Chapitre 15
L’hiver s’avançait ; M. et madame Moissy s’étaient installés à Nice. Non qu’ils y trouvassent les éléments d’une vie agréable, mais elle pouvait y vivre en recluse, et lui, près de Monaco, pouvait satisfaire ses instincts de joueur. De plus, la société cosmopolite qui vient, passe et s’en va dans ces sortes de villes, faisait à Moissy un accueil qu’il n’eût probablement pas rencontré à Paris. La manière dont il avait été salué au Grand Prix par ceux qui l’avaient reconnu, ne l’avaient pas encouragé à revenir de sitôt. Avec tout cela, Hubert Moissy s’ennuyait ; il avait rêvé un foyer, il ne l’avait pas. Il s’était imaginé recommencer le mariage où il l’avait laissé, avec une femme polie, aimable, bien élevée, que sa liaison avec un autre ne déparait pas à ses yeux. Il l’avait quittée fidèle, patiente, esclave de son devoir, – un peu nigaude, – se disait-il jadis ; il la retrouvait affinée par le malheur, ennoblie par la passion, avec cet attrait indicible et souverain que met l’amour sur tout être qu’il s’approprie ; – étant donné qu’il avait bien quelque chose à se faire pardonner, il mettait un peu de grandeur d’âme de son côté, un peu d’indulgence du côté de Valentine, – et le tout devait former une combinaison fort agréable où sa femme eût remplacé avantageusement n’importe quelle maîtresse.
Voilà que cette « nigaude » renversait tous ses plans ! Au lieu du foyer promis, les villes de plaisance ; au lieu de la maîtresse conjugale rêvée, cette femme indifférente et hautaine, qui lui parlait peu en public et pas du tout à la maison. À part la question d’argent, qui, convenons-en, avait bien son importance, Moissy s’avouait carrément, à ses heures d’expansion, qu’il avait conclu une sotte affaire.
— J’aurais bien mieux fait, se disait-il, de la laisser tranquille en me faisant payer une grosse pension.
Oui, mais ici l’autre côté de Moissy regimbait énergiquement.
Cet être sans valeur morale avait son amour-propre ; il se savait fort bien malhonnête, mais il voulait être considéré comme un honnête homme par les honnêtes gens. L’attitude de sa femme à son égard l’exaspérait, parce qu’elle était faite surtout de dédain.
— Elle me boude, se dit-il enfin certain jour. C’est une conquête à refaire ; essayons !
Il devint aimable, il déploya une foule de procédés galants. À son inexprimable stupéfaction, Valentine vit apparaître sur son horizon des bouquets imprévus ; des boîtes de bonbons arrivèrent sur ses genoux, pendant qu’elle écoutait nonchalamment, l’esprit ailleurs, un opéra dont ses oreilles étaient rebattues. Hubert Moissy l’entoura de son manteau avec une sollicitude inquiète, rabattit sur les yeux de sa femme des dentelles vagabondes, soulevées par le vent de la nuit, veilla aux portes, se tourmenta des fenêtres… en un mot, devint le mari le plus tendre, le plus prévoyant qui se fût jamais vu. Valentine étonnée d’abord, puis écœurée, resta indifférente.
Hubert Moissy chercha autre chose, et comme il avait l’esprit inventif, il trouva.
L’air sombre, préoccupé, il erra dans les rues comme un être accablé sous le poids d’un mortel souci : de temps en temps, il laissa échapper une parole amère sur la fragilité des femmes, par exemple, ou sur l’éternel axiome : Fuyez la femme, elle vous aime ; aimez-la, elle vous fuit. Il déplora la perversité naturelle de l’homme qui passe à côté de son bonheur sans le savoir. – Ah ! si j’avais à recommencer ma vie ! s’écria-t-il…
Valentine ne parut même pas s’apercevoir de ce changement d’humeur.
Moissy se résolut à tenter un coup d’audace.
Un soir de printemps, après le dîner, Valentine se trouvait seule sur la terrasse de la maison qu’ils avaient louée ; le grand jardin d’une maison voisine descendait sous ses pieds, et laissait voir la mer par une trouée ménagée dans les arbres. Elle avait un livre sur les genoux et ne lisait pas ; sa pensée s’en allait, suivant sa pente éternelle, vers tout ce qu’elle avait aimé, tout ce qui avait rempli sa vie.
On peut en arriver à vivre rien que de souvenirs, à considérer l’heure présente comme un empêchement sans importance, et à concentrer son existence entière dans le passé, ce passé fût-il de quelques heures, de quelques minutes. Pour Valentine, c’étaient des années ; sa mémoire était riche, elle pouvait s’absorber dans la contemplation de ses trésors.
La voix de son mari la tira de sa rêverie. Elle se redressa aussitôt sur sa chaise et reprit l’attitude impénétrable et correcte qui exaspérait Moissy. Il vint s’asseoir auprès d’elle.
— Voici la saison d’hiver qui s’achève, lui dit-il ; que décidez-vous pour le mois prochain ?
— Moi ? rien. Ce qu’il vous plaira. Proposez, et nous discuterons votre projet.
— J’aurais voulu rentrer à Paris, dit Moissy, mais… hum ! Mais je crains d’avoir quelque peine à me faire accepter de vos amis… Vous leur avez dit beaucoup de mal de moi, Valentine ; ce n’était pas généreux de votre part.
— Je n’ai dit de mal de vous à personne, répondit-elle avec quelque vivacité, tant elle se sentait blessée de ce reproche injuste. Votre conduite seule vous a condamné.
— C’est possible, reprit-il avec une déférence pleine de soumission. Quoi qu’il en soit, vos amis n’ont guère envie, à ce que j’ai cru entrevoir, de m’adopter pour un des leurs…
— N’y comptez pas, dit nettement la jeune femme.
— Alors, que me reste-t-il à faire ? Vous prier de bien accueillir les miens, et de nous former un nouveau cercle ?
— Vos amis ? fit-elle. Vous avez donc des amis ? Je ne vous en connaissais pas, car je ne puis considérer comme des amis les hommes que vous me présentez de temps en temps, qui dînent ici une fois, déposent une carte et disparaissent.
— Parmi ceux-là, dit Moissy piqué, il y en a qui pourraient devenir des amis et des relations utiles si vous les receviez d’une façon un peu plus encourageante…
— Je tiens à ne former de relations durables qu’avec les personnes que je connais bien, répondit Valentine en regardant le paysage.
Moissy se mordit les lèvres.
— Vous ne me comprenez pas, dit-il après un silence. Parlons franchement. Lorsque vous avez accepté le pacte que je vous proposais, vous saviez que je vivais dans un milieu différent du vôtre ; si vous avez consenti, c’est que vous acceptiez ce milieu avec toutes ses conséquences…
— Pas le moins du monde, répliqua tranquillement madame Moissy. Vous me mettiez le marché à la main, j’ai subi vos conditions, mais je les ai subies à la lettre, sans leur donner aucune interprétation. Je me conforme à ce que j’ai promis, mon devoir ne va pas au-delà.
— Mais, s’écria Moissy avec un mouvement pathétique où tout n’était pas joué, car il était sincère jusqu’à un certain point, – ma situation à moi est intolérable ! Voyons, Valentine, croyez-vous, de bonne foi, que j’aie pu vivre auprès de vous depuis un an bientôt, sans être touché de vos mérites, – et bien que le mot soit étrange en vérité entre nous, – de vos vertus ? Croyez-vous que je sois resté insensible à ce parfum d’honnête femme qui se dégage de vous ? que je ne sois pas repentant de mes anciennes erreurs ? Enfin, Valentine, vous devriez comprendre que si j’ai quelque chose à me reprocher, vous de votre côté…
— J’attendais cela, dit-elle en se levant frémissante. J’étais bien sûr qu’un jour ou l’autre vous auriez besoin de m’insulter. Parce que vous êtes un homme déclassé, perdu de vices, et que moi, abandonnée par vous, mise en possession de ma liberté par cet abandon, j’ai usé de mon droit… – oui, monsieur, de mon droit ! sinon légal, au moins moral, de me dévouer entièrement à un être qui m’aimait, – vous vous êtes dit : J’ai fait quelques sottises, elle a commis une faute ; nous allons nous réconcilier, nous nous pardonnerons réciproquement nos peccadilles, et nous ferons un ménage modèle. Vous avez pensé cela !… Mais, monsieur, si j’avais consenti, en vérité, je m’abaisserais jusqu’à vous, je serais votre égale !
— Madame ! fit Moissy devenant blême.
— Je ne crains pas plus votre colère que je ne crains votre tendresse, continua-t-elle ; je suis au-dessus de l’une comme de l’autre. Jamais, comprenez-le bien, jamais vous n’obtiendrez de moi autre chose que cette politesse extérieure que je vous témoigne par égard pour moi-même.
— Je puis toujours me venger de vous, dit-il entre ses dents serrées.
— Sans doute, mais vous vous atteindrez vous-même du même coup, répondit-elle en se tournant vers la maison. Écoutez, monsieur, je suis profondément lasse de tout ceci. Si vous voulez que nous vivions en paix, je me soumettrai comme je l’ai fait jusqu’à présent. Sinon, eh bien, faites tout ce que vous voudrez : votre conduite dictera la mienne. Je suis si lasse que j’accepterais une catastrophe, plutôt que de continuer une lutte semblable.
Elle rentra dans la maison, laissant sur la terrasse Moissy décontenancé. Il n’avait même pas pu jouer toutes ses cartes ; quelle défaite !
À partir de ce jour, il mit de côté toute considération étrangère à ses goûts et à ses plaisirs.
On le rencontra avec des femmes quelconques ; il passa des nuits au cercle, perdit sur parole, se rattrapa, reperdit, regagna, le tout sans la moindre vergogne. Il ne demandait plus d’argent à sa femme, mais se servait pour son usage personnel de celui qu’elle lui remettait pour leurs dépenses, de sorte qu’au moment de partir pour la Suisse, ainsi qu’ils l’avaient projeté, elle se vit présenter une foule de notes qu’elle croyait payées.
Elle les paya sans mot dire et écrivit à Paris, pour que son notaire vendit quelques obligations.
Lorsque Moissy se présenta le premier du mois suivant, pour recevoir les deux mille francs qui constituaient leur dépense mensuelle, elle lui présenta une enveloppe.
— Ceci, monsieur, dit-elle, contient mille francs. Vous en aurez autant tous les mois ; c’est une pension que je vous fais, au moyen de laquelle j’achète mon repos. Vous la dépenserez où il vous plaira. Si vous jugez à propos, dans vos jours de gêne, de vous réfugier près de moi, je paierai vos dépenses à l’hôtel. En dehors de ceci, n’espérez rien de moi.
La scène qui s’ensuivit fut d’une violence inouïe. Moissy voulait absolument être pris au sérieux ; cet homme avait soif de considération. Mais Valentine, toute brisée par la colère et l’émotion qu’elle pût être, avait sur lui l’avantage du sang-froid.
Elle tint bon ; au bout d’une heure, en vérité fort mal employée, Hubert Moissy se retira, emportant son billet de mille francs.
Valentine avait puisé sa force dans une nouvelle reçue le jour même.
Depuis qu’elle avait quitté Paris, elle avait eu soin d’entretenir avec Régine une correspondance assez rare, mais régulière. La jeune femme menait une vie trop en dehors pour se livrer à des épanchements épistolaires ; ses lettres étaient courtes, mais qu’importait à Valentine, pourvu qu’elle sût de temps en temps que René se portait bien et qu’aucun événement extérieur n’assombrissait son existence !
Le courrier de ce jour avait apporté à madame Moissy une petite enveloppe carrée, aux armes de René ; c’était seulement depuis son mariage que ce blason s’étalait sur les objets à son usage ; jusque-là, le jeune homme l’avait modestement tenu dans l’ombre ; mais Régine n’entendait pas perdre une ligne du moindre des avantages que lui conférait le sort.
Dans cette lettre, Régine se plaignait amèrement de sa santé, qui, disait-elle, lui interdisait les distractions même les plus innocentes. « Encore cinq mois de ce supplice, disait-elle, que c’est long et ennuyeux ! en vérité le monde est bien mal fait. »
Dans cinq mois, René serait père ; Valentine connaissait trop bien la vie pour penser que dès sa venue, l’enfant pût apporter à son père beaucoup de joie et de consolation. La mère est mère dès la première heure ; le père ordinairement ne sent le lien réel entre lui et son enfant que lorsque celui-ci est assez développé pour le reconnaître et lui donner de douces émotions. Mais dans un temps plus ou moins rapproché, René aurait dans son existence l’élément nouveau de la paternité. Ce serait une joie prochaine… Pauvre René ! il aurait donc un peu de bonheur, enfin !
Valentine se répétait qu’elle était enchantée. Ne devait-elle pas l’être ? Et cependant une douleur horriblement cruelle la mordait au cœur au point de lui causer un malaise physique.
Elle allait et venait, cherchant une occupation capable de l’absorber, et n’en trouvait pas. La vie nomade ne comporte aucune de ces distractions d’intérieur qui peuvent faire momentanément oublier à une ménagère le souci trop lourd tombé sur ses épaules. Tout à coup, elle s’arrêta au milieu de sa chambre, vaincue par un indicible découragement.
— Je suis jalouse, se dit-elle, désespérée.
Jalouse ! en effet, elle l’était, et sans remède.
Dans son renoncement, elle avait tellement anéanti son être intérieur qu’elle n’avait pas été jalouse de Régine lorsque celle-ci était devenue la femme de René ; – ou pour mieux dire, cette souffrance s’était si bien confondue avec les autres, qu’elle n’avait pas su distinguer. Maintenant la pensée de l’enfant aimé par son père, l’enfant né d’une autre, lui causait une douleur intolérable.
Cet enfant, c’est d’elle qu’il eût dû naître ; elle voyait, car son imagination ne lui faisait jamais grâce d’une torture, – elle voyait René se pencher avec un sourire d’extase sur ce joli groupe d’une mère inclinée vers l’enfant suspendu à son sein ; une jalousie féroce la prenait, à la pensée que l’enfant était de René, et que ce n’était pas elle qui en était la mère.
Remontant vers le passé, elle se rappela combien ils avaient redouté la possibilité de la naissance d’un enfant ; avec un rire amer, elle se souvint qu’elle avait invoqué elle-même cet argument lorsqu’elle avait voulu détacher d’elle celui qui était toute sa vie. – Marie-toi pour avoir des enfants, lui avait-elle dit…
Elle croyait avoir épuisé toutes les souffrances, mais elle s’aperçut que l’avenir lui tenait en réserve un nouveau filon de tortures entièrement inexploré.
Donc l’enfant naîtrait, elle le verrait grandir, car elle ne pouvait rester éternellement éloignée de Paris. Il appellerait René : mon père, et ce n’est pas elle qu’il appellerait : ma mère ! Elle verrait René le couvrir de caresses, et elle ne serait rien, dans cette joie, pis que rien… En présence d’un mariage heureux, quelle attitude peut prendre une ancienne maîtresse ?
Valentine était exclue à jamais de cet heureux cercle de famille qu’elle avait créé.
Trompée par le besoin qu’éprouve tout être humain de se raccrocher à quelque branche quand il se noie, au réel ou au figuré, elle s’était dit qu’elle aurait sa place un jour près des époux, que René guéri, sachant enfin jusqu’à quel point elle l’avait aimé, mais retenu par les liens d’un amour nouveau consacré par le mariage, René garderait pour elle une affection grave et douce un peu attendrie ; que marchant côte à côte sans se joindre jamais, ils descendraient ainsi le chemin de la vie. Son rêve s’écroulait sous la rude étreinte de la réalité, et elle devait s’avouer à elle-même que cela avait été folie d’y croire, que c’était impossible !… Elle ne pouvait être l’amie de cet homme, après qu’il avait été tout pour elle ; son cœur saignerait toujours, quoi qu’elle fît… et elle serait jalouse de ses enfants, comme une mère qui a perdu le sien est jalouse des mères heureuses, qui étalent avec orgueil leur joie maternelle.
Quand elle eut bien savouré l’horreur de sa souffrance, elle reprit haleine par un grand effort, et remonta à la surface, comme un plongeur, un instant étourdi, qui retrouve son énergie.
Sans doute, quoi qu’elle fit, quoi qu’il arrivât, tout était douloureux et irrémédiable ; mais puisqu’il lui fallait subir sa destinée, elle avait bien le droit de chercher à en tirer le meilleur parti possible.
Après tout, qu’importait qu’elle souffrît ? Si René pouvait arriver à être heureux à quelque prix que ce fût, ne serait-elle pas satisfaite ? Et même s’il devait la mépriser toujours, qu’importe ? Elle aurait pour se consoler le ciel bleu, les fleurs, et la conscience d’avoir accompli son devoir.
Mais après elle il fallait que sa mémoire fût justifiée. Elle n’avait pas le courage d’emporter son secret dans la tombe. Lorsque sa présence ne serait plus un danger ou une honte pour son cher René, il saurait jusqu’à quel point elle l’avait aimé.
Cette pensée lui rendit toute son énergie. Elle s’assit devant son bureau, et tout d’une traite, sans s’arrêter, elle écrivit le récit de sa vie, depuis le jour où elle avait reçu la première lettre de son mari, jusqu’à l’heure présente. Ce ne fut pas très long, parce qu’elle se bornait aux faits, et qu’ils étaient peu nombreux. Au moment de cacheter ce papier, elle s’arrêta ; devait-elle se refuser la dernière douceur d’affirmer une fois encore sa tendresse, presque divinisée par la souffrance ?
« Si je vous avais moins aimé, ajouta-t-elle, je n’aurais jamais pu accomplir mon sacrifice jusqu’au bout. Il m’a fallu pour cela me répéter à toute heure que vous passiez avant tout. Votre colère, vos reproches m’ont fait mal, parce qu’ils me faisaient craindre qu’au lieu de vous donner le bonheur, je vous eusse rendu plus malheureux encore.
« Mais la colère s’épuise quand on l’exprime. J’espère qu’à l’heure où vous lirez ces lignes vous serez calmé, et que vous n’aurez plus dans votre âme de place que pour une douce pitié. Je mérite cette pitié, je vous assure, car au moment où j’aurai cessé de vivre comme au moment où je vous écris, je vous aurai toujours aimé plus que moi-même. »
Elle cacheta ce document, y mit le nom de René, le recouvrit d’une double enveloppe et l’adressa à son notaire, en le priant de le conserver à sa disposition tant qu’elle vivrait, et dans le cas où elle mourrait subitement, d’ouvrir la première enveloppe et d’envoyer le contenu au destinataire.
Cela fait, elle se sentit extraordinairement calme, et attendit son mari de pied ferme.
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