Chapitre 15
Il était sept heures du matin lorsque Pascal passa devant le château des Yvetaux.
Pendant son voyage, il avait agité et longuement discuté la question de savoir s’il s’arrêterait d’abord aux Yvetaux, ou bien s’il n’irait pas tout de suite à la maison de banque prévenir le fondé de pouvoirs de M. Charlard, et il s’était fixé à cette dernière résolution en pensant qu’il ne devait plus quitter Laure une fois qu’elle connaîtrait la fatale nouvelle.
Déjà les jardiniers étaient au travail sur les pelouses, fauchant, roulant, arrosant l’herbe fine des gazons épais et doux comme le velours. Tandis que les fenêtres du premier étage étaient closes, celles du rez-de-chaussée étaient ouvertes et l’on voyait des valets et des femmes de chambre en tablier blanc aller çà et là dans les appartements, le plumeau ou la brosse à la main. Devant les écuries et les remises, les cochers et les palefreniers en veste rouge frottaient les harnais ou lavaient les voitures ; sous les rayons du soleil matinal, les cuivres scintillaient et les panneaux fraîchement vernis renvoyaient la lumière comme des miroirs. Dans cette opulente demeure, la machine domestique fonctionnait avec sa régularité ordinaire pour le plaisir et la vanité de son maître maintenant déchiqueté par le couteau du chirurgien. Les oiseaux chantaient joyeusement leur chanson sous le feuillage des arbres exotiques, les fleurs à la mode ouvraient leurs corolles sur les corbeilles savamment disposées pour la jouissance des yeux, et dans sa chambre, sous ses rideaux de mousseline blanche, Laure dormait tranquillement sans que rien vînt l’avertir que, depuis plusieurs heures déjà, elle était orpheline.
Lorsque la voiture entra dans la ville, les marchands commençaient à ouvrir leurs magasins, et ils bavardaient joyeusement, ne se doutant guère de la catastrophe qui dans quelques instants allait fondre sur eux et causer tant de ruines et de douleurs. Que d’économies englouties ! que de travail perdu ! En pensant aux plaintes et aux malédictions qui tout à l’heure allaient s’élever de ce milieu si paisible, Pascal eut le cœur serré et baissa les yeux comme s’il était lui-même le coupable.
À sa descente de voiture, on voulut l’arrêter pour savoir ce qui l’amenait à Condé, M. Loutrel surtout qui demanda avec instance des nouvelles de son ancien malade ; mais il avait hâte de se débarrasser des fâcheux, et il n’était point en disposition de politesse.
La banque était déjà ouverte ; mais, comme M. Bezou, le fondé de pouvoirs, était avec un client, Pascal dut, malgré tout, attendre un moment.
Dans le salon où il était entré, les éclats de la discussion arrivèrent jusqu’à lui.
— Je ne vous demande que trois jours, disait une voix que Pascal ne connaissait pas.
— Nous ne pouvons pas vous accorder trois heures, répondait sèchement M. Bezou ; l’habitude de la maison est de faire les affaires régulièrement ; à l’heure, à la minute, nous payons, à l’heure, à la minute, nous recevons ; si à midi les fonds ne sont pas ici, à une heure protêt.
Tant de dureté quand on avait besoin de tant d’indulgence !
Le client parti, Pascal put entrer ; sans doute sa physionomie parlait pour lui, car, avant qu’il eût ouvert la bouche, M. Bezou s’écria :
— Eh ! bon Dieu, monsieur, que se passe-t-il ?
— La chose la plus grave qui puisse frapper la maison.
— Le Comptoir mobilier a suspendu ses paiements ?
— M. Charlard est mort.
— M. Charlard ! Ah ! Dieu soit loué, vous m’avez fait une belle peur ; notre maison n’est pas perdue au moins ?
— Je ne sais pas si elle est perdue, mais elle est, dans tous les cas, sérieusement menacée.
— Permettez, monsieur, je crois connaître aussi bien que quiconque la situation de notre maison.
M. Bezou était un bonhomme majestueux que M. Charlard avait pris pour l’importance de sa prestance et la noblesse de ses attitudes, mais cette importance et cette noblesse cachaient une parfaite nullité ; il n’avait jamais été qu’une machine à signer, un porte-voix pour transmettre des ordres désagréables ; quant aux affaires de la maison, il ne les connaissait que par ce que M. Charlard lui disait, et celui-ci ne lui disait que ce qu’il voulait bien.
Il fallut que Pascal lui répétât, lui expliquât les paroles mêmes du banquier.
— Des irrégularités d’écriture ! s’écria M Bezou ; mais alors je serais moi-même compromis ; je ne reste pas une minute de plus ici.
Et, se levant avant que Pascal pût l’empêcher, il poussa la porte des bureaux.
— Fermez la caisse, dit-il de sa voix de basse-taille et mettez sur la porte : « Fermé pour cause de décès. » Vous pouvez rentrer chez vous, M. Charlard est mort hier à Paris ; toutes choses doivent rester en l’état où elles se trouvent en ce moment.
Pascal avait voulu éviter l’éclat et le tapage, mais, après cette sortie, toutes les précautions étaient désormais inutiles, et il n’avait plus qu’à se rendre aux Yvetaux.
Les commis, en recevant cette foudroyante nouvelle, s’étaient précipités vers le bureau du fondé de pouvoirs, mais celui-ci ferma sa porte, puis, après avoir mis sa toque de velours dans sa poche et avoir fait un petit paquet de son canif, de son cachet et de sa brosse à habits, c’est-à-dire de tout ce qui lui appartenait en propre, comme s’il ne voulait jamais revenir dans cette maison maudite, il se tourna vers Pascal.
— Puisque vous étiez l’homme de confiance de M. Charlard, dit-il, son confident, ne trouvez-vous pas qu’il serait bon d’avertir le président du tribunal ? Peut-être y a-t-il des mesures conservatoires à prendre.
Pascal n’avait pas pensé à cela ; peut-être, en effet, était-il utile d’aller chez le président ; il suivit donc M. Bezou.
L’hôtel du président Bonhomme de la Fardouyère était à quelques pas à peine de la maison de banque : lorsqu’ils y arrivèrent, M. le président n’était point encore levé ; mais, sur un mot que lui fit remettre M. Bezou, il répondit qu’on pouvait l’attendre. Pendant une demi-heure, ils attendirent dans ce grand salon orné du portrait de Henri V et de la sainte Vierge, où Pascal était déjà entré les jours de visite officielle.
Enfin le président parut, drapé dans une robe de chambre bleue, avec des fleurs de lis en or ; en quelques mots, M. Bezou lui apprit la mort et la ruine de M. Charland.
— Charlard mort ! Charlard ruiné ! s’écria le président, en se renversant si brusquement, qu’il faillit crever le portrait de Henri V sous lequel il était assis ; voilà une mort qui ressemble furieusement à un suicide.
— Les médecins ont constaté que M. Charlard s’était noyé dans sa baignoire ; peut-être le mauvais état de ses affaires a-t-il provoqué l’étourdissement qui a causé la mort, mais il n’y a point eu suicide.
— Enfin, peu importe, ce qui est certain, n’est-ce pas ? c’est sa ruine. Ah ! il est ruiné, ce banquier insolent qui prenait à cœur d’humilier les honnêtes gens par son luxe et sa richesse ! Il avait château à la campagne, il avait équipages, il avait laquais, et aujourd’hui il n’a plus rien, plus rien, plus rien. C’était une douleur pour un homme comme moi, monsieur Bezou, d’être obligé de manger à la table de ce parvenu, mais les convenances le voulaient ; ces gens s’imposent et il faut les subir. Au reste, je n’ai jamais été chez lui sans lui faire sentir qu’il n’était rien. Et ça se faisait appeler des Yvetaux, Charlard des Yvetaux ! Il lui fallait la noblesse : la noblesse à ce manieur d’argent ! Il n’avait même pas l’éducation ; il était commun, il était grossier. Je l’ai toujours dit, car un homme comme moi ne subit pas les engouements de la foule. Et tous ces imbéciles qui lui ont confié leur fortune, leurs économies, sans lui demander : « Qui es-tu ? d’où viens-tu ? où vas-tu ? » Cela va encore entraîner d’autres puines dans le commerce, monsieur Bezou ; je crois que d’ici à peu nous aurons quelques bonnes petites faillites qui rabattront la vanité de tous ces gens d’argent.
Il avait débité ces paroles si vivement, si furieusement, qu’il eût été impossible de l’interrompre : c’était la joie qui débordait, la vengeance d’un homme qui n’avait rien et se croyait digne d’avoir tout ; c’étaient dix années d’humiliations et de souffrances qui prenaient enfin leur revanche.
— Au reste, continua-t-il en se levant et en marchant à grands pas dans le salon, car la joie le soulevait, c’est bien fait, et ils ne pourront pas se plaindre. Pourquoi ont-ils été lui porter leur argent ? La main de la Providence se montre dans cette affaire, monsieur Bezou, et ceux-là qui l’ont mérité seront seuls punis. Est-ce que des gens comme nous auraient été confier leur fortune à ce spéculateur ? On se respecte quand on a un nom, et croyez bien que, si tant de gens de noblesse ne font point les grosses fortunes qu’on voit aux mains des gens du commun, c’est qu’il ne leur plaît pas de se servir de ces hommes d’affaires. Celui-ci a joué son jeu, ses dupes n’ont que ce qu’ils méritent ; pour moi, je ne peux pas les plaindre.
— Pardon, monsieur le président, dit le fondé de pouvoirs en profitant d’un moment d’essoufflement pour interrompre, mais je crains que vous ne soyez vous-même, sinon personnellement, en tout cas indirectement atteint par ce désastre. M. de Ruben, oncle de madame de la Fardouyère, avait confié à M. Charlard 150 000 francs pour les faire valoir, et madame de la Fardouyère est, il me semble, seule héritière de M. de Ruben.
À ce nom, la figure du président, qui éclatait de plaisir, s’allongea et pâlit.
— Mon oncle de Ruben ! s’écria-t-il, mais alors ce Charlard était un misérable coquin. Il a englouti 150 000 francs à M. de Ruben ; il aurait donc trompé le bon Dieu ? Rien ne l’a arrêté dans son agiotage, ni l’honneur d’une famille, ni le respect dû à un vieillard. Ceci change bien l’aspect des choses, et il faudra voir clair dans cette banqueroute. Il y a des mesures à prendre dans l’intérêt des honnêtes créanciers ; je vais m’entendre avec le procureur impérial ; et, en attendant, nous allons faire apposer les scellés à la maison de banque et aux Yvetaux. Vous pouvez vous retirer, messieurs.
Déjà la catastrophe de la maison Charlard était connue de toute la ville, et les groupes qui se formaient devant les portes ne parlaient que de cela : les affaires avaient été interrompues et l’unique sujet de toutes les conversations était la mort du banquier. Il y avait des gens bien informés qui racontaient cette mort avec des détails effrayants de précision. C’était la veille, à midi dix minutes, qu’il s’était coupé la gorge avec un rasoir, le coup avait été si violent, que la tête avait roulé par terre. – Ce n’était pas du tout avec un rasoir qu’il s’était tué, mais en se jetant du haut de la colonne Vendôme ; le factionnaire avait été écrasé et il avait été impossible de retrouver les morceaux de la baïonnette. – Il ne s’était pas suicidé, mais il avait été foudroyé par le choléra ; on cachait soigneusement ce cas de choléra comme depuis huit jours on cachait tous les autres, parce que l’Empereur, voulant aller à la campagne, ne pouvait pas décemment abandonner la capitale au moment où l’épidémie sévissait.
À côté de ceux qui savaient comment le banquier était mort, il y avait ceux qui connaissaient la situation de la banque. Ce serait une banqueroute de plus de 10 millions. – 10 millions ! ceux qui parlaient ainsi n’avaient aucune idée des affaires de banque, c’était 100 millions qu’il fallait dire. « Voilà ce que c’est que de vouloir s’enrichir trop vite », disaient les gens habiles à tirer la morale des choses. Il y avait ceux aussi qui avaient toujours prévu la catastrophe, et qui depuis longtemps voulaient retirer leurs fonds ; ils l’auraient fait précisément la veille s’ils n’en avaient été empêchés par leurs femmes ; on ne devrait jamais écouter les femmes.
En sortant de chez le président, Pascal s’était dirigé vers les Yvetaux. Il suivait le chemin de la prairie que tant de fois il avait parcouru pendant ses années de lutte à Condé, et que tant de fois il s’était rappelé avec des frissons de bonheur depuis son séjour à Paris ; mais, insensible au murmure de l’eau comme à la verdure des plantes, il ne pensait qu’à la pauvre Laure. Comment supporterait-elle le coup qu’il allait lui porter ?
Aux Yvetaux aussi, la nouvelle était déjà arrivée : le travail avait cessé, et jardiniers, cochers, domestiques, tout le monde la discutait.
Laure, heureusement, n’avait point encore quitté sa chambre ; Pascal la fit prier de descendre ; et presque aussitôt elle ouvrit la porte du salon : elle était en toilette du matin, et l’eau, à peine séchée sur sa peau, lustrait encore son front et ses joues.
— Ah ! quel bonheur ! dit-elle, quelle bonne surprise !
Mais elle s’arrêta avant d’être venue jusqu’à lui ; puis, reculant par un mouvement instinctif :
— Vous m’apportez une mauvaise nouvelle ; mon père est malade ?
— Très malade.
— Oh ! non, n’est-ce pas ?
Il baissa la tête : elle poussa un cri et vint s’abattre dans les bras qu’il lui tendait. Il la porta doucement jusqu’à un fauteuil, et, l’ayant fait asseoir, il se plaça devant elle.
Pendant quelques minutes, elle sanglota, la tête cachée dans son mouchoir, mordant la toile pour étouffer ses cris ; puis tout à coup, se relevant :
— C’est à Paris ? dit-elle.
— Oui.
— Partons !
— Il est trop tard.
— Mon Dieu ! et pourquoi… pourquoi pas ici, au milieu de ses amis ?
Tout n’était pas dit ; mais Pascal pensa que, puisque ce dernier coup devait la frapper encore, il valait mieux le porter tout de suite ; la violence de la première douleur devait rendre son âme moins impressionnable à celle qu’il allait lui causer.
— Parce que ceux qui étaient ses amis hier, dit-il, ne l’auraient peut-être plus été aujourd’hui : la maison de banque est en mauvaises affaires.
Pascal n’était point un amant que la passion aveugle, il connaissait Laure et savait quelle place la richesse occupait dans son cœur ; allait-elle être plus sensible à la perte de cette richesse qu’à la mort de son père ?
— Ruinée ! s’écria-t-elle.
Il y eut un moment de silence qui, pour Pascal, fut plein d’angoisse ; mais bientôt elle releva sur lui ses yeux baignés de larmes, et, d’une voix brisée :
— Parlez-moi de mon père, dit-elle, dites-moi tout.
Quel poids ces mots lui ôtèrent de dessus le cœur : elle était un ange ! Un ange ! non, mais simplement une jeune fille encore assez jeune heureusement pour que la mort fût la plus grande douleur qui pût la frapper.
Il lui fit le récit qu’il avait préparé et qui, pour la fille, pour le fils, pour tout le monde, devait tenir la place de la triste vérité. Après avoir passé la nuit à travailler avec lui, M. Charlard, qui souffrait de douleurs dans la tête, avait voulu prendre un bain. Dans la baignoire, il avait éprouvé un étourdissement, il avait glissé sous l’eau et il avait été suffoqué sans pouvoir appeler, sans que personne vînt à son secours.
La partie la plus difficile, et pour lui la plus importante de ce qu’il avait à dire, ne se terminait pas là, il fallait maintenant décider Laure à venir à Paris.
— À Paris ? dit-elle, vous voulez que j’aille chez votre père ? je ne sais pas, moi. Pourquoi ne voulez-vous pas que je reste ici ?
— Parce qu’un jour ou l’autre il vous faudra quitter cette maison, qui tout à l’heure va être envahie par les gens de loi.
— Si vous croyez que je doive aller à Paris, je le veux bien, mais il me semble qu’il faudrait consulter miss Forest.
Miss Forest avait été renseignée par les gens de la maison, Pascal n’eut que quelques mots à lui dire pour qu’elle comprît la situation. C’était une personne intelligente, elle sentit que pour Laure mieux valait quitter immédiatement les Yvetaux, et elle promit de l’accompagner jusqu’à Paris.
Il était neuf heures, un train passait à midi, Pascal pressa le départ ; en occupant Laure, il espérait engourdir sa douleur.
Miss Forest avait fait descendre toutes les malles de voyage et elle voulait y entasser le trousseau de la jeune fille ; mais Pascal intervint.
— Non, dit-il, peu de linge, pas de bijoux ; une caisse aussi petite que possible ; il ne faut pas qu’on nous accuse de diminuer le gage des créanciers. Nous laisserons tout cela à la garde de la femme de charge.
Mais le rôle de celle-ci devait se réduire à peu de chose, car en ce moment même arrivait le juge de paix pour apposer les scellés.
Il fallait se hâter et épargner à Laure la vue des gens de loi ; Pascal, ne trouvant personne pour demander la voiture, alla lui-même à l’écurie.
Les palefreniers et les cochers étaient en conférence.
— Voulez-vous atteler l’omnibus pour conduire mademoiselle Laure au chemin de fer ? dit-il.
Personne ne répondit. Il répéta sa demande. Enfin, un groom anglais se détacha du groupe.
— Ce n’est pas à moi de conduire l’omnibus, dit-il, mais, si vous voulez, je mènerai tout de même mademoiselle ; elle a toujours été une lady, et ces animaux-là (il montra les cochers) ne sont pas des gentlemen.
Lorsque Pascal revint à la maison, deux domestiques étaient occupés à descendre la malle de Laure.
— Allons, dit l’un, elle n’est pas trop lourde.
— Croyais-tu qu’elle emportait l’argenterie ?
— Dame ! ça serait ça de moins pour nous.
— Est-ce que les domestiques n’ont pas leur privilèges ? Qu’est-ce que tout cela nous fait, nous serons toujours payés.
Laure descendit ; ses yeux baissés n’osaient affronter les regards qui la suivaient. L’omnibus était devant le perron ; avant de monter, elle traversa l’allée et se dirigea vers un rosier qui retombait en cascade sur la pelouse ; M. Charlard en avait un soin tout particulier et, chaque matin, avant de partir, il nettoyait lui-même les fleurs flétries. Elle coupa une rose, et, quand elle monta en voiture, soutenue par Pascal, elle sanglotait lamentablement.
Le voyage fut lugubre ; Laure, dans un coin à côté de miss Forest, était accablée.
En arrivant à la rue de la Sablonnière, elle se jeta dans les bras d’Abeille.
Celle-ci, qui était en grand deuil, la prit par la main et la conduisit dans la chambre qu’elle occupait la veille et qu’elle abandonnait à Laure. Sur une chaise était posée une robe en laine noire.
— J’ai pensé que vous seriez bien aise d’avoir cette robe, dit-elle, je l’ai commandée chez votre couturière.
Laure leva les yeux sur elle et vit alors qu’elle était elle-même en noir.
— Vous êtes en deuil, oh ! merci, dit-elle. Et elles s’embrassèrent.
Lorsque miss Forest fut partie, Pascal, accompagné de son père, frappa à la porte des jeunes filles.
— J’ai là, dit-il en déposant une liasse de papiers sur la table, 11 000 francs qui m’ont été confiés par votre père pour que je vous les remette ; que faut-il en faire ?
Elle le regarda un moment, comme si elle ne comprenait pas ; puis, d’une voix assurée :
— Envoyez-les à Condé, dit-elle.
— Mon enfant ! dit Cerrrulas.
Et il l’attira près de lui.
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