Chapitre 4
Aimez-vous quelquefois les pensées sombres ?
Oh ! il me souvient d’un jour d’automne que je passai à la campagne !
Vous avez entendu quelquefois de ces immenses montagnes toutes couvertes de noires forêts et qui baignent dans une mer bouillonnante ; vous avez entendu ces sourds mugissements des vents à travers les arbres et qui semblent être les derniers du tigre mourant.
C’était un jour de la Toussaint. Le soleil s’était caché derrière de gros nuages grisâtres qui roulaient rapidement dans les airs ; la nature s’était couverte d’un voile de deuil. Je suivais la rive du fleuve, ayant d’un côté des montagnes qui se perdaient dans les nues, de l’autre une mer orageuse toujours prête à m’engloutir. J’entendais le tintement de la cloche qui appelait les hommes sur le bord des tombes, et toujours ce vague mugissement des orages, le craquement des arbres qui pliaient, résistaient et finissaient par rouler avec fracas sur la pente des montagnes.
Je me rendis au champ des morts !…
Quand je voyais tous les hommes s’incliner le front dans la poussière, devant la croix rongée des tombeaux ; quand j’entendais le pasteur prier pour les âmes de mes ancêtres ; quand je voyais le vieillard se pencher sur la terre qui devait bientôt l’ensevelir dans son sein, la jeune fille pleurer sur l’urne qui lui avait dérobé ses plus tendres espérances, le jeune homme embrasser le marbre froid qui lui retraçait ses plus beaux souvenirs, hélas ! mon cœur était sous l’influence de ces impressions sombres et terribles qui bouleversent et accablent.
Triste fatalité ! aujourd’hui je pleure l’homme qui n’est plus, et demain l’homme qui vit me pleurera à son tour !…
Et puis le jour de deuil passait ! Le glas de la mort cessait ; tout était fini, jusqu’au dernier souvenir de l’homme…
La foule cessait de fouler la cendre des morts ; j’entendais le roulement des portes du cimetière qui se refermaient ; je croyais voir les mânes qui se renfermaient dans leurs tombes, et puis le ver du tombeau qui continuait en silence sa tâche sur le cadavre !……………………………………………………..
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