Chapitre 2
Ne vous est-il jamais arrivé dans vos promenades champêtres de vous reposer sous le toit de paille d’une de ces petites huttes que vous rencontrez de distance en distance et que vous voyez isolées des autres, entourées de vieux sapins dépouillés de verdure et portant aux cieux leur cime penchée. Entrez donc, voyageurs indifférents ; c’est la cabane du fils de la charrue…
Garde le silence, n’aboie plus, ô fidèle gardien du bercail ; le loup ne dévorera plus tes brebis, car nous avons entendu ta voix jusque dans les montagnes… Nous sommes de pauvres pèlerins ; nous voulons saluer le fils de nos premiers pères et ses petits-enfants…
Ô riches orgueilleux des villes superbes ! dites-moi si, sous vos lambris dorés, vous goûtez le bonheur paisible du bon paysan. Dites-moi si, dans le tumulte de la foule des envieux, vous respirez comme lui l’air pur et embaumé des fleurs. Vous éveillez-vous comme lui au son de la cloche du matin, avec les chants joyeux de l’oiseau ? Entrez donc, voyageurs insensibles, abandonnez pour un instant ces souvenirs, ces pensées de grandeur et d’orgueil ; et vous qui aimez la simplicité, venez la voir dans toute sa pureté…
Un jour au coucher du soleil, je marchais sur le rivage, mesurant mes pas sur le roulement monotone des flots. Je vis dans une large plaine une de ces modestes chaumières ! je sentis battre mon cœur de plaisir. Ce fut une sensation que je ne saurais expliquer.
Sur le seuil un vieillard décrépit balançait sur ses genoux chancelants un petit enfant qui caressait sa longue barbe blanche. À côté du vieillard était une jeune fille, dans la fleur de l’âge, rayonnante de santé et de joie. Ce rapprochement des trois âges de la vie, là au pied d’une chétive cabane qui menaçait de s’écrouler sous le poids des temps, était imposant. Triste sublimité ! Je regardais le petit enfant et puis le vieillard qui tremblait et je me disais : Mon Dieu, est-ce donc là tout le pèlerinage de l’homme ! Et puis, quand je regardais la jeune fille au front si pur et si calme, au sourire si joyeux et si candide ; quand je considérais ce vif incarnat de l’innocence et de la vigueur répandu sur ses traits, je me disais : Cette jeune fille sera pourtant comme ce pauvre vieillard un jour ; mais ce jour doit être bien loin au moins !
Le vieillard, lui, regardait le petit enfant et la jeune fille en versant des larmes. En eux se concentraient tous ses souvenirs ! Oh ! il pourrait bien me dire, lui, quel est la durée du jour que l’homme passe depuis sa naissance jusqu’au tombeau ! Comme ses paroles sont sinistres pour le jeune homme ! « Pauvre petit, disait-il, au jour de ta naissance le pauvre vieillard pleura sur ton berceau ; car lorsque la cloche du hameau proclama ton existence, le pauvre vieillard se rappela qu’un jour passé une famille joyeuse aimait à répéter son nom comme le tien !…….
« Pauvre petit, un jour à venir tu endormiras comme moi sur ton sein le fils de ton fils, ici dans cette vieille chaumière où j’ai été bercé moi-même ; cette chaumière est le plus beaux de mes souvenirs !…. »
Ô ! entrez donc, passants, dans la chaumière, si vous aimez les scènes attendrissantes………..
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