Chapitre 6
Le château des Yvetaux est à quinze cents mètres à peine de Condé-le-Châtel, et l’on s’y rend de la ville par le chemin le plus frais peut-être de toute la Normandie. D’un côté court la rivière bordée de saules et d’aunes, de l’autre se déroulent à perte de vue les gras pâturages dans lesquels en tout temps l’herbe foisonnante monte jusqu’aux genoux des bœufs et des juments. L’épaisseur de l’humus et les eaux chargées d’engrais qui humectent continuellement les racines, donnent aux arbres une vigueur et une intensité de verdure qui défient la chaleur des étés les plus brûlants. Comme le bois abonde dans le pays, on n’attend pas impatiemment que les arbres soient arrivés à point pour les abattre ; mais on les laisse debout tant qu’ils peuvent se soutenir, de sorte qu’ils se mêlent dans l’harmonieuse confusion de la nature : les jeunes à l’écorce saine et brillante, les vieux aux troncs creusés par l’âge, par le travail des insectes ou le bec en coin des oiseaux grimpeurs : dans ces trous remplis d’un terrain végétal, les plantes parasites se développent avec force, les unes grimpant autour des branches, les autres retombant en guirlandes. En aucun temps le soleil ne peut pénétrer cet épais feuillage, et pendant la chaleur du jour les bêtes de la prairie viennent chercher un abri sous sa voûte : les bœufs qui se couchent la croupe dans l’eau, tassés les uns contre les autres ; les mouches qui tournent au-dessus d’eux ou parmi les herbes fleuries de la berge, les oiseaux chasseurs d’insectes qui, toujours affamés, ne se reposent jamais, les mésanges, les fauvettes, les martins-pêcheurs au plumage radieux.
Bien que Pascal connût les moindres brins d’herbe de ce chemin qu’il avait si souvent parcouru, il lui sembla, quand il sortit des Yvetaux, qu’il le voyait pour la première fois. Les fleurs n’avaient jamais eu un éclat si brillant, un parfum si pénétrant ; le murmure de l’eau courante, le bruissement des feuilles, le bourdonnement des insectes, le chant des oiseaux, les bruits mystérieux de la prairie ne lui avaient jamais dit tant de choses douces et délicieuses ; les bœufs eux-mêmes, le mufle tendu vers lui, paraissaient s’associer à sa joie, et leurs grands yeux mouillés le regardaient avec contentement.
Il revint lentement, à petits pas, mais, prêt à entrer dans la ville, il retourna en arrière ; il avait besoin de silence, de solitude, de recueillement. Il s’oublia si bien dans ses rêveries d’amour, que pour la première fois de sa vie il laissa passer l’heure de sa classe sans en avoir conscience ; et quand l’horloge de l’Hôtel-de-Ville le tira de son oubli, il ne s’en occupa pas autrement ; dans son cœur gonflé, il n’y avait point de place pour les contrariétés ou les soucis de ce monde.
À la fin cependant il se décida à rentrer ; mais à peine avait-il ouvert la porte, que son père, frappé de l’enthousiasme qui éclatait dans son regard, lui demanda ce qui était arrivé.
Que Laure eût un sentiment de tendresse pour lui, et que cette tendresse touchât à l’amour, il n’en doutait plus maintenant, lui qui pendant deux années avait cru que sa passion était insensée ; mais s’il s’enhardissait jusqu’à se faire cet aveu à lui-même, il n’eût jamais osé le faire à un autre.
— Je viens de voir M. Charlard, répondit-il, et il serait possible qu’il voulût bien prendre un intérêt dans notre affaire.
— M. Charlard est un banquier, n’est-ce pas ?
— Oui ; il a fondé il y a quelques années le Comptoir de l’Ouest, qui est une grande maison de banque dans le genre du Comptoir d’escompte, et qui fait des affaires considérables.
— Eh bien, défie-toi de lui ; c’est le conseil que je te donne.
— Mais pourquoi ?
— Parce que c’est un homme de finance, et pour rien autre chose, puisque je ne le connais pas : pour moi, tous les financiers sont des vers rongeurs ; laissez-les pénétrer dans une affaire et ils n’ont d’autre souci que de s’en nourrir ; ils agissent comme ces vers dont j’ai oublié le nom, qui, développés dans le corps d’une chenille, ne la tuent pas tout d’un coup, mais la laissent s’engraisser, ne lui mangeant que les parties qui ne sont pas nécessaires à la vie ; par ce moyen, la chenille travaille pour le vers, et celui-ci ne la tue que quand il ne trouve plus rien de bon à en tirer : j’ai toujours vu ceux qu’on appelle les grandes intelligences financières procéder ainsi avec ces autres intelligences qu’on appelle les travailleurs ou les inventeurs. Si ton M. Charlard est une de ces grandes intelligences, tiens-toi en garde contre lui : la défiance de l’inventeur doit être en proportion de la richesse du financier. C’est une règle que j’écrirai en tête du martyrologe des inventeurs. Est-ce un malin ?
— Il a la réputation d’être très capable et très riche.
— Alors sois très défiant.
— Je ne demande pas mieux que de ne pas m’adresser à lui ; mais, pour entreprendre l’affaire que vous me proposez si généreusement, il faut de l’argent ; je n’en ai pas. Dois-je refuser celui qu’on mettra peut-être à notre disposition ?
— Je ne dis pas cela ; il ne faut jamais refuser l’argent, mais il ne faut l’accepter qu’avec de prudentes réserves. Que demande-t-il, ton banquier ?
— Nous n’avons pas discuté les conditions ; avant tout, il voudrait voir par lui-même une expérience de votre noir décolorant : il a une sucrerie dans sa ferme, il la met à notre disposition.
— Cela est très facile ; je ne peux pas fabriquer ici mon noir, mais j’en ai à Paris une quantité plus que suffisante pour une expérience ; je vais écrire à Abeille de me l’envoyer ; aussitôt qu’il sera arrivé, nous donnerons à ton banquier la preuve qu’il désire.
Le noir arriva quatre jours après, et Pascal courut aux Yvetaux se mettre à la disposition de M. Charlard. Laure déclara à son père qu’elle serait très curieuse d’assister à l’expérience, qui fut fixée au lendemain, dans la matinée.
M. Charlard, qui n’avait reçu d’autre éducation que celle qu’il s’était donnée, avait grand souci dans la vie d’agir toujours et avec tout le monde conformément aux lois les plus rigoureuses de la politesse et des convenances : quand il ne connaissait pas ces lois, ce qui lui arrivait souvent, il aimait mieux aller au-delà que rester en deçà : en écrivant aux gens, il était « leur très humble serviteur », et il prenait sa distance pour signer ; quand il tirait son chapeau à quelqu’un, c’était avec un « j’ai bien l’honneur » aussi respectueux que le salut lui-même.
Au moment où Cerrulas et Pascal allaient partir pour les Yvetaux, ils virent s’arrêter devant leur maison la calèche de M. Charlard qui venait les chercher ; le valet de pied en grande livrée était porteur d’une lettre par laquelle le banquier « avait bien l’honneur de présenter ses très humbles salutations à MM. Cerrulas père et fils et les prier à déjeuner aussitôt après l’expérience. »
— En route pour la fortune, dit gaiement Cerrulas lorsqu’il fut assis dans la calèche, et ne versons pas.
— Ce serait dur.
— Tu tiens donc bien à la fortune ? Rassure-toi, tu l’auras ; l’affaire est certaine.
— N’est-ce pas que le chemin est admirable ? dit Pascal en montrant à son père les herbages au milieu desquels ils passaient.
— C’est le chemin du paradis.
Il ne croyait pas dire si vrai : Pascal était réellement un bienheureux arrivant au ciel.
Sa Divinité les reçut à la descente de la voiture ; moins cérémonieuse que son père, qui endossait régulièrement son habit noir au saut du lit, elle était en toilette du matin, mais tout à l’avantage de sa beauté, dont la splendeur n’éclatait jamais plus magnifiquement que dans la simplicité du négligé. Cerrulas, qui ne l’avait jamais vue, fut ébloui, et ses regards allèrent avec une curiosité soupçonneuse d’elle à son fils et de son fils à elle.
On se dirigea vers la sucrerie, qui s’élevait à l’extrémité de la ferme. La cour était pleine de mouvement et de bruit. C’était l’époque de la récolte, et des environs, à dix lieues à la ronde, les paysans arrivaient conduisant de grandes voitures chargées de betteraves ; partout on voyait les betteraves empilées en tas sous les pommiers, et de leur collet décapité coulait une liqueur épaisse et rouge comme du sang coagulé. Les cheminées de l’usine vomissaient des tourbillons de fumée et l’on entendait le ronflement des appareils en mouvement, tandis que du côté opposé sortaient d’une longue étable des mugissements de bœufs. Par un fait caractéristique, qui jusqu’à un certain point explique la nature de M. Charlard, c’était l’engraissement de ces bœufs qui l’avait engagé à établir une sucrerie dans sa ferme. À l’état libre et dans les meilleurs prés, les bœufs, en se gorgeant d’herbes nuit et jour, ont besoin de cinq ou six mois pour engraisser. Dans l’étable, nourris de pulpes de betterave, ils sont bons à envoyer à la boucherie au bout de trois mois. « À quatre-vingt-dix jours je m’engage à livrer cinquante bœufs gras. » La formule avait séduit le banquier par son côté commercial, et il avait fait construire une sucrerie afin d’avoir de la nourriture pour ses bœufs.
— Est-ce que mademoiselle veut assister à nos expériences ? demanda Cerrulas en voyant Laure les accompagner ; ce n’est guère intéressant pour une jeune fille.
— Je ne pense pas comme vous, dit-elle les yeux baissés, et le désir seul que j’ai d’un succès est déjà de l’intérêt.
Ah ! comme Pascal eût voulu se prosterner à ses pieds et baiser le bas de sa robe !
Le jus de la canne ou le jus de la betterave, avec lesquels on fabrique le sucre, ne sortent pas du moulin ou de la presse incolores ; ils sont teintés au contraire plus ou moins fortement. Pour les décolorer, il faut leur faire subir une opération qui a reçu le nom de filtration décolorante, et qui consiste à leur faire traverser plusieurs couches de noir animal. C’était cette opération qu’allait faire Cerrulas ; seulement, au lieu du charbon animal qui est habituellement employé, il se servirait du noir décolorant qu’il avait inventé.
Deux filtres furent préparés ; dans l’un, au-dessus du double fond percé de trous, on déposa des couches successives de charbon animal ; dans l’autre, on disposa de la même manière des couches de noir décolorant, et, après avoir recouvert la dernière couche de charbon ou de noir d’une toile métallique, on fit arriver la matière sucrée en même temps dans les deux filtres.
Ceux qui assistaient à l’opération présentaient entre eux un curieux contraste : Cerrulas, qui présidait et ordonnait, était calme et sûr de lui-même ; il donnait ses instructions tranquillement, en souriant, avec des paroles affectueuses pour les ouvriers qu’il appelait « mes enfants » ; M. Charlard était poliment attentif ; Pascal, blanc comme un linge, tremblait de tout son corps ; Laure regardait les filtres sans se laisser détourner d’un côté ou d’un autre. – Quant à M. Adolphe, l’élève de Pascal, il paraissait s’ennuyer profondément, et de temps en temps il répétait une seule phrase, toujours la même, qu’il adressait aux ouvriers : « Dites donc, vous autres, tâchez donc de vous dépêcher un peu, si ça ne vous gêne pas ; j’ai une faim de chien, savez-vous. » Les ouvriers se dépêchaient, et tout en travaillant regardaient Cerrulas, se demandant si celui-là aussi n’était pas un de ces brigands qui s’amusent à inventer des drogues ou des machines pour diminuer les salaires.
Comment le sirop allait-il sortir des deux filtres ? Toute la question était là. L’un ne serait-il pas plus blanc que l’autre ?
Goutte à goutte il commença à couler ; Laure leva les yeux sur Pascal, qui la regardait ; mais tous deux en même temps ils se détournèrent du côté de la chaudière. La masse de sirop filtré augmenta et monta le long des parois.
— Vous voyez ! s’écria Pascal, ne pouvant se contenir.
— Les deux sont pareils, répondit Laure.
— Parbleu ! fit Cerrulas.
En effet, il n’y avait aucune différence entre les deux filtrations : le charbon animal et le noir décolorant avaient donné le même résultat. L’expérience était décisive.
— Cela vaut un million ? dit Laure en prenant le bras de Cerrulas.
— Dix millions, quinze, vingt peut-être, cela dépend de l’habileté de celui qui exploitera ce procédé. Mon fils est un esprit intelligent.
— Et un noble cœur.
— Un trop bon fils pour n’être pas un excellent mari.
On déjeuna gaiement : la seule figure maussade fut celle de M. Adolphe.
— Tout ça, c’est admirable, dit-il en manière de conclusion, j’estime les inventeurs, mais j’en voudrais un qui réduisît la charge en douze temps à six temps. Voilà qui serait amusant.
— Vous voulez donc être soldat ? interrompit Cerrulas.
— Je l’aurais voulu, si le capitaine l’avait permis ; mais il me force à travailler la physique, la mathématique et toutes les sciences en ic ; tout ça, parce que c’est chic ; voilà le hic.
Et il se mit à rire, enchanté de sa spirituelle plaisanterie.
Pascal était dans un tel ravissement, qu’il trouvait son ancien élève étourdissant d’esprit : ce n’était plus un simple élève, c’était un beau-frère.
Lorsque le café fut servi, M. Charlard, qui était un homme pratique, demanda poliment s’il n’était pas temps de s’occuper d’affaires.
— Quant à moi, dit Cerrulas en riant, permettez-moi de vous répondre que si vous avez des affaires à traiter, je n’ai pas à m’en mêler : je ne suis qu’un manœuvre ; voilà le patron.
Il désigna son fils par un coup d’œil affectueux.
— Veuillez donc vous entendre avec lui ; ce qu’il fera sera bien fait. Je ne suis qu’un enfant, un vieil enfant, je demande à rester avec les enfants. Voulez-vous accepter mon bras, mademoiselle, je serai très heureux si vous consentez à montrer votre admirable jardin à un vieux bonhomme qui depuis longtemps ne connaît plus les fleurs.
Ils sortirent, et M. Charlard emmena Pascal dans son cabinet.
— Il est certain, dit-il en s’asseyant, que l’expérience a réussi, et bien que je ne sois qu’un ignorant dans ces sortes de choses, je crois qu’elle est concluante. Combien coûte le produit employé par monsieur votre père ? la question est là désormais. Si le prix de revient est ce que vous annoncez et le prix de vente moitié plus bas que le noir animal, il y a de beaux bénéfices à faire ; dans ces conditions, on peut donc traiter. Voici ce que je vous propose. Je vous ouvrirai un crédit de 100 000 fr., et ce crédit sera une sorte de commandite. Je ne vous verserai la somme de 100 000 fr. que proportionnellement à vos besoins de fabrication et sur preuves justificatives : nous partagerons les bénéfices.
— Également ?
— Non ; vous m’abandonnerez 25 pour 100.
— À Paris seulement mes bénéfices doivent être de 200 000 à 300 000 fr. par an ; c’est donc 50 000 fr. que vous prélèverez sur nous ; en deux ans vous rentrerez dans le capital avancé. En quinze ans pour 100 000 fr., vous toucherez 750 000 fr. Et notez que je ne parle que de Paris ; reste la France, restent les pays étrangers dans lesquels nous aurons à vendre notre brevet.
— Je vois que vous comptez bien, et j’aime ça ; mais moi aussi je compte. J’aurais pu vous proposer une association pure et simple avec partage par moitié, car si vous apportez votre procédé, moi j’apporte mon capital ; dans la pratique des choses, l’un vaut l’autre, avec cette différence cependant que sans mes 100 000 fr. votre procédé ne vaut rien, tandis que, sans votre procédé, mes 100 000 fr. valent toujours 100 000 fr., c’est-à-dire entre mes mains 3 ou 400 000 fr. En vous demandant le quart des bénéfices je ne suis donc pas un égorgeur. Au reste, si vous trouvez que c’est trop, adressez-vous ailleurs ; ce que j’en fais est pour vous obliger.
Quelque disposé qu’il fût à suivre les conseils de son père, Pascal ne pouvait pas cependant contredire un si brave homme. Il le laissa donc continuer.
— Je vois deux manières de tirer parti de votre procédé : ou vous l’exploitez vous-même, ou vous vendez votre brevet. C’est cette dernière manière que je vous conseille. On ne sait pas ce qui peut arriver : votre invention est excellente aujourd’hui, demain on peut en trouver une autre qui supprimera et le noir animal et le noir décolorant. Donc si vous en trouvez 1 million ou 1 million 500 000 fr., vendez ; vous me donnerez 250 000 fr. pour ma part ; vous mettrez dans ma banque les 7 ou 800 000 fr. qui vous resteront, et je vous ferai un beau revenu. Si vous ne pouvez pas vendre, naturellement il faudra exploiter ; dans ce cas, je vous donnerai un caissier que je vous demande de prendre, ce sera une garantie pour vous… et pour moi.
Pascal écoutait, prêt à tout accepter, mais bien plus préoccupé d’une toute autre idée que de discuter ses intérêts.
— Défendez-vous donc ! s’écria M. Charlard, impatienté de ce silence, ou je perds ma confiance en vous.
— Que voulez-vous que je réponde ? je trouve vos propositions raisonnables, je ne peux pas les combattre.
— Alors, si vous les acceptez, je ferai préparer un acte que nous signerons demain.
Sans répondre, Pascal resta les yeux fixés sur une des feuilles du parquet.
— Eh bien ? demanda M. Charlard.
Il fallait se décider.
— Eh bien ! moi aussi j’ai une proposition à vous adresser. Vous estimez, n’est-ce pas ? que l’invention de mon père doit me donner plus de 200 000 fr. par an, ou, si j’en vends le brevet, plus de 1 million. Si cela se réalise, me trouverez-vous indigne ?
— Indigne de quoi ?
— Indigne de prétendre à la main de mademoiselle Laure.
— Vous… Laure, ah ! ah ! mon cher…
Il se leva vivement et fît deux ou trois tours dans son cabinet ; il paraissait suffoqué.
— C’est fini, pensa Pascal le cœur serré, il va me mettre à la porte.
Enfin M. Charlard s’arrêta et se campant en face de lui :
— Ce que vous me dites là me surprend étrangement.
— Croyez, monsieur, que mademoiselle Laure ne soupçonne même pas.
— Mademoiselle Laure n’a rien à voir dans tout ceci, et moi, je n’ai pas de réponse à vous faire aujourd’hui ; gagnez votre million ; gagnez-en deux, nous causerons ; alors il en sera temps.
— Eh bien ! demanda Cerrulas en rentrant, êtes-vous d’accord.
Pascal regarda le banquier.
— Parfaitement d’accord, et j’espère que nous le serons toujours.
Le père et le fils s’en revinrent lentement vers Condé, et pendant près d’un kilomètre ils marchèrent côte à côte sans échanger une parole.
— Je parie, dit tout à coup Cerrulas, que tu t’es laissé mettre dedans ?
— Et pourquoi donc, mon père ?
— Parce que mademoiselle Charlard est une très belle et très charmante fille.
— N’est-ce pas ? oh ! mon bon père, je suis bien heureux.
— Allons, tant mieux, je comprends maintenant pourquoi tu tiens tant à faire fortune ; à ton âge aimer l’argent si passionnément ! tu me faisais peur.
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