‹ Un épisode de la vie d'un faux dévotChapitre 20 sur 24 · Chapitre 3

Chapitre 3

Aimez-vous, comme ce pauvre vieillard, à vous entretenir de souvenirs ? Le souvenir, c’est la mélancolie, car le souvenir est toujours douloureux, soit qu’il vous rappelle un malheur ou un plaisir.

Quand je suis à la campagne, je ne m’occupe que de souvenirs. Ô souvenir ! quelle puissance n’as-tu pas sur mon cœur !… L’arbre touffu me rappelle un bocage odoriférant où j’ai passé mon enfance. Comme l’ombre y était douce ! comme le repos y était bienfaisant ! Oh ! je m’en souviens ! C’est là que j’ai eu mes premiers plaisirs ; c’est là que j’ai connu mes premiers amis !…

Vous êtes sur le bord d’une petite rivière : vous aimez tendrement. Vous voyez passer une nacelle à la coupe fine et élégante, aux voiles blanches comme la neige. Vous dites : Oh ! cette nacelle ressemble à celle où j’ai vogué aux côtés de celle que j’aime. Dieu ! comme les eaux étaient calmes, comme les zéphyrs étaient badins !...Et votre cœur bat doucement !…

Le souvenir dans la solitude : c’est là où il règne, comme la pensée, sans obstacle.

Vous êtes dans une épaisse forêt : il y a un silence parfait. Pour peu que vous ayez l’imagination féconde, ne vous rappelez-vous pas toute l’histoire de votre vie ? Votre imagination ne vous retrace-t-elle pas tous les lieux que vous avez visités, les plaisirs, les délices que vous avez goûtés, les beautés, les merveilles que vous avez vues, les douleurs, les peines que vous avez éprouvées ?

Écoutez, par exemple, le pauvre exilé qui chante, le front appuyé sur un rocher solitaire, ses adieux à sa patrie. C’est le souvenir qui parle :

« Adieu, campagne, séjour de mon enfance !

« Adieu, beaux arbres qui m’avez vu naître, montagnes que j’ai tant de fois gravies, forêts que j’ai si souvent traversées !

« Je n’irai plus à l’ombre du hêtre verdoyant me soustraire aux rayons d’un soleil brûlant, entendre le gazouillement des oiseaux !

« Petits oiseaux, que chantez-vous ?

« Comme moi, vous chantez douloureusement votre pèlerinage ; comme moi, vous passez sur une terre étrangère. Petits oiseaux, adieu !

« Ô Saint-Laurent ! je n’irai plus sur tes rives entendre le roulement de tes ondes ; aux jours de tempête le mugissement de tes vagues ne m’endormira plus !

« Et cette cloche qui appelle en ce moment le laboureur à sa table, cette cloche ne m’éveillera plus ! »………..

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Ô campagne, pays des souvenirs, combien l’âme sensible se plaît dans tes bosquets silencieux ! l’âme qui aime à méditer, qui se plaît dans ces rêves dorés que tu prêtes à l’imagination !… Ô campagne, patrie du poète, c’est dans ton sein qu’il nourrit sa muse, car le poète ne vit que de souvenirs et d’espérance ; c’est le souvenir qu’il redit, c’est l’espérance qu’il invoque dans ses chants !……………

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