour saisir les miettes qui couraient emportées par la rivière.
Chaque fois qu’elle se penchait et que la main blanche s’allongeait, Djalioh sentait son haleine passer dans ses cheveux et ses joues effleurer sa tête, – qui était brûlante.
L’eau du lac était limpide et calme mais la tempête était dans son coeur, plusieurs fois il crut devenir fou – et il portait les mains à son front, comme un homme en délire ou qui croit rêver.
Il ramait vite et cependant la barque avançait moins que les autres tant ses mouvements étaient saccadés et convulsifs. De temps en temps son oeil terne et gris se tournait lentement sur Adèle et se reportait sur (Paul). Il paraissait calme, – mais comme le calme de la cendre qui couvre un brasier et puis l’on (n’)entendait que la rame qui tombait dans l’eau, l’eau qui clapotait lentement sur les flancs de la nacelle et quelques mots échangés entre les époux – et puis ils se regardaient en souriant – et les cygnes couraient en nageant sur l’étang. – Le vent faisait tomber quelques feuilles sur les promeneurs et le soleil brillait au loin sur les vertes prairies où serpentait la rivière, et la barque glissait entre tout cela rapide et silencieuse.
Djalioh, une fois, se ralentit, porta sa main à ses yeux et (la) retira quelques instants après toute chaude et toute humide. Il reprit ses rames et les pleurs qui coulaient sur ses mains se perdirent dans le ruisseau. M. Paul, voyant qu’il était éloigné de la compagnie, prit la main d’Adèle et déposa sur son gant satiné un long baiser de bonheur qui retentit aux oreilles de Djalioh.
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