‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 11 sur 50 · Scène II.

Scène II.

CLARA, puis FADINARD.

Clara, seule.

Mes ouvrières sont à l’ouvrage… tout va bien… C’est une bonne idée que j’ai eue de m’établir… Il n’y a que quatre mois, et déjà les pratiques arrivent… Ah ! c’est que je ne suis pas une modiste comme les autres, moi !… Je suis sage, je n’ai pas d’amoureux… pour le moment. (On entend un bruit de voitures.) Qu’est-ce que c’est que cela ?

Fadinard, entrant vivement.

Madame, il me faut un chapeau de paille, vite, tout de suite, dépêchez-vous !

Clara.

Un chapeau de… ? (Apercevant Fadinard.) Ah ! mon Dieu.

Fadinard, à part.

Bigre ! Clara… une ancienne !… et ma noce qui est à la porte ! (Haut, tout en se dirigeant vers la porte.) Vous n’en tenez pas ?… très bien… je reviendrai…

Clara, l’arrêtant.

Ah ! vous voilà… et d’où venez-vous ?

Fadinard.

Chut !… pas de bruit… je vous expliquerai ça… j’arrive de Saumur.

Clara.

Depuis six mois ?

Fadinard.

Oui… j’ai manqué la diligence… (À part.) Fichue rencontre !

Clara.

Ah ! vous êtes gentil !… C’est comme ça que vous vous conduisez avec les femmes !

Fadinard.

Chut ! pas de bruit !… J’ai quelques légers torts, j’en conviens…

Clara.

Comment, quelques légers torts ?… Monsieur me dit : « Je vais te conduire au Château des Fleurs… » nous partons… en route, la pluie nous surprend… et, au lieu de m’offrir un fiacre, vous m’offrez… quoi ?… le passage des Panoramas.

Fadinard, à part.

C’est vrai… j’ai été assez canaille pour ça.

Clara.

Une fois là, vous me dites : « Attends-moi, je vais chercher un parapluie… » J’attends, et vous revenez… au bout de six mois… sans parapluie !

Fadinard.

Oh ! Clara… tu exagères ! d’abord, il n’y a que cinq mois et demi… quant au parapluie, c’est un oubli… je vais le chercher…

Fausse sortie.

Clara.

Du tout, du tout… il me faut une explication !

Fadinard, à part.

Sapristi ! et ma noce qui drogue à l’heure… dans huit fiacres… (Haut.) Clara, ma petite Clara… tu sais si je t’aime.

Il l’embrasse.

Clara.

Quand je pense que cet être-là avait promis de m’épouser !…

Fadinard, à part.

Comme ça se trouve ! (Haut.) Mais je te le promets toujours…

Clara.

Oh ! d’abord, si vous en épousiez une autre… je ferais un éclat.

Fadinard.

Oh ! Oh ! qu’elle est bête !… moi, épouser une autre femme !… mais la preuve, c’est que je te donne ma pratique… (Changeant de ton.) Ah !… j’ai besoin d’un chapeau de paille d’Italie… tout de suite… avec des coquelicots.

Clara.

Oui, c’est ça… pour une autre femme !

Fadinard.

Oh ! oh ! qu’elle est bête !… un chapeau de paille pour… non, c’est pour un capitaine de dragons… qui veut faire des traits à son colonel.

Clara.

Hum ! ce n’est pas bien sûr !… mais je vous pardonne… à une condition.

Fadinard.

Je l’accepte… dépêchons-nous !

Clara.

C’est que vous dînerez avec moi.

Fadinard.

Parbleu !

Clara.

Et vous me conduirez ce soir à l’Ambigu.

Fadinard.

Ah ! c’est une bonne idée !… voilà une bonne idée !… J’ai justement ma soirée libre… Je me disais comme ça : « Mon Dieu ! qu’est-ce que je vais donc faire de ma soirée ?… » Voyons les chapeaux !

Clara.

C’est ici mon salon… venez dans mon magasin et ne faites pas l’œil à mes ouvrières.

Page 1