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Chapitre 12

C’était la première fois que Pascal se trouvait aux prises avec la loi, et l’assignation de Midoucet ne l’avait pas bien vivement effrayé : à ses yeux, le rôle de la loi, dans la mécanique sociale, était de protéger les honnêtes gens et de retenir ou de punir les coupables. Il était l’honnête homme, Midoucet et ses associés étaient les coupables ; l’action de la loi était simple et d’avance tracée : il n’avait qu’à s’en rapporter à elle.

Chez un homme qui a passé son temps à étudier la physique et la chimie, un pareil raisonnement est assez naturel ; chez un homme qui a passé sa vie dans la chicane, il serait trop naïf ; or Hastron ne péchait pas par un excès de simplicité ou de naïveté.

— Vous me faites l’effet, dit-il à Pascal, d’un homme qui, sous le prétexte que le bon Dieu est parfait, s’en remet au bon Dieu du soin de le protéger et de l’aider ; c’est un système quelquefois commode, mais, dans notre espèce, il ne vaudrait rien, car nous avons contre nous d’habiles adversaires.

— Je vois l’impudence, je ne vois pas l’habileté.

— Comment allez-vous vendre vos brevets à l’étranger, maintenant qu’ils sont sous le coup d’une action en nullité ? Personne ne sera assez fou pour vous les acheter avant que cette action ne soit terminée. Et nos saisies chez nos adversaires ! Croyez-vous que nous n’allons pas être gênés ? La plainte en nullité portée, ils sont désormais tranquilles pendant un temps qui peut être très long, et pendant ce temps ils peuvent à leur aise fabriquer des produits qu’ils prétendent être du domaine public. Dans tous les cas, vous voilà des procès sur les bras pour quatre ou cinq ans, peut-être pour dix ans, peut-être même pour toute la durée de vos brevets. Si j’étais encore avoué, je ne voudrais pour clients que des propriétaires de brevets d’invention ; il n’y a pas de meilleures vaches à lait ; procès ici, procès là, procès avec celui-ci, procès avec celui-là, procès toujours et contre tous. Quand le breveté est un homme pacifique, n’aimant pas la chicane, s’il n’attaque pas, il faut qu’il se défende. Nous défendons-nous ?

— Assurément.

— Vous savez que la lutte sera longue et acharnée ; aurez-vous les reins assez forts pour la soutenir jusqu’au bout, car il arrivera ce qui arrive dans toutes les luttes, c’est que le gagnant sera celui qui aura encore un peu de souffle quand tous ses concurrents n’en auront plus. Jusqu’où pourrez-vous aller ?

— Seul, je n’irais assurément pas loin, le fond, ou plus justement, les fonds me manqueraient bientôt, mais avec M. Charlard…

En entendant prononcer ce nom, Hastron fit un geste qui frappa Pascal.

— Croyez-vous donc qu’il veuille m’abandonner ? dit-il avec inquiétude.

— Êtes-vous sûr de lui ?

— Comment, sûr ?

— Charlard est mon ami, et vous, vous êtes mon client, je vous dois mes conseils et toute la vérité. À mon sens, Charlard est engagé dans trop d’affaires pour persister dans celles qui ne vont pas bien ; il lui faut des résultats immédiats, il ne peut pas attendre.

Il ne convenait pas à Pascal de parler de l’engagement intime pris par le banquier, engagement qui, personnellement, le rassurait tout à fait ; il s’en tint donc aux termes de son acte.

— C’est bien ; alors défendons-nous !

C’était par excès de conscience que Hastron avait tenu ce langage prudent, car pour lui il ne demandait qu’à engager la lutte et à la rendre aussi active, aussi vive que possible. Il aimait la procédure pour elle-même, d’un amour indépendant de toute pensée de gain ou de spéculation, et aussitôt qu’on lui parlait d’une affaire, il était pris de cet enthousiasme qui s’empare d’un général en chef à la veille d’une grande bataille, d’un chirurgien au moment d’une opération importante ; on allait donc pouvoir s’amuser un peu : la bataille coûte la vie à dix mille soldats, l’opération chirurgicale tue le patient, le procès ruine et désole trois on quatre honnêtes familles : c’est un malheur, une fatalité qui ne doit pas arrêter un homme véritablement épris de son métier.

Il fut donc convenu que non seulement Pascal se défendrait vigoureusement, mais encore qu’il attaquerait lui-même ses adversaires.

Les brevets pris par Cerrulas avaient un double objet ; l’un s’appliquait à la fabrication du nouveau noir décolorant destiné à remplacer le charbon animal, l’autre à sa revivification.

Lorsque dans la fabrication ou le raffinage du sucre on a fait traverser une couche de noir animal par une certaine quantité de sirop coloré, les propriétés décolorantes de ce noir animal s’épuisent, et bientôt il devient inerte. Il faut alors ou le jeter, ou lui rendre ses propriétés décolorantes de telle sorte qu’il puisse servir plusieurs fois. Pour cela on le lave, on le met en tas pour le faire fermenter et on le recuit dans des fours, ou bien on le met en contact avec de la vapeur surchauffée ; un grand nombre d’appareils ont été inventés pour obtenir ces divers résultats, mais tous ont l’inconvénient d’exiger des frais assez considérables de main-d’œuvre et de combustible. De plus, il arrive souvent que le charbon animal revivifié par ces appareils est moins décolorant que le charbon qui n’a jamais servi, de sorte que, pour lui rendre toutes ses qualités premières de porosité, il faut le faire passer dans des espèces de moulins.

Le noir Cerrulas, comme le noir animal, perdait ses propriétés décolorantes par l’usage ; mais, comme le noir animal, il possédait aussi l’avantage de pouvoir être revivifié.

Lorsque Cerrulas avait étudié les procédés de revivification qu’on emploie dans les raffineries, il avait été frappé des inconvénients que présentent ces procédés longs et coûteux, et il avait cherché un moyen de les perfectionner.

Ce moyen il l’avait trouvé dans un nouveau système de lavage des charbons ayant déjà servi ; dans l’eau qui devait être employée à ce lavage il introduisait de l’acide sulfurique, de l’acide chlorhydrique, de l’alun et quelques autres substances qui, en détruisant les ferments et en éliminant le carbonate de chaux, rendaient la fermentation inutile et aussi, après la revivification, le traitement par les meules. Ce procédé inventé pour son noir était parfaitement applicable au noir animal ; et pour les deux, par la diminution de la main-d’œuvre, il apportait une économie considérable dans la revivification.

Obligé malgré lui de faire la guerre, Pascal devait se servir de toutes les armes que les brevets mettaient dans ses mains, et, puisqu’il y avait coalition, agir contre tous ceux qui formaient cette coalition.

Une requête fut donc présentée par Hastron au président du tribunal, et il fut répondu par une ordonnance autorisant Pascal à faire procéder par un huissier à la description et à la désignation des objets prétendus contrefaits, un expert fut nommé pour assister l’huissier dans sa description.

Par délicatesse, Pascal avait évité de parler à son père des difficultés qui lui survenaient ; il ne lui convenait point de dire : « L’affaire que vous m’avez donnée n’est point telle que vous l’annonciez » ; c’eût été, pour lui, manquer à la justice, à la reconnaissance.

Mais le hasard voulut que Cerrulas se trouvât précisément dans le bureau de la fabrique au moment même où arrivèrent le commissaire de police, l’expert et l’huissier qui avaient été convoqués pour commencer les saisies.

— Une saisie ! s’écria Cerrulas, des procès ! Mon cher Pascal, fais tes excuses à ces messieurs et prie-les de retourner chez eux. Ne prends pas cette voie, la ruine et la désolation sont au bout. Crois l’expérience d’un homme qui a passé par des angoisses qu’il voudrait t’éviter. Moi aussi j’ai cru à l’efficacité des procès ; pendant vingt ans j’ai demandé aux tribunaux de me faire justice quand je me croyais lésé, et j’ai tant de fois gravi le grand escalier du Palais, qu’il y a des marches où l’empreinte de mon pied est creusée. À quoi cela m’a-t-il servi ! Je n’ai gagné qu’une chose : la guérison des procès.

— On a voulu assassiner votre fils, interrompit Hastron, qui, en sa qualité d’homme d’affaires, regardait Cerrulas comme une espèce de fou ; on a voulu incendier sa fabrique, aujourd’hui on demande la nullité de nos brevets, ne faut-il pas qu’il se défende ?

— Qu’il se défende, passe encore, bien que dans de pareilles circonstances il soit plus sage de se sauver, mais qu’il n’attaque pas. On demande la nullité de ses brevets, c’est une tactique de concurrents déloyaux ; qu’il laisse aux tribunaux le soin de prononcer. Je t’ai donné cette affaire, mon cher Pascal, parce que je la croyais bonne ; mais, si bonne que je la croie encore, mon avis est qu’il vaut mieux l’abandonner tout de suite que d’entreprendre la lutte qu’on te conseille. Laisse là ta fabrique, viens avec moi ; nous travaillerons, nous trouverons ensemble.

— Pardon, interrompit Hastron, mais M. Pascal n’est pas seul, il a un associé, et c’est au nom des intérêts de cet associé que je parle et que j’agis.

Cerrulas salua d’un brusque mouvement de tête les trois hommes de loi, puis, prenant la main de son fils :

— Mon pauvre enfant ! dit-il.

Et il sortit.

C’était à Saint-Denis que devait se faire la première saisie ; on monta en voiture et l’on partit. Bien que Pascal tâchât de se persuader qu’il y avait de l’exagération dans les craintes de son père, il se sentait malgré lui ému et troublé. L’huissier et le commissaire de police avaient l’habitude de ce genre d’opérations ; c’étaient des vétérans qui connaissaient toutes les roueries de la contrefaçon, et ils se racontaient des histoires peu faites pour rassurer Pascal. Pendant un mois l’huissier s’étaient embusqué sur les glacis des fortifications pour surprendre des fabricants de caoutchouc qui venaient là opérer en plein air et vulcaniser leurs produits par des procédés de contrefaçon ; il avait ainsi fait tout le tour de Paris. Le commissaire avait poursuivi des contrefacteurs jusque dans les carrières de Montrouge.

Le raffineur de Saint-Denis ne se cachait pas pour employer les procédés de Cerrulas ; au premier mot du commissaire, il répondit loyalement qu’il était contrefacteur ; puis, s’adressant à Pascal :

— Les procès-verbaux sont inutiles, dit-il, j’accepte pour le passé les dommages-intérêts que vous m’imposez, et pour l’avenir je suis prêt à discuter un arrangement. Je ne peux pas me passer de vos procédés, je vous le dis franchement ; je suis contrefacteur aujourd’hui, et demain je serai encore contrefacteur si vos exigences sont injustes. Pour 100 000 kilogrammes de sucre qu’on traite par jour chez moi, il me faut 50 000 kilogrammes de noir revivifié ; vos procédés me donnent une économie de 2 francs par 1 000 kilogrammes ; c’est donc 100 francs que je gagne par jour à les employer. Combien me demandez-vous ? Depuis deux ans que je m’en sers, c’est-à-dire depuis que votre brevet est connu, ils m’ont donné 73 000 francs ; combien estimez-vous que valent pour vous ces 73 000 francs, et combien exigez-vous pour l’avenir ?

Pascal buvait ces paroles comme la plus douce des liqueurs, c’était là un honnête homme ; l’humanité n’était pas décidément si noire qu’on voulait la faire. Il avait presque envie de sauter au cou de ce digne commerçant et de lui dire : « Pour le passé comme pour l’avenir je ne vous demande rien, soyons amis. »

Si honnête que soit un commerçant, il est toujours commerçant.

— À propos, dit le raffineur, en reconduisant les visiteurs, vous savez que je ne suis pas le seul à me servir de vos procédés ; si je paie, faites payer les autres, ou bien alors la concurrence n’est plus possible.

— Oui, mais quels sont les autres ?

— Ah ! voilà, ce n’est pas à moi de vous le dire. Il est vrai qu’il y a un moyen bien simple de les trouver.

— Quel moyen ?

— Ma conscience me défend de vous le donner ; vous devez comprendre cela.

Pascal le comprenait si bien, qu’il empêcha Hastron d’insister ; l’intérêt devait céder devant les convenances.

Le raffineur voulut les conduire jusqu’à leur voiture.

— Vous savez, dit-il en refermant la portière, que si vous ne vous en rapportez pas à mes livres, vous avez un moyen certain de contrôle : allez chez Herlofson, qui est notre fournisseur à tous, et voyez ce qu’il m’a vendu d’acides pour le lavage de mon noir, vous verrez exactement ainsi par les proportions employées le préjudice que je vous ai causé.

— Décidément ce raffineur est un malin, dit le commissaire lorsque la voiture commença à rouler ; on ne peut pas dénoncer plus doucement ses concurrents.

— Nous tâcherons de profiter de sa malice, dit Hastron.

Mais il ne s’expliqua pas davantage, car il ne lui convenait pas de parler de son projet devant des gens de la discrétion desquels il n’était pas sûr.

— Il a été jugé, dit-il à Pascal lorsqu’ils furent seuls, que celui qui indique ou fournit les matières propres à la contrefaçon est contrefacteur ; nous allons pratiquer une saisie chez Herlofson : ses livres nous donneront les noms de ceux auxquels il a fourni les produits de notre brevet, et le tour sera joué.

En tête de ces noms se trouvait celui de Féline ; et des livres il résultait que les fournitures duraient depuis plus de deux ans. La raffinerie de la Grande-Pinte traitant 200 000 kilogrammes de sucre par jour, c’est-à-dire moitié plus que celle de Saint-Denis, c’était à 130 ou 140 000 francs qu’on pouvait estimer le dommage causé ; si à ces 140 000 francs on ajoutait 150 ou 200 000 francs résultant de l’emploi du noir contrefait, c’était 350 000 francs à réclamer pour le moment, sans compter, bien entendu, les sommes qui s’ajouteraient à celle-là pendant la durée du procès. Hastron ne se tenait pas de joie ; un procès contre Féline, cela offrirait de curieuses combinaisons.

L’huissier, qui n’avait point de ces enthousiasmes d’artiste, risqua une observation lorsqu’on lui parla d’une saisie chez Féline.

— Je crois qu’il vaudrait mieux ne pas risquer celle-là, dit-il à Pascal en le prenant à part. M. Féline est bien fort, bien puissant, et c’est une mauvaise chance dans un procès d’avoir des gens trop puissants contre soi. Considérez sa fortune, ses relations, sa position : il est l’oncle de la fille du ministre ; il peut mettre bien des influences en jeu.

— La loi est au-dessus de lui.

— Assurément, mais la loi ne fonctionne pas toute seule ; on la fait marcher, on la fait parler : j’aimerais mieux cent procès incertains contre cent petits contrefacteurs qu’un seul tout à fait sûr contre un gros.

Pascal eut la pensée de reculer, mais il en fut empêché par Hastron, et l’on se présenta à la Grande-Pinte, où précisément l’on trouva M. Féline.

— Monsieur, dit-il au commissaire, je ne m’oppose point à votre visite, car je respecte la loi, même lorsque j’ai à en souffrir, mais je proteste de toutes mes forces contre l’injure qui m’est faite. Un homme qui a travaillé toute sa vie pour gagner un petit avoir ne devient pas contrefacteur à la fin d’une carrière honorable. Il est vrai que dans votre visite vous allez trouver des matières et des procédés qui vous paraîtront une contrefaçon des brevets Cerrulas ; mais ces brevets sont nuls et je saurai bien faire prononcer leur nullité ; c’est pour moi une affaire de principes.

Ému par les craintes de son père, troublé par les conseils de l’huissier, Pascal se sentit ébranlé par cette assurance. Était-il possible qu’un homme dans la position de Féline se fît contrefacteur et s’exposât à des procès, à des amendes, à une flétrissure ? S’il se mettait ouvertement en opposition avec ces brevets, n’était-ce pas la preuve qu’il se savait sûr de son droit ?

Pascal rentra chez lui dans de mauvaises dispositions morales, et, sans se pouvoir rien préciser de grave, inquiet de tout.

Son caissier, le bonhomme Scouflers, ordinairement sérieux et préoccupé, le reçut avec plus de contrainte encore que de coutume.

— Que s’est-il donc passé ? demanda Pascal agité de mauvais pressentiments.

— Une chose capitale, monsieur, deux choses même, et toutes deux capitales. On a présenté une traite de 1549 francs pour fournitures de produits chimiques faites à M. Cerrulas. Je ne l’ai pas payée : 1∘ parce que je n’avais pas de fonds ; 2∘ parce que M. Cerrulas nous doit déjà 9477 fr, 87 c. pour paiements faits à divers.

— Il fallait prendre l’argent sur mon traitement personnel.

— Monsieur, votre traitement est dépassé de 4500 francs, pour avances faites à M. Cerrulas ; et, le mois dernier, vous n’avez pris que 130 francs pour vos besoins personnels ; ça ne peut pas aller ainsi.

— Il faut payer la traite, cependant.

— C’est ce que je me suis dit. En votre absence je me suis permis d’en parler à mademoiselle Abeille pour qu’elle avertît monsieur votre père. Comme vous pensez bien, elle n’avait pas les fonds, et, pas plus que nous, elle ne connaissait cette traite ; la chère petite demoiselle, qui est bien la créature du bon Dieu, venait de recevoir son mois de leçons à Melun, elle m’a offert ses 60 francs ; mais de 60 francs à 1549 francs il manque 1489 francs ; où les prendre ?

— C’est bien ; je ferai les fonds pour demain avant midi.

— Monsieur, monsieur, soyons prudent ; soyez plus que prudent, soyez circonspect ; notre cessionnaire de Lille refuse de payer depuis que les brevets sont attaqués en nullité ; celui de Marseille demande la résiliation du marché ; deux de nos clients nous ont déjà abandonnés pour s’adresser à notre concurrent ; ménagez vos ressources, elles seront nécessaires pour soutenir le procès, les procès.

— Je vous remercie du conseil ; j’aviserai. Quelle est l’autre chose ?

— Plus capitale, monsieur. Par son honorée de ce matin, M. Charlard demande que vous signiez pour 100 000 francs de billets à diverses dates et pour diverses sommes qu’il indique.

— Vous les avez préparés ?

— Sans votre ordre, oh ! monsieur ; je dois ma position près de vous à M. Charlard, c’est vrai ; et quand j’ai perdu ma place d’instituteur, je serais sans doute mort de misère s’il ne m’avait recueilli ; mais enfin je suis votre employé et je me dois, avant tout, à vos intérêts ; vos intérêts vous défendent de signer ces billets.

— Veuillez les préparer dans la forme indiquée.

— Monsieur Pascal, donnez à M. Charlard tout ce que vous avez, c’est bien, mais ne donnez pas ce que vous n’avez point.

— M. Charlard vaut bien 100 000 francs, sans doute ?

— Il vaut des millions, cela est certain.

— Eh bien ! alors, préparez les billets qu’il demande.

Scouflers hésita un moment, puis, retenant Pascal qui allait sortir :

— Monsieur, je vous prie de me dire cela autrement.

— Comment ?

— Oui, dites-moi : « Je vous ordonne de me préparer les billets Charlard. »

— Je vous ordonne de me préparer les billets Charlard, dit Pascal en souriant malgré lui.

— Non, monsieur, pas ainsi, sérieusement, sévèrement, comme un patron à son employé.

— Scouflers, je vous ordonne de me préparer les billets Charlard.

— Tout de suite, monsieur, mon devoir est de vous obéir.

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