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Chapitre 27

En disant que tout était arrangé, Pascal n’avait pas fait un mensonge pour rassurer son père, tout, en effet, était fini, non seulement les 4000 francs pour lesquels on avait poursuivi si rigoureusement étaient payés, mais encore les brevets pour le noir décolorant et sa revivification étaient vendus à Midoucet.

En arrivant à Nogent au galop de son cheval de fiacre, Pascal avait appris du concierge que Midoucet n’était point encore reparti pour Paris ; il était dans la propriété, occupé à donner des ordres aux ouvriers. Cette propriété, l’une des plus belles de Nogent, était en ce moment en transformation ; Midoucet avait acheté des terrains dans le fond de Beauté, et il les réunissait à son ancien jardin, qui désormais descendrait jusqu’à la Marne.

Au milieu de ses terrassiers, à qui il traçait les travaux de la journée, il ne parut pas faire attention à Pascal lorsque celui-ci s’avança, et ce fut seulement à la dernière extrémité, c’est-à-dire alors que Pascal n’était plus qu’à trois pas de lui, qu’il se décida à lever la tête et à le reconnaître.

— Ah ! monsieur Cerrulas, dit-il ; enchanté de vous voir, je vous demande une minute seulement, et je suis à vous.

La minute dura un quart d’heure. Pascal tremblait d’impatience ; il se demandait s’il ne devait pas retourner à Paris, quand il vit Midoucet se diriger vivement vers lui.

— Qui me procure le plaisir de votre visite à pareille heure ? dit-il en lui tendant la main.

En quelques mots, Pascal le mit au courant de sa situation.

— Vous m’avez demandé de m’adresser à vous, quand j’aurais besoin de vos services ; je viens faire appel à votre sympathie.

— Combien je suis désolé ! Féline est en Espagne pour organiser une ligne de chemin de fer, il ne reviendra pas avant deux mois peut-être.

— Alors, dit Pascal le cœur serré, il ne me reste qu’à retourner à Paris ; pardonnez-moi de vous avoir dérangé.

— Retourner à Paris, mais c’est impossible ; vous ne pouvez pas, dans l’état où est monsieur votre père, laisser emporter votre mobilier. Quel trouble pour lui ! cela pourrait le tuer.

— Que faire ? l’heure presse.

— Il y aurait bien un moyen, ce serait que je vous prêtasse ces 5000 francs qui vous sont nécessaires, et vraiment j’y suis tout disposé. Mais cela serait-il juste ? Si vous êtes dans cette position désespérée, c’est parce que Féline a voulu vous avoir à sa merci. Serait-il loyal que moi, l’homme de Féline, je vinsse me mettre en travers de son chemin pour faire échouer ses combinaisons ? Il y a là une difficulté que vous sentez, n’est-ce pas ?

Pascal n’avait jamais eu qu’une médiocre confiance dans Midoucet ; ce langage le toucha : c’était celui d’un honnête homme.

— La justice et la conscience, continua Midoucet, voudraient que je m’unisse à vous ; mais il me semble que la délicatesse doit m’arrêter. Ah ! si je n’avais plus la charge, charge bien lourde, je vous assure, des intérêts de Féline ! Mais je l’ai, et je ne puis vous servir qu’en le servant aussi.

— C’est impossible, hélas !

— Impossible ? impossible ?

Et, passant son bras sous celui de Pascal, il l’emmena du côté de la rivière.

— Tenez, dit-il en marchant, il me vient une idée, une idée qui peut tout concilier peut-être. Féline n’est pas là pour traiter avec vous ; vous traitez avec moi. Vous me vendez à moi, Midoucet, vos brevets aux conditions dont nous avons déjà parlé, c’est-à-dire 50 000 francs comptant et 20 pour 100 dans les bénéfices, en excluant toutefois de ces bénéfices le noir que j’emploie moi-même dans mes propres raffineries ; ces 20 pour 100 peuvent vous donner très bien un revenu annuel de 80 à 100 000 francs, je me charge de tous vos procès et je désintéresse les créanciers de votre faillite. Vous êtes libre et vous avez 100 000 francs de rente. Cela vous va-t-il ?

— Cela ira-t-il à Féline ?

— L’acte signé, j’explique à Féline dans quelles conditions j’ai dû traiter avec vous, et pourquoi j’ai pris sa place. Comme, en réalité, les bénéfices que vous lui apportez par vos brevets sont considérables, il me devra des remerciements. Acceptez-vous ?

Durant quelques secondes, Pascal tâcha de réfléchir, mais il n’était pas maître de ses idées ; en ce moment peut-être son père était à l’agonie, et peut-être enlevait-on ses meubles autour de lui,

— J’accepte, dit-il.

— Eh bien, partons pour Paris ; ma voiture ira plus vite que la vôtre, je vous emmène.

Lorsqu’ils furent en route, Midoucet tira son portefeuille et écrivit un projet d’acte d’après les bases dont ils avaient parlé ; il le lut à Pascal qui l’approuva.

— En arrivant quai de la Râpée, dit Midoucet, nous rédigerons ce petit acte que nous régulariserons plus tard, et je vous donne 5000 francs comptant.

En moins d’une demi-heure, ils vinrent de Nogent au quai de la Râpée ; en un quart d’heure l’acte fut écrit en double et signé.

— Gardez ma voiture, dit Midoucet, et courez chez votre père.

Dans son angoisse, Pascal ne savait trop ce qu’il faisait ; cependant, l’acte signé, il éprouva un immense soulagement. Enfin c’était fini ; plus de soucis, plus de fièvres, plus de procès, plus d’affaires. Et il pensa avec attendrissement à sa pauvre mère qui avait tout fait pour lui épargner ces soucis et lui assurer une vie calme dans la tranquille médiocrité.

Si Féline allait refuser ! En ce moment, les 20 pour 100 dans les bénéfices se fussent réduits à 10, à 5, à 1, qu’il eût accepté avec bonheur.

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