Chapitre 18
Depuis que le procès était commencé, la situation financière de Pascal s’était aggravée, et il était arrivé un moment, peu de temps après la mort de M. Charlard, où, pour continuer à marcher, il avait dû recourir à un moyen désespéré.
Des licences avaient été accordées à des fabricants de Lille et de Marseille, et ces licences avaient produit à Lille une centaine de mille francs, à Marseille soixante mille. Mais, bien que ces cent soixante mille francs lui fussent parfaitement acquis, on refusait de les lui payer, et des procès étaient engagés à ce sujet. Qu’il touchât ces deux sommes, et non seulement il pouvait plaider contre Féline et Midoucet tout le temps nécessaire pour faire triompher ses droits, mais encore il pouvait subvenir aux besoins journaliers de sa fabrique.
Dans l’impossibilité où il était d’obtenir ce paiement avant longtemps, car ses procès pouvaient ne pas se terminer avant les procès en nullité de brevets, il s’était résigné à un arrangement qui avait au moins cet avantage de lui donner une certaine somme immédiatement ; moyennant 25 000 francs, il avait abandonné ces 160 000 francs, et telle était sa détresse, qu’il avait remercié son usurier.
Ces 25 000 francs avaient été assez promptement absorbés, et de nouveau il s’était trouvé avec une caisse vide, car la fabrication du noir avait diminué au point de pouvoir à peine faire ses frais ; on marchait encore, mais on marchait mal, et la paie des ouvriers était quelquefois reportée du samedi au mardi ou au mercredi.
À ces soucis d’affaires s’en étaient ajoutés d’autres qui, pour avoir un caractère intime, n’étaient pas moins douloureux. Son père, malgré les observations d’Abeille, n’avait pas arrêté ses dépenses, et les factures ou les traites avaient continué d’arriver à la caisse de Scouflers comme par le passé ; les expériences succédaient aux expériences, mais les résultats attendus ne se produisaient pas, et Cerrulas avait plus souvent qu’autrefois des heures de désespérance pendant lesquelles il restait auprès de ses machines dans l’attitude d’un homme écrasé par le fardeau trop lourd qu’il a voulu soulever. Si le côté de la baraque où se trouvaient les appareils scientifiques était triste, celui qui servait à l’habitation était lugubre. Depuis son installation, Laure n’avait pas voulu sortir : elle restait toute la journée sur une chaise et poussait continuement son aiguille à tapisserie ; à table, aux heures des repas, elle gardait un morne silence, et l’éclat brûlant de ses yeux trahissait seul son chagrin et son accablement. Avec Pascal elle était inquiète, mal à l’aise et semblait n’avoir d’autre préoccupation que d’écarter certains sujets de conversation, comme si lui-même, par un sentiment naturel dans une âme délicate, n’avait pas cherché à les éviter. Seule, Abeille, avec sa sérénité d’humeur et son sourire encourageant, eut pu mettre un peu de gaieté dans cet intérieur désolé ; mais pendant presque toute la journée elle était absente, car elle avait augmenté le nombre de ses leçons et, quand elle rentrait, elle travaillait avec un acharnement son piano, n’ayant que trop peu de temps pour se préparer au concours dont l’époque approchait.
La décision du tribunal qui ordonnait la communication des livres de Midoucet, arrivant dans ces fâcheuses circonstances, avait rendu un peu de courage à Pascal ; aussi fut-il péniblement affecté par les doutes de son père. La communication des livres, c’était le procès gagné avant un mois, la non-communication, c’était une nouvelle attente, c’étaient l’incertitude et la crainte.
Il voulut, pour se rassurer, consulter tous ses conseils. Hastron, son homme d’affaires, Hélouis, son avoué, Favas, son avocat, lui firent la même réponse :
— Les procès qu’il a perdus ont rendu votre père trop pessimiste ; la communication a été ordonnée, elle se fera ; restez tranquille chez vous, travaillez, et vendredi votre procès sera gagné.
Le jeudi soir, comme il sortait de chez son père, il aperçut une grande lueur rouge qui embrasait le ciel ; il était à peu près minuit, car, Abeille étant en dispositions de musique, la soirée s’était prolongée plus tard qu’à l’ordinaire ; il lui avait fait jouer la Norma, qui était l’opéra qu’il préférait, par cette raison toute-puissante qu’il l’avait entendu aux Italiens avec Laure, et, morceau par morceau, la partition entière y avait passé ; placé en face de la jeune fille qui travaillait sous la lumière de la lampe, les yeux charmés, l’oreille ravie, il avait goûté là deux heures d’un tranquille bonheur, ne pensant à ses soucis que pour se dire qu’ils touchaient à leur fin.
Il n’y avait pas à s’y tromper : cette lueur était la réverbération d’un incendie. Il courut au milieu du jardin pour n’être pas gêné par le toit de la fabrique qui l’empêchait de voir au loin, et alors il aperçut les flammes qui s’élevaient par moments vers le ciel en gros tourbillons ; le feu était dans le faubourg, du côté de la Seine.
Après avoir réveillé Scouflers pour lui recommander de faire bonne garde dans la maison et de le remplacer, il sortit, en se hâtant du côté du feu. Arrivé à la rue de Charenton, il trouva des groupes qui, le nez en l’air, regardaient le ciel en discutant l’endroit de l’incendie : c’était au magasin à fourrage, c’était dans un chantier de bois, c’était à la gare d’Orléans. Un cocher de fiacre qui vint à passer mit fin aux discussions.
— Le feu est sur le quai de la Râpée ; c’est une fabrique de noir qui brûle, et ça brûle bien.
Une fabrique de noir sur le quai de la Râpée, ce ne pouvait être que celle de Midoucet. Pascal, qui marchait vivement, s’élança au pas de course.
En approchant de la Seine, il rencontra des groupes plus compactes ; quelques-uns restaient en place, mais d’autres marchaient sur le feu ; les rues étaient plus claires qu’en plein midi, et tout le quartier paraissait embrasé ; les fenêtres étaient garnies de gens en chemise qui d’un côté à l’autre de la rue s’interrogeaient ; il y en avait qui, sans autrement se déranger, se contentaient d’ouvrir leurs fenêtres et de crier : Au feu ! au feu !
Enfin il déboucha sur le quai ; la Seine resplendissait comme un miroir avec çà et là de grands trous noirs qui donnaient un sentiment de frayeur ; les pompes arrivaient grand train du côté de Paris précédées de torches sinistres, et l’on entendait sur le pavé le pas cadencé d’un détachement de troupe en marche.
C’était bien chez Midoucet qu’avait éclaté l’incendie ; tous les bâtiments en façade sur le quai étaient déjà en feu ; les flammes sortaient par les fenêtres, et çà et là se crevaient des ouvertures dans le toit : ces bâtiments servaient aux magasins et aux bureaux ; le feu dans les bureaux, c’était la destruction des livres.
Sans se laisser arrêter par les sergents de ville qui voulaient le mettre aux chaînes formées pour monter l’eau de la Seine sur le quai, Pascal s’élança dans la cour de la fabrique. Par les fenêtres, les pompiers déménageaient les meubles du rez-de-chaussée ; la troisième pièce était le cabinet de Midoucet ; la quatrième le bureau où se trouvaient les livres ; on y arrivait par un long corridor.
Comme s’il eût été le propriétaire de la maison, voulant sauver sa fortune ou ses enfants, Pascal, malgré les flammes et la fumée qui jaillissaient par toutes les ouvertures, portes ou fenêtres, s’engagea dans ce corridor. Avec une lucidité merveilleuse, car il n’était venu qu’une seule fois dans cette maison, il se rappelait toutes les dispositions et savait qu’il aurait trois marches à monter ; au haut de ces marches était la porte des bureaux. La chaleur dans le corridor était horrible ; la fumée, épaisse et lourde, suffoquait la respiration. Il ne s’arrêta pas et continua d’avancer. Mais, au moment où il touchait les marches, il se sentit saisi par la main et irrésistiblement entraîné en arrière.
— Collez-vous contre la muraille, dit la voix de celui qui le traînait.
L’avertissement arrivait à temps ; un grand trou se fit dans le plafond et il y eut un effondrement.
— Êtes-vous blessé ? dit la voix.
— Non.
— Suivez-moi.
En quelques pas ils furent dans la cour. Pascal vit alors que celui qui l’avait saisi et sauvé était un pompier.
On se précipita vers eux ; leurs habits brûlaient, leurs cheveux et leur barbe étaient roussis.
Dans le groupe où on les conduisit se trouvait Midoucet.
— Monsieur Cerrulas, dit-il à Pascal en le reconnaissant, combien je vous remercie de vous être exposé pour moi ! Hélas ! il est trop tard.
Il était trop tard en effet : les planchers s’étaient écroulés, et du haut en bas maintenant les bâtiments brûlaient ; les quatre murailles, restées debout, dirigeaient les flammes vers le ciel comme une immense cheminée.
Pascal se retira dans un coin, sensible maintenant aux brûlures qu’il avait aux mains et au visage ; sensible surtout à la ruine de ses espérances, plus douloureuse encore que ses brûlures.
— Je t’avais annoncé que la communication des livres n’aurait pas lieu, dit Cerrulas, tu vois que je ne me trompais pas ; tu ne trouvais pas le moyen pour l’empêcher, ils en ont trouvé un, eux.
À l’ouverture de l’audience, maître Nicolas, d’une voix douloureusement émue, annonça au tribunal la terrible catastrophe qui avait frappé l’un de ses clients. Puis, apercevant Pascal à sa place ordinaire, il profita de cette occasion pour placer un effet oratoire dont l’effet était certain.
— Pendant le cours de ces longs débats, dit-il en se tournant vers lui, j’ai pu être quelquefois un peu dur pour mon adversaire ; la parole, hélas ! a ses entraînements ; mais aujourd’hui je veux lui rendre un public témoignage d’estime. Pendant cette nuit terrible qui a détruit une grande maison de commerce et qui a consumé le fruit de dix années de travail et d’intelligence, celui de tous les courageux travailleurs qui s’est fait le plus remarquer par son intrépidité, c’est notre adversaire lui-même. C’est M. Pascal Cerrulas qui, accouru l’un des premiers sur le lieu du sinistre, a exposé sa vie pour nous défendre contre le feu. Il est, je crois, à cet audience, et l’on doit apercevoir sur son visage les marques de son glorieux dévouement. Ah ! ne vous cachez pas, monsieur Cerrulas, et laissez-moi déposer à vos pieds l’hommage de mon admiration. Je demande la remise à huitaine.
À huitaine il ne fut plus question d’hommage ou d’admiration. Maître Nicolas déclara que ses clients désiraient vivement faire la communication ordonnée par le tribunal, car dans leurs livres se trouvaient les preuves qui condamnaient leurs adversaires ; mais ces livres avaient été brûlés dans l’incendie qui avait détruit leur établissement. Sans doute le tribunal ne voudrait pas leur faire porter la peine d’un malheur dont ils étaient les premières victimes, et il se contenterait des preuves surabondantes qui avaient été fournies par les plaidoiries.
— Maintenant, dit Favas à Pascal, vous allez écrire au président une belle lettre dans laquelle vous expliquerez votre affaire.
— Ne l’avez-vous pas expliquée vous-même suffisamment ?
— Pas suffisamment, mon cher ami ; nous l’avons tant expliquée, Nicolas et moi, que le tribunal ne doit plus rien y comprendre ; ce qu’a dit Nicolas, ce que j’ai dit, tout cela doit se brouiller dans sa mémoire. Votre lettre remettra les choses en place.
— Mais est-ce que cela se fait ?
— Parfaitement ; d’ailleurs, soyez persuadé que vos adversaires n’ont pas vos scrupules. Je suis bien certain que Féline, depuis le commencement du procès, a poursuivi Des Molliens, qu’il s’est fait inviter à dîner avec lui, qu’il aura tâché de le rencontrer dans le monde, ce qui est difficile, car le président ne sort guère, et que par un mot dit ici, un autre là, par une réflexion venant d’un ami complaisant, il ne lui a pas laissé un moment de repos. Faites votre lettre, et tâchez qu’elle soit nette et courte.
Elle ne fut pas courte, mais elle fut nette ; elle fut surtout digne. Il se borna à raconter comment les choses s’étaient passées ; il dit comment son père, le retrouvant à Condé, avait voulu lui venir en aide et lui avait donné son invention ; il expliqua scientifiquement, mais sans les grands mots de Nicolas, quelle était cette invention ; enfin il termina en disant quel homme était son père qu’on avait si injustement accusé. Ce ne fut point un portrait plus grand que nature, comme celui qu’avait fait Favas, mais l’émotion qui avait inspiré ses paroles devait remuer le cœur de celui qui les lirait.
Sa lettre écrite, il la porta à Favas pour la lui soumettre.
Celui-ci la lut attentivement, sans distraction, sans donner une seule marque d’approbation ou de satisfaction ; puis, après l’avoir remise sous son enveloppe, il la tendit à Pascal.
— Portez cela tout de suite, dit-il, et, rentré chez vous, coupez vos moustaches ; faites-vous inscrire au tableau des avocats, je vous garantis 100 000 francs de bénéfices pas an.
— Je connais mon affaire, voilà tout ; pour les autres, je serais bien nul.
— Maintenant, continua Favas, vous aurez soin d’aller chez le président les jours où il reçoit : il lira votre lettre, et probablement il voudra vous parler ; soyez tranquille, cela se fait encore.
De toutes les tâches qui lui avaient été imposées par Favas, celle-là fut la plus pénible : il lui semblait qu’aller chez le président, c’était se faire solliciteur et demander une injustice. Cependant, il y alla. Il n’y avait pas de temps à perdre, les difficultés financières devenaient chaque jour plus dures ; il fallait presser le jugement ; une fois les brevets reconnus, on pourrait faire procéder à des saisies, cela arrêterait peut-être la contrefaçon et rendrait de l’activité à la fabrication du noir décolorant, qui ne marchait presque plus, faute de commandes.
M. Des Molliens habitait rue Charles-Cinq une petite et vieille maison qu’il occupait seul. Sans jamais recevoir, presque sans sortir, il vivait là, ayant pour tout domestique une cuisinière et un valet de chambre qui étaient à son service depuis vingt ans. Bien que par l’âge il fût le plus jeune des vice-présidents du tribunal, il en était le plus vieux par les habitudes et par l’allure. Ses habitudes étaient des plus simples, il restait chez lui à travailler ; à quoi ? personne n’en savait rien, car il était fort secret, et jamais, même en répondant aux plaisanteries de ses confrères, il n’avait dit un mot du sujet de ses travaux. Son allure était tout à fait réjouissante pour un caricaturiste : la nature l’avait fait myope, mais horriblement myope, qu’un jour à Provins, alors qu’il était substitut, il avait été, marchant droit devant lui, se loger dans un veau accroché grand ouvert à la porte d’un boucher. Le métier avait complété ce qu’avait commencé la nature. Toujours courbé sur des livres, ou bien tenu sur son siège durant de longues heures dans l’attitude d’un homme qui écoute, car il écoutait, il avait fini par se déjeter d’un côté, et, quand il suivait les quais le matin pour se rendre au Palais, plus d’un passant riait de ce gros petit bonhomme qui trottinait de travers comme un chien, et qui, malgré les verres de ses lunettes aussi gros que ceux d’une lanterne d’omnibus, se cognait à chaque pas. À le voir ainsi, personne ne se doutait qu’on avait devant soi la lumière du Palais, et, si l’on tenait à deviner qui il était, ou hésitait entre un expéditionnaire du greffe ou un quatrième clerc d’huissier ; cela paraissait d’autant plus probable qu’il était timide, fort poli avec tout le monde, et qu’il n’était pas décoré.
Pendant cinq semaines, Pascal vint tous les jeudis rue Charles-Cinq sans que M. Des Molliens parût faire attention à lui ; il s’asseyait avec ceux qui attendaient dans l’antichambre, et, quand tout le monde avait passé, appelé à tour de rôle par le valet de chambre, comme on ne l’appelait pas lui-même, il s’en allait sans oser forcer la porte du cabinet du président.
Enfin, le sixième jeudi, il allait encore sortir désespéré lorsque M. Des Molliens parut lui-même à la porte de l’antichambre.
— Veuillez entrer, monsieur Cerrulas, dit-il poliment.
Pascal entra ; il était presque tremblant.
— Je sais, continua le président, que vous êtes déjà venu plusieurs fois ; vous voulez me prier, n’est-ce pas ? de prononcer jugement dans votre affaire ; j’ai lu votre lettre, je ressens votre impatience. Mais, monsieur, pour rendre un jugement juste, il faut connaître une affaire ; eh bien, je ne connais pas la vôtre.
Pascal fit un mouvement de surprise.
— Vous êtes étonné ; vous vous dites que votre affaire a été plaidée ; cela est vrai, elle l’a été longuement, très longuement. Mais ce n’est pas une affaire de droit, c’est une affaire de science. Je ne suis pas un savant, moi, monsieur, je suis un juriste. Asseyez-vous, nous avons à causer.
Pascal s’assit, vivement ému.
— Les plaideurs nous reprochent souvent, continua M. Des Molliens, de ne pas rendre la justice assez vite au gré de leur impatience : ils ne savent pas ce qu’est la conscience d’un magistrat. Dans votre espèce, j’ai à décider une question que je ne connais pas, que je n’ai jamais étudiée, et cela, quand je ne comprends même pas les mots dont on se sert pour me l’expliquer. Depuis un mois, j’étudie la chimie, et cependant la lumière ne s’est pas faite encore dans mon esprit. Voulez-vous venir ici pendant quelques jours tous les matins, pendant deux heures, nous travaillerons ensemble ?
Pascal fut remué jusqu’au fond du cœur, et il lui fallut se faire violence pour se contenir.
— La difficulté pour moi, continua le président, porte sur ceci : pour produire votre noir, vous employez, n’est-ce pas ? entre autres choses, de l’argile, du bitume et une substance calcaire ; vos adversaires, eux, emploient une argile naturellement chargée de phosphate calcaire et du goudron provenant de la distillation du bois ; je ne comprends pas comment ces substances de composition très complexe jouent dans la fabrication un rôle identique.
— Une expérience rendrait l’explication bien claire.
— Eh bien, nous ferons une expérience ; je n’ai pas ici de laboratoire, mais j’ai une vaste cuisine, dont vous pourriez peut-être vous arranger ; venez voir.
Bien qu’il fût à peine neuf heures du matin, la cuisine était déjà en ordre, propre et nette comme une cuisine flamande. Près de la fenêtre, une vieille bonne ourlait des torchons en grosse toile grise.
— Voilà, dit M. Des Molliens ; cela vous suffirait-il ? quels appareils seront nécessaires ?
— Comment ! des appareils ? dit la bonne en quittant sa chaise, pour quoi faire des appareils ?
— C’est bien, Claudine, assez, assez.
— Dites donc, monsieur le plaideur, est-ce que ça va faire des dégâts, vos appareils ?
— Non, mais un peu de saleté, du bitume, de l’argile.
— Comment, du bétune, du bétune dans ma cuisine, non, par exemple ; je vous reconnais maintenant, c’est vous qui avez mis du bétune dans mes escaliers, c’est vrai que vous essuyez bien vos pieds, mais vous avez tout de même mis du bétune ; pas de ça dans la cuisine, ah ! mais non.
— Allons, dit M. Des Molliens pour couper court à ce flot de paroles, j’irai chez vous quand le moment des expériences sera arrivé ; en grand, cela vaudra mieux ; en attendant, nous ferons de la théorie.
— À quelle heure dois-je venir ?
— Je me lève à trois heures, je commence à recevoir à sept. Venez quand vous voudrez.
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