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Chapitre 16

Laure installée à Paris, Pascal reprit son affaire au point où l’arrivée de M. Charlard l’avait interrompue. Il n’avait jamais eu de procès, et jamais il n’était entré dans une salle d’audience. Aussi, malgré les sinistres prédictions de son père et malgré les précautions de Hastron, considérait-il son affaire comme simple et facile : l’invention était certaine, la contrefaçon crevait les yeux, il devait rapidement triompher sur tous les points.

Cependant, son cœur se serra lorsqu’il entendit l’huissier appeler la cause « Midoucet, Féline et consorts, contre Cerrulas. »

Depuis deux mois, l’affaire avait été successivement renvoyée de quinzaine en quinzaine ; mais Favas, son avocat, lui avait assuré que ce jour-là les plaidoiries commenceraient, et il l’avait engagé à se trouver à onze heures au Palais, promettant lui-même d’être exact.

À dix heures et demie, Pascal était arrivé et il s’était posté dans la salle des Pas-Perdus, de manière à voir tous ceux qui entreraient, car, déjà plaideur à son insu, il avait trouvé de nouveaux arguments à fournir à son avocat, et il voulait les lui donner avant l’ouverture de l’audience.

Cette demi-heure d’attente fut d’une longueur éternelle. Les avocats passaient en courant, accrochés çà et là par un client ou un clerc d’avoué ; mais Favas ne paraissait pas. Onze heures sonnèrent enfin, et Pascal, abandonnant son poste d’observation, entra dans la salle où devait se plaider son procès.

L’audience était ouverte et les juges étaient assis sur leurs sièges ; un groupe d’avocats encombrait les premiers bancs, tandis que quelques curieux s’installaient dans les places réservées au public. Le brouhaha qui résulte toujours du commencement d’une audience ne permit pas d’abord à Pascal de se rendre compte de ce qui se passait : l’appel des causes par l’huissier, les observations rapides des clercs d’avoué, les quelques mots ou les signes du président étaient pour lui incompréhensibles. Enfin le silence se fit, et les avocats qui se trouvaient dans le passage se dirigèrent vers la porte de sortie. Décidément, Favas ne viendrait pas, et alors l’affaire allait encore être remise, ou bien elle allait être plaidée sans que Favas entendît les arguments de son adversaire. Pascal suait d’impatience et d’inquiétude.

Mais, à ce moment, Favas parut, et, écartant ceux de ses confrères qui lui barraient le passage, il vint prendre sa place. Pascal, qui était dans un coin, voulut le suivre, croyant qu’il devait être à ses côtés ou tout au moins derrière lui ; mais il lui fut impossible de se faire faire place : MM. les avocats stagiaires sachant que Favas et Nicolas allaient plaider l’un contre l’autre, ce qui promettait une belle lutte oratoire, avaient envahi tous les bancs, et ils ne voulurent point se déranger. Naïvement, Pascal leur fit observer qu’il s’agissait de son affaire, on lui rit au nez, et, pour ne point se faire réprimander par l’huissier audiencier, qui déjà lui lançait des regards indignés, il fut obligé de regagner son coin : le garde municipal, qui avait remarqué son altercation avec les jeunes avocats, vint, sur la pointe des pieds, le prévenir qu’il eût à se tenir tranquille s’il ne voulait pas qu’on l’expulsât.

— Puisque je donne la représentation, pensa Pascal, j’aurais bien dû, il me semble, avoir une place réservée.

Mais il se garda de faire tout haut cette réflexion.

Maître Nicolas s’était levé, et Pascal put alors voir pour la première fois celui qui avait trouvé la cause de ses adversaires assez bonne ou assez juste pour s’en charger.

C’était un homme de quarante-cinq à quarante-huit ans, grand de taille, maigre et nerveux, un visage en lame de couteau encadré dans de longs cheveux déjà tout à fait blancs, qui contrastait avec ses yeux noirs, perçants et parlants quand ils regardaient en face, troublants et inquiétants quand ils se fixaient sur quelqu’un à la dérobée, ce qui était leur manière habituelle. Cette coutume ne tenait point à la modestie ou à une défiance de soi, mais, au contraire, à un excès de prudence cauteleuse ; car, pour la vanité, l’orgueil et l’ambition, il n’y avait point d’avocat à la Cour de Paris qui fût son égal et qui même l’approchât ; quoi qu’il fit et voulût, cette assurance superbe éclatait dans sa démarche, dans le port de sa tête rejetée en arrière et dans une nonchalance insolente qui semblait n’avoir pour les gloires ou les intérêts de ce monde que le plus parfait mépris. Par là encore, le contraste déjà si étrange que présentait la jeunesse du regard et la vieillesse de la tête se trouvait accentué au point de frapper les indifférents.

Pour ceux qui, sans connaître maître Nicolas, savaient cependant quelque chose de sa vie et de son caractère, l’impression était plus vive encore.

Dans cette vie, les contrastes qu’on rencontrait dans l’individu se reproduisaient, différents, bien entendu, mais tout aussi inquiétants. Officier de la Légion d’honneur, il n’était pas, il n’avait jamais pu être membre du conseil de son ordre, et bien que se présentant à toutes les élections, après de savantes manœuvres, il n’avait jamais réuni plus d’une trentaine de voix ; aussi nourrissait-il au fond du cœur, pour tous ses confrères, une haine qu’il espérait bien satisfaire un jour. Devenu député, grâce aux faveurs de l’administration, qui le faisait élire dans une des plus dociles circonscriptions, il n’avait jamais été, malgré la protection des ministres, nommé président ou rapporteur d’une commission. Avocat d’un ministère et de plusieurs grandes administrations, il avait peu de clients en dehors du monde officiel. Mais de cela il se consolait assez volontiers, car il comptait bien ne pas rester avocat toute sa vie. Son ambition était d’obtenir une grande position dans la magistrature, du haut de laquelle il pût écraser ceux qui chaque jour, depuis vingt ans, avaient fait travailler si activement son appareil biliaire. Dès sa jeunesse, il avait visé ce but ; mais, à mesure qu’il avait avancé dans la vie, il avait été obligé de reconnaître que son mérite seul ne serait jamais assez fort pour le pousser, de même que sa complaisance à tout faire, si insensible qu’elle fût au mal de cœur, ne lui créerait jamais des titres suffisants, et alors il n’avait plus compté, pour réussir, que sur une grande fortune. C’était vers quarante ans qu’il avait fait cette découverte, et depuis il avait ardemment travaillé à la réaliser. Mais, comme dans la profession d’avocat les grandes fortunes ne s’improvisent point du jour au lendemain, il avait cherché à s’enrichir par d’autres moyens que ceux que cette profession mettait à sa disposition, et il s’était adressé au mariage. Pendant cinq ans, il avait fouillé les quatre coins de la France. Cependant, bien que peu exigeant du côté de la beauté, tout à fait indifférent aux antécédents d’une famille qui aurait eu des chagrins, disposé à légitimer ou à innocenter toutes les erreurs, même avec récidive, d’un cœur qui aurait été trop facile, il n’avait point trouvé. Vingt fois il avait cru toucher le but, vingt fois il était retombé. Ou bien la dot de 100 000 francs de rente se réduisait au moment du contrat à 30 000 francs, ou bien les parents, sachant calculer, ne voulaient la donner qu’à M. le président Nicolas, et pas du tout à maître Nicolas, simple avocat. Mais enfin, au moment où Féline et Midoucet commençaient leurs procès contre les brevets Cerrulas, cette série de mauvaises chances paraissait vouloir s’interrompre : Féline avait trois nièces en Auvergne, dont deux étaient mariées, mais dont l’une, l’aînée, était restée jeune fille, ou plus justement vieille fille. Il est vrai qu’il n’avait doté ses deux nièces que de 50 000 francs de rente ; mais être le neveu du riche raffineur donnait une importance et une influence qui valaient bien un million, et Nicolas avait rabattu de ses prétentions. Qu’il put épouser mademoiselle Féline l’aînée, qui avait reçu de son parrain le joli nom de Perpétue, et sa nomination était certaine ; les ministres ne pourraient plus le promener avec des refus polis ou affectueux. Pour lui, la question consistait donc désormais à gagner M. Féline ; sans doute, la chose paraissait difficile, mais elle n’était pas impossible ; les procès Cerrulas allaient établir entre eux des rapports presque quotidiens ; en manœuvrant bien ce procès, on pouvait donner de nombreuses preuves de son habileté et de son dévouement ; on pouvait… Que diable ! on en avait attrapé de plus malins.

Tout en examinant son adversaire, Pascal écoutait attentivement sa parole.

Nicolas avait donné lecture de ses conclusions sur un ton si bas, que personne n’en avait entendu un mot ; ni les juges auxquels il s’adressait, ni le greffier, ni Favas ; mais bientôt, sortant le nez de son dossier, il avait levé la tête, et, quand il avait commencé sa plaidoirie, les éclats de sa voix avaient empli la salle d’audience et fait trembler les vitres.

Car c’était en faisant violence à sa juste indignation qu’il se présentait calme et digne devant le tribunal pour demander, au nom de l’intérêt public, la nullité de brevets qui menaçaient de ruiner une industrie considérable dans laquelle ses clients s’étaient conquis une si honorable réputation.

Quels étaient ces clients ? d’abord un homme qui était une des gloires de l’industrie française et l’honneur du commerce parisien, un homme… Quelle meilleure occasion pouvait se présenter pour faire le portrait du futur oncle ! Maître Nicolas n’eut garde de la laisser échapper, et, le lendemain, la France entière put lire dans les journaux judiciaires un éloge de Féline digne d’être prononcé en pleine Académie. Le morceau avait été soigneusement écrit à l’avance, et des copies en avaient été remises aux rédacteurs, de peur que, dans la rapidité de leur compte rendu, ils ne lui enlevassent quelques fleurs. Après Féline vint Midoucet, mais moins amplement traité, bien entendu, et réduit à l’état de satellite de ce soleil commercial ; puis, après Midoucet, cinquante-sept raffineurs ou fabricants de noir animal qui, par une lettre collective, s’étaient joints à Féline et le remerciaient de l’initiative qu’il avait prise pour faire tomber un monopole illégitime aussi dangereux à l’intérêt privé qu’à l’intérêt public. Cette lettre ne se bornait point à des actions de grâces ; elle se terminait par l’assurance d’un complet assentiment, qui se changerait en un concours effectif le jour où cela serait nécessaire.

Cette lettre donna froid à Pascal ; ce n’était point assez de Féline et de Midoucet, c’était contre une puissante coalition qu’il faudrait lutter. Mais il n’eut pas le temps de s’abandonner à ces réflexions. Nicolas, après avoir épuisé tous ses adjectifs laudatifs en l’honneur de ses clients, était passé à ses adversaires.

Quels étaient ces adversaires ?

L’un, le principal, le vrai coupable, le tribunal le connaissait ; son nom avait retenti si souvent depuis vingt ans sous ces voûtes, que, comme les roseaux du roi Midas, elles devaient le répéter en chœur ; qu’on ouvrît une collection de journaux judiciaires ou un recueil d’arrêts, et à chaque page on trouvait ce nom de Cerrulas. Contre qui n’avait-il pas plaidé ? et toujours pour soutenir d’injustes brevets ; car quelle invention réelle était restée inscrite à son nom, quelles découvertes originales lui appartenaient ?

S’élevant alors à de hautes considérations morales, maître Nicolas avait rendu justice à ces honnêtes savants qui travaillent sans jamais sortir de leur cabinet, satisfaits d’enrichir l’humanité sans penser à s’enrichir eux-mêmes. Ceux-là avaient droit à tout notre respect, à toute notre admiration, et, Dieu merci ! nous vivions dans un temps où le respect et l’admiration ne leur étaient pas marchandés : nous vivions sous un prince qui… (la romance sur le prince écrite dans le cabinet fut aussi remise aux journaux), et nous avions le bonheur d’être gouvernés par des ministres… (nouvelle romance sur les ministres qui fut ajoutée aux autres).

« À côté de ces grands travailleurs qui sont la gloire d’une époque, il y a de misérables intrigants qui sont sa honte. À côté des abeilles qui préparent le miel, il y a les frelons qui le dévorent sans se donner d’autre peine que de le voler. C’est ainsi qu’à côté des vrais inventeurs auxquels les tribunaux doivent et accordent toujours protection (nouvelle romance, cette fois en l’honneur de la justice française), il y a une nuée d’intermédiaires, d’industriels qu’on peut appeler les brevetés de profession, qui, sans avoir jamais rien inventé eux-mêmes, comptent sur la chicane et les procès pour se faire une fortune.

» Mais il arrive un jour où le nom de ces industriels, usé à force d’avoir servi comme un vieil habit râpé et taché, ne donne point confiance en celui qui le porte ; alors, il faut le changer. On cherche autour de soi un ami, un camarade, un complice. Quelquefois, on ne trouve pas, car tout le monde n’est pas disposé à accepter un pareil métier. Les honnêtes gens respirent, se flattant d’être enfin débarrassés de ces vers rongeurs. Joie trompeuse.

» Quelque part, en province, dans un coin ignoré, ils ont un fils depuis longtemps oublié. À l’heure où ils en ont besoin, ils pensent à lui, ils vont le chercher.

» Le fils est professeur dans un collège communal ; après des débuts assez brillants, il est tombé de chute en chute dans un trou d’où il ne sortira jamais. Il est assez intelligent pour sentir qu’il pourrira là, et ce qui s’amasse dans son cœur de haines et de colères, il n’est pas besoin de le dire. Tout le monde sait que c’est parmi ces intelligences incomplètes que se recrutent ces envieux et ces mécontents, toujours prêts à chercher dans une révolution politique ou sociale… ce qu’ils n’ont pas su trouver dans l’honnête travail, dans le devoir accompli (chant de guerre contre les révolutions et les anciens partis, qui donnera plus de relief aux romances d’amour).

» On comprend combien les tentatives du père doivent facilement avoir prise sur ce fils.

» – Quitte cette misérable ville de province, viens à Paris, tu y trouveras les plaisirs, la richesse.

» Quelle richesse lui montre-t-on ainsi ? Celle qui sera injustement prélevée sur d’honorables commerçants au moyen de prétendus brevets d’invention qu’on viendra leur mettre sous la gorge, exactement comme autrefois, dans la forêt de Bondy, on mettait le poignard au cou des voyageurs qui ne vidaient point leur bourse assez vite. Sans doute on ne leur dit point : « Paie, ou je te tue », mais on dit : « Paie, ou je te traîne en police correctionnelle, sous l’accusation de contrefaçon et de vol ; je fais saisir tes machines, j’arrête ta fabrication, je te ruine si je ne te déshonore pas. » Souvent, trop souvent la spéculation réussit. Des chefs d’industrie, pour ne pas subir de procès, consentent à donner le tribut qu’on exige de leur faiblesse. Mais quelquefois aussi elle échoue ; c’est quand elle s’adresse à des hommes dévoués à l’intérêt général. Forts de leur droit et confiants dans la justice de leur pays… (ici, thème de la romance Féline et Midoucet, très habilement ramené). »

Pascal, qui, avant d’entrer à l’audience, n’avait aucune idée de l’éloquence avocassière et des procédés qu’elle emploie, était littéralement abasourdi, et il se demandait s’il ne rêvait pas tout éveillé. L’éloge de Féline et de Midoucet, dans les termes où il avait été fait, l’avait bien un peu étonné ; seulement, en pensant que Nicolas était payé pour débiter sérieusement toutes ces belles choses, son étonnement n’avait pas été plus loin qu’un certain sentiment de mépris pour celui qui paraissait mettre sa conviction et son âme dans ces paroles menteuses. Mais, lorsque, après le portrait de ses clients, l’avocat était passé à celui de ses adversaires, l’étonnement avait fait place à l’indignation.

Eh quoi ! c’était ainsi qu’on osait parler de son père ! Il avait alors remercié le hasard de l’avoir relégué dans un coin de la salle, car, s’il avait eu maître Nicolas à la portée du bras, il n’aurait jamais pu résister à la tentation de lui tordre le cou. Son père, un breveté de profession, son père exploitait les industriels, lui qui vivait misérable dans une baraque, quand ceux que ses inventions avaient enrichis se comptaient à la douzaine.

Le moment était venu pour maître Nicolas de parler des brevets d’invention dont il demandait la nullité et de démontrer, au point de vue juridique et scientifique, que les inventions de Cerrulas n’existaient pas.

Le point de vue juridique laissa Pascal parfaitement calme et indifférent ; ce n’était pas son affaire, c’était celle de Favas.

Mais le point de vue scientifique le plongea de nouveau dans la plus profonde surprise.

Par ses études et par ses travaux, il était certes en état mieux que personne de connaître la question. Cependant, il ne tarda pas à voir qu’il n’y entendait absolument rien.

D’abord le tribunal eut à subir l’histoire et la théorie du raffinage du sucre ; et ce fut une occasion toute naturelle de placer une description de l’établissement de la Grande-Pinte ; cette description, qu’on ferait reproduire dans le plus grand nombre de journaux possible et qu’on tirerait à part pour l’envoyer à tous les épiciers de France, serait d’un excellent effet ; elle prouverait aux épiciers que la Grande-Pinte était un établissement modèle auprès duquel toutes les autres raffineries de Paris et de la France n’étaient rien.

Puis, après la théorie du raffinage, vint celle du noir animal, et alors les termes scientifiques sortirent avec une telle rapidité des lèvres de l’avocat, que le tribunal devait en être étourdi. Jamais Pascal n’avait vu pareil entassement de mots : les hydrocarbures, toluène, xylène, cumène, les phosphates de chaux, les phosphates de magnésie, les carbonates de chaux, les fluorures de calcium, les chlorures de sodium, les sulfates, voltigeaient dans une danse fantastique qui, par leur tournoiement et leur répétition, devaient noyer le cœur à d’honnêtes juges, et qui auraient fait hausser les épaules à un chimiste si par hasard il s’en fût trouvé un dans la salle d’audience.

Pendant une heure, maître Nicolas jongla avec des mots qu’il ne connaissait pas, et il termina triomphalement en déclarant qu’il espérait avoir démontré au tribunal, d’une façon claire et irréfutable, que l’invention de Cerrulas était, depuis la création des matières organiques, dans le domaine public ; que, par conséquent, au point de vue de la légalité comme au point de vue de la science, il ne devait plus rester de place au doute, et que, s’il s’était un peu longuement étendu sur ses clients et ses adversaires, c’était à seule fin que l’exposé des faits montrât de quel côté était la moralité.

Il avait parlé quatre heures ; l’audience fut levée et la cause renvoyée à huitaine.

Ce qu’il y avait d’admirable et ce qui frappa Pascal, c’est que, pendant ces quatre heures, le président ne donna pas un seul signe d’impatience. Tandis que tout le monde autour de lui s’agitait et tâchait de se tenir éveillé ou de se dégourdir, il restait immobile sur son siège, penché en avant, ne quittant pas Nicolas des yeux..

Pascal, qui avait toujours regardé le métier de juge comme une sinécure, commença à changer d’opinion.

Quelle patience, ou quelle conscience !

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