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Chapitre 25

La fabrication des toupies lumineuses eut pour premier résultat de ramener un certain bien-être dans la baraque de la rue de la Sablonnière.
Malheureusement, elle en eut en même temps un deuxième qui fut d’un tout autre caractère.

Pendant les semaines de misère qu’il avait fallu traverser, Cerrulas s’était renfermé dans la plus stricte économie ; non seulement il n’avait acheté ni livres, ni appareils, ni produits chimiques, mais encore il n’avait jamais manifesté le plus petit désir ? et toutes les fois que Pascal, désolé de le voir dans l’inaction, lui avait touché un mot de ce pénible sujet, il avait toujours détourné la conversation assez gaiement :

— Laisse donc, disait-il, ne t’inquiète pas de cela ; je n’ai besoin en ce moment que de tranquillité pour me recueillir ; plus tard, nous verrons, quand le procès sera gagné.

Mais il n’avait pas attendu jusque-là ; quand les toupies avaient commencé à donner des bénéfices, il n’avait pas pu résister à la tentation de faire quelques achats nécessités par les nouvelles expériences qu’il avait en vue. D’abord modérés, ces achats avaient pris bien vite un développement qui n’était pas en rapport avec les ressources de Pascal : un appareil avait exigé un autre appareil, un produit un autre produit, et Cerrulas était ainsi arrivé assez promptement à une dette de 3 à 4000 francs.

S’il eût rencontré les difficultés et les défiances auxquelles tant de fois il avait été exposé, il se fût peut-être arrêté ; mais, comme, au contraire, il trouva auprès du fournisseur qui avait remplacé les Herlofson un crédit grand ouvert, sans se demander comment il paierait un jour, il en profita.

Ce jour arriva cependant ; on lui présenta sa note ; puis, comme il n’avait pas d’argent pour la payer, on accepta un règlement à un mois.

Un mois, c’était plus de temps qu’il n’en fallait pour préparer Pascal au paiement de ces 1000 francs. Il n’y avait qu’à attendre le moment où le commissionnaire qui réglait ses achats tous les quinze jours apporterait le montant de la quinzaine. Sur 7 ou 8000 francs de bénéfices, Pascal ne se ferait pas tirer l’oreille pour prendre 4000 francs.

Mais, le jour où le commissionnaire devait faire son paiement, on ne le vit pas venir, et Pascal, qui alla chez lui, ne le trouva pas : le lendemain, on resta sans recevoir de ses nouvelles ; ce fut seulement trois jours après qu’on apprit qu’il était en Angleterre, d’où probablement il ne reviendrait jamais, car il avait eu soin de se lester d’une caisse assez lourde pour l’empêcher de repasser la Manche sans danger.

Dans ces circonstances, Cerrulas n’osa pas parler de sa dette : il alla chez son créancier et demanda à renouveler le billet ; il avait jusque-là rencontré tant de facilités que cela lui paraissait devoir se faire tout seul ; mais la face des choses avait changé : le renouvellement était impossible, l’argent était rare, les rentrées ne se faisaient pas : toutes les raisons à l’usage des débiteurs avec lesquels on veut en finir.

Pour tout ce qui touchait aux affaires d’argent, les relations de Cerrulas et de Pascal n’étaient pas celles d’un père et de son fils, ou tout au moins avaient-elles ce caractère particulier que c’était Pascal qui était le père et Cerrulas le fils ; le veillard se cachait du jeune homme, il le trompait, il l’endormait par des paroles plus ou moins adroites, employant tous les procédés, toutes les ruses d’un enfant prodigue qui, au fond, compte bien sur la faiblesse de ses parents, mais qui, dans la forme, garde des ménagements.

Lorsque le billet fut protesté, Cerrulas ne parla pas de ce protêt à son fils ; car, avant que de ce premier acte inoffensif on arrivât à des mesures gênantes, bien du temps s’écoulerait ; la situation deviendrait meilleure ; la fabrication des toupies donnerait de nouveau des bénéfices, et le moment de parler serait celui d’une bonne rentrée de fonds. Toujours plein de foi dans l’avenir, il attendit ce moment, et, par un surcroît de précaution qui ne lui était pas ordinaire, il écrivit à un de ses amis à Boston pour lui demander ces 4000 francs. Cet ami, le docteur Forthingham, professeur au collège de technologie, était un des savants les plus illustres de l’Amérique, et, depuis vingt ans, il était en relations avec Cerrulas, qui lui communiquait ses découvertes et le consultait sur ses travaux.

Cependant, les poursuites continuèrent, menées avec une régularité rigoureuse qui ne laissait pas perdre un jour au-delà des délais imposés par la loi. Comme tous ceux qui ont eu des relations suivies avec les huissiers, Cerrulas avait acquis l’expérience et la science de ces délais, de sorte que là où un débiteur naïf eût pris peur, il trouvait, lui, des motifs de se rassurer. « Encore trois jours avant le jugement, se disait-il, encore huit jours avant la saisie. » Et, confiant dans ces trois jours, dans ces huit jours, il attendait en continuant à serrer soigneusement le papier timbré pour qu’il ne tombât pas sous les yeux de son fils ; en réalité, c’était là sa seule précaution, sa seule inquiétude.

Quand l’huissier, assisté de ses témoins, vint procéder à la saisie, le hasard voulut que Pascal et Laure fussent absents, et Cerrulas s’arrangea pour qu’Abeille ne dit rien à son frère.

— Tu voudras bien ne pas parler de cela à Pascal ; tu me ferais gronder, et pour peu de chose encore, car cette affaire n’est rien, absolument rien, je vais sortir et la terminer.

Il sortit en effet, mais il ne la termina point, et tout ce qu’il put faire fut d’employer les ressources que la procédure met à la disposition de ceux qui veulent gagner du temps.

Il en gagna ; mais enfin le moment de l’exécution arriva, c’est-à-dire que des placards annoncèrent « qu’en l’hôtel des commissaires-priseurs, il serait procédé à la vente d’un mobilier meublant et de différents instruments et appareils de physique ».

Il fallait payer ou laisser vendre : Cerrulas fit une tentative auprès de Pascal.

— J’aurais besoin d’un peu d’argent, dit-il de l’air indifférent et ennuyé qu’il prenait toujours lorsqu’il prononçait ce mot « argent ».

— Combien vous faut-il.

— Quelques mille francs ; c’est pour payer des appareils qui me sont indispensables.

Au mot mille francs, Pascal eut un mouvement de surprise.

— Ma demande te gêne ?

— Elle me gêne si bien, que je ne peux pas, malgré le désir que j’en ai, vous satisfaire.

— N’en parlons plus.

— Si, mon cher père, parlons-en, je vous prie, et laissez-moi vous expliquer ma situation ; puisque j’ai la douleur de vous refuser, je voudrais avoir le soulagement de vous donner des raisons qui sont mon excuse. En m’enlevant 7000 francs et en me laissant 5000 francs de billets que j’ai dû acquitter, Baulard m’a porté un coup terrible.

— Mais tu marches depuis ce coup.

— Sans doute ; mais je ne marche plus dans les mêmes conditions qu’autrefois : la fabrication a augmenté, cela est vrai, mais les bénéfices ont diminué ; au lieu d’avoir un franc par toupie, je n’ai plus que 20 centimes ; la concurrence s’est organisée partout, la contrefaçon, si vous voulez ; les cinq ou six ouvriers avec lesquels nous avons commencé nous ont quittés, et ils travaillent à leur compte, en imitant votre invention. Sans doute il y a une énorme différence entre leurs toupies et la vôtre ; mais, le soir, au coin d’une rue ou d’un passage, le public ne sait pas distinguer la bonne de la mauvaise, et il achète de préférence celle qui coûte moins cher ; toute la vente des boulevards nous a été ainsi enlevée ; nous n’avons plus que les marchands en boutique, et encore parce que nous avons baissé nos prix : je fabrique maintenant 300 toupies par jour ; à 20 centimes de bénéfice net par toupie, cela me donne 60 francs, ou 1800 francs par mois. Vous voyez qu’il m’est impossible en ce moment de prendre quelques mille francs sur 1800 francs ; d’autant mieux que je n’ai pas encore fini de payer les fournitures que je devais au moment de la fuite de Baulard.

— C’est bien, j’attendrai.

— Si vous voulez quelques centaines de francs…

— Non, merci ; rien ne presse.

Il dit cela avec une parfaite tranquillité, et Pascal se remit au travail, sans autre préoccupation que l’ennui d’avoir répondu à cette demande par un refus.

Un quart d’heure après, Abeille vint le trouver.

— Sais-tu ce qu’a notre père ?

— Rien, je pense.

— Si, il est troublé, tourmenté ; il vient de sortir et il agitait son chapeau avec des mouvements convulsifs comme je ne lui en ai jamais vu.

— J’ai été obligé de lui refuser une grosse somme qu’il me demandait.

— Obligé ?

— Je n’avais pas cette somme et il m’est impossible de la trouver ; que voulais-tu que je dise ? j’ai dit la vérité. Sois donc persuadée, ma chère Abeille, que rien ne me coûte plus que d’être forcé de compter avec notre père.

C’était vers dix heures du matin que Cerrulas était sorti ; à trois heures, il n’était pas encore rentré ; à six heures, pas davantage : la nuit allait bientôt tomber, l’approche du soir redoubla l’inquiétude d’Abeille. Déjà vingt fois elle avait été jusqu’à la porte du jardin.

Son inquiétude gagna Laure et Pascal ; une si longue absence était extraordinaire, car leur père habituellement ne restait jamais longtemps dehors ; cinq ou six fois par jour il sortait, mais c’était pour rentrer une heure après. Où était-il ? Que faisait-il ? Abeille voulait aller le chercher d’un côté, tandis que Pascal irait d’un autre et que Laure resterait à la maison. Mais où le chercher ? il n’avait pas dit où il allait, et rien ne leur donnait un indice ou une supposition.

La nuit vint tout à fait.

— Décidément, s’écria Abeille ne pouvant plus se contenir, il est arrivé un malheur à père.

Pascal s’efforça de la rassurer, mais ses paroles n’avaient pas la conviction ; lui-même était troublé, et, tout en prononçant des paroles vides de sens, il se disait qu’en ces derniers temps leur père avait bien changé ; physiquement, il avait maigri et il s’était voûté ; moralement, il avait toujours passé de l’agitation à la prostration sans avoir jamais un moment de calme.

Vers huit heures, un roulement de voiture retentit dans la rue de la Sablonnière, ce qui, à ce moment de la journée, était un bruit tout à fait extraordinaire. Leurs trois regards se croisèrent et se dirent leurs sinistres pressentiments. En voiture !

Ils coururent à la porte du jardin : dans la voiture, dont la portière venait d’être ouverte, Cerrulas était étendu sans connaissance.

— C’est ici que demeure M. Cerrulas ? dit un homme de police qui l’accompagnait. Bon ! alors, nous allons le transporter dans son lit ; il en a bien besoin ; c’est une attaque d’apoplexie : ne vous tourmentez pas, le médecin dit qu’il n’est pas mort.

Le récit de l’homme de police apprit à Pascal que son père avait été trouvé évanoui au pied d’un banc dans le bois de Vincennes. Combien de temps était-il resté ainsi ? personne ne le savait ; on l’avait transporté dans un pavillon de garde, où on lui avait donné les premiers soins ; les papiers qu’il portait sur lui indiquant son adresse, on l’avait apporté rue de la Sablonnière.

Pascal avait étudié à Condé l’apoplexie d’assez près pour voir que l’homme de police ne se trompait pas ; c’était bien une attaque d’apoplexie ; c’était bien la physionomie marquée de l’empreinte de la souffrance et de la stupeur qu’il avait eue devant les yeux lorsqu’il avait soigné son père. Quelle avait été la violence de cette attaque ? quelles seraient ses conséquences ? On disait qu’une seconde atteinte était souvent mortelle.

Le médecin du quartier qu’il courut chercher confirma ses craintes : il y avait peu d’espoir.

Le mot avait été prononcé tout bas à l’oreille de Pascal, cependant Abeille le saisit ou plus justement le devina.

— Pas d’espoir ! murmura-t-elle en chancelant.

— Je n’ai pas dit cela, reprit le médecin, j’ai dit peu d’espoir, mais il y en a, et avec des soins intelligents nous pouvons le sauver.

Une pression de main indiqua à Pascal quelle foi il fallait accorder à ces paroles.

Cerrulas avait été transporté dans sa chambre, et il était étendu sur son lit, la tête maintenue par trois oreillers ; sans le bruit de sa respiration haute et sifflante, on eût pu croire qu’il était mort.

Jusque vers minuit, il resta dans cette position sans donner le moindre signe de connaissance : Abeille, assise près de lui, renouvelait sans cesse la glace pilée qui lui entourait le crâne ; Pascal et Laure restaient immobiles près de la cheminée sans feu.

Vers minuit, il commença à s’agiter avec effort sur son lit ; il remua les lèvres comme pour parler, mais il ne put pas former les mots et il laissa échapper seulement quelques sons rauques ; puis, fatigué par cette tentative, il retomba dans son engourdissement.

Mais bientôt il remua de nouveau les bras lourdement comme s’ils étaient chargés d’un poids de dix livres, et, ouvrant les paupières, il regarda autour de lui. En rencontrant les yeux d’Abeille fixés sur les siens, un éclair passa sur sa face pâle ; évidemment il l’avait reconnue.

— Papa ! dit-elle de sa voix tendre et vibrante, cher papa !

Soit qu’il eût entendu, soit qu’il eût compris ces simples mots au mouvement des lèvres, il y eut une contraction sur son visage : ses traits ne s’assouplirent point, mais ses prunelles sourirent.

Pascal et Laure s’étaient approchés du lit ; il les regarda aussi ; puis, étendant un doigt vers son fils, il sembla vouloir lui expliquer quelque chose ; mais le geste était trop informe pour être compréhensible.

Lorsqu’il vit qu’il ne pouvait pas se faire comprendre, il eut un mouvement d’impatience.

— Tu veux quelque chose, cher père ? dit Abeille en se penchant sur lui.

La main fit un signe affirmatif.

— Quelque chose pour te soigner ?

Elle fit un signe négatif.

Tous trois se regardèrent avec angoisse ; cette tension d’intelligence n’allait-elle pas aggraver son état ? Le médecin avait recommandé si vivement le calme et le silence !

La main s’agita de nouveau en se crispant sur le drap.

— Éloignez-vous un peu, dit Abeille à son frère et à Laure.

Puis, se levant, elle vint se mettre juste en face de son père, de manière à bien le tenir dans ses yeux.

La main s’étendit, et le doigt parut indiquer un coin de la chambre.

— Ce que tu veux est ici ? dit-elle en montrant ce coin.

La main remua pour répondre non.

Entre le coin de la chambre et le lit se trouvait une chaise sur laquelle étaient posés les vêtements qu’on avait enlevés pour le coucher.

— C’est ton habit que tu veux ? dit vivement Abeille en prenant cet habit et en l’apportant.

La main se souleva avec un geste plus libre qui disait le plaisir qu’il avait ressenti en se voyant compris. Puis, se promenant sur le vêtement, elle parut chercher la poche.

— Dans la poche ? dit Abeille.

Fouillant dans cette poche, elle en tira une grosse liasse de papier timbré.

— Tu ne veux pas ces papiers ? dit-elle en continuant de traduire haut l’expression de ses gestes et de ses yeux ; – tu veux que je les lise ? – Non, pas moi ? Pascal alors ?

Il lui prit la main et la serra faiblement ; puis il se laissa aller sur l’oreiller avec le soulagement qu’on éprouve après une grande inquiétude ou un pénible travail.

Pascal n’eut pas besoin de grand temps pour connaître le contenu de ces papiers.

— C’est une dette de 4000 francs pour laquelle notre père est poursuivi, dit-il à voix basse ; il y a saisie ; la vente des meubles est fixée au 20 mars.

— Mais le 20 mars, c’est demain, c’est aujourd’hui ! s’écria Abeille ; vendre les meubles, c’est impossible, n’est-ce pas ?

Pascal baissa la tête.

— Il faut empêcher cette vente ; en ce moment, ce serait épouvantable.

Ils restèrent tous les trois longtemps sans parler, étouffés par l’horreur de leur situation. Cerrulas sur son lit était immobile, insensible maintenant à ce qui se passait, à ce qui se disait autour de lui.

Enfin Pascal rompit ce silence terrible, et, attirant sa sœur et sa femme à l’extrémité de la chambre :

— Je n’ai pas ces 4000 francs, c’est-à-dire qu’avec les frais c’est plus de 5000 francs qu’il me faut ; aussitôt que le jour va paraître, j’irai chez l’huissier.

— Nous quitter !

— Le quitter !…

Ces deux mots en même temps échappèrent à Laure et à Abeille.

— Faut-il laisser la vente se faire ? et si je m’éloigne en ce moment, croyez-vous que je n’en souffre pas assez ?

Vers quatre heures et demie, quand les fenêtres commencèrent à blanchir. Pascal se disposa à partir ; il n’y avait pas de changement dans l’état du malade : même prostration, même somnolence insensible.

— Si l’on vient pour enlever les meubles, dit-il à Laure, et que je ne sois pas de retour, tâche de gagner du temps, dis que je vais arriver avec de l’argent.

— En trouveras-tu ?

— À tout prix.

Et, s’agenouillant, il prit la main de son père et l’embrassa longuement.

Les nuages s’entrouvraient du côté de l’Orient et les étoiles pâlissaient dans les profondeurs bleuissantes du ciel ; à cette heure matinale, les rues étaient désertes. Pascal se dirigea vers le quartier de la Bourse où demeurait l’huissier poursuivant ; mais bien qu’il voulût marcher lentement pour ne pas arriver trop tôt, l’inquiétude le poussait malgré lui en avant.

Lorsqu’il fut devant la porte de l’huissier, il ne put pas se contenir comme il se l’était promis ; il se fit ouvrir la grande porte et indiquer le logement de l’huissier : il n’était pas encore six heures.

Son parti était pris ; il ne sonna pas timidement, mais à grand coups, à si grands coups, que l’huissier lui-même vint en chemise voir qui pouvait faire un pareil tapage.

En quelques mots, Pascal lui expliqua sa demande et la position cruelle dans laquelle il se trouvait. L’huissier fut si abasourdi de cette audace chez un débiteur, qu’il l’écouta sans l’interrompre, et ce fut seulement quand Pascal se tut qu’il retrouva son sang-froid.

— Eh bien, il faut convenir, s’écria-t-il, que vous êtes un singulier original ; réveiller les gens chez eux à six heures du matin pour ne pas les payer, c’est admirable ! Voulez-vous m’obliger de descendre l’escalier plus vite que vous ne l’avez monté ?

— Vous n’avez pas de père ! vous n’avez pas d’enfant !

— J’ai sommeil, laissez-moi dormir.

Et l’huissier, qui, tout en parlant, l’avait fait reculer jusque sur le palier de l’escalier, lui ferma vivement la porte au nez.

En se retrouvant dans la rue, Pascal comprit seulement combien sa démarche était insensée.

Pendant quelques minutes, il marcha la tête perdue. Que faire ? À quelle porte frapper ?

Une voiture vide passait devant lui, il l’arrêta.

— Quai de la Râpée ! dit-il.

Le souvenir de Midoucet avait traversé son esprit ; l’heure était venue d’éprouver cette sympathie dont l’homme de confiance de Féline lui avait si chaudement parlé.

Mais Midoucet n’était pas à Paris, il avait couché à sa maison de campagne, à Nogent.

— Votre cheval peut-il aller à Nogent ? demanda Pascal au cocher.

— Vite ?

— Au galop.

— C’est vingt francs

— Allez.

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