Scène III.
FADINARD, NONANCOURT, puis HÉLÈNE, BOBIN, VÉZINET et Gens de la noce des deux sexes.
Nonancourt, entrant et tenant un pot de myrte.
Mon gendre !… tout est rompu !
Fadinard, à part.
Pristi ! le beau-père !
Nonancourt.
Où est monsieur le maire ?
Fadinard.
Tout à l’heure… je le cherche… attendez-moi…
CHŒUR.
AIR : Ne tardons pas. (Mariée de Poissy.)
Parents, amis,
En ce beau jour réunis,
À la mairie
Entrons en cérémonie.
C’est en ces lieux
Que deux cœurs bien amoureux
Vont, des époux,
Prononcer les serments si doux !
Nonancourt.
Enfin, nous voilà à la mairie !… Mes enfants, je vous recommande de ne pas faire de bêtises… gardez vos gants, ceux qui en ont… quant à moi… (Secouant son pied. À part.) Cristi ! il est embêtant, ce myrte !… si j’avais su, je l’aurais laissé dans le fiacre ! (Haut.) Je suis très ému… et toi, ma fille ?
Hélène.
Papa, ça me pique toujours dans le dos.
Nonancourt.
Marche, ça la fera descendre.
Hélène remonte.
Bobin.
Père Nonancourt, déposez votre myrte.
Nonancourt.
Non ! je ne m’en séparerai qu’avec ma fille. (À Hélène avec attendrissement.) Hélène !…
AIR de la romance de l’Amandier.
Le jour même qui te vit naître
J’empotai ce frêle arbrisseau ;
Je le plaçai sur la fenêtre,
Il grandit près de ton berceau,
Il poussa près de ton berceau.
Et, lorsque ta mère nourrice
Te donnait à téter le soir… (Bis)
Je lui rendais le même office
Au moyen de mon arrosoir.
Oui, je fus sa mère nourrice
Au moyen de mon arrosoir.
(S’interrompant et secouant son pied.) Cristi ! (Remettant le myrte à Bobin.) Tiens ! prends ça… j’ai une crampe !
Vézinet.
C’est très gentil ici… (Montrant le comptoir.) Voilà le prétoire… (Montrant le livre.) Le registre de l’état civil… nous allons tous signer là-dessus.
Bobin.
Ceux qui ne savent pas ?
Nonancourt.
Yferont une croix. (Apercevant la tête en carton.) Tiens ! tiens ! un buste de femme !… ah ! il n’est pas ressemblant !
Bobin.
Non… celui de Charentonneau est mieux que ça.
Hélène.
Papa, qu’est-ce qu’on va me faire ?
Nonancourt.
Rien, ma fille… tu n’auras qu’à dire : Oui, en baissant les yeux… et tout sera fini.
Bobin.
Tout sera fini !… ah !… (Passant le myrte à Vézinet.) Prends ça, j’ai envie de pleurer…
Vézinet, qui s’apprêtait à se moucher.
Avec plaisir… (À part.) Diable ! c’est que, moi, j’ai envie de me moucher. (Remettant le myrte à Nonancourt.) Tenez, père Nonancourt.
Nonancourt.
Merci ! (À part.) Si j’avais su, je l’aurais laissé dans le fiacre.